La téléconsultation, une solution contre les déserts médicaux ?

La télémédecine a connu un essor considérable en France depuis la pandémie de Covid-19. Aujourd'hui présentée comme une solution à la désertification médicale, retour sur une nouvelle pratique qui a bousculé nos habitudes de santé à marche forcée.

Il y a quelques années, imaginer consulter un médecin sans se faire ausculter aurait pu paraître absurde. Aujourd'hui, cela ne choque plus grand monde, tant la méthode de la téléconsultation est devenue courante.

Généralisée depuis 2018 après un temps d'expérimentation, cette pratique a connu un puissant coup d'accélérateur pendant la crise sanitaire. De 80 000 téléconsultations auprès de médecins généralistes libéraux en 2019, le chiffre est passé à 13,5 millions en 2020 puis à 9,4 millions en 2021.

Si l'essor de la télémédecine est incontestable, celle-ci peut néanmoins rester assez mystérieuse pour certains patients. Comment ont lieu ces consultations particulières ? À qui s'adressent-elles ? Sont-elles remboursées par l'Assurance Maladie ? Peut-on obtenir des arrêts de travail ? Et surtout, sont-elles efficaces pour combler les déserts médicaux ? 

Comment ? 

Une téléconsultation est un rendez-vous à distance qui se tient par caméra interposée. Une sorte de visioconférence, dont vous avez peut-être désormais l'habitude, où le médecin est dans son cabinet et le patient chez lui (ou dans tout autre lieu).    

En amont de la consultation, le praticien lui envoie un lien Internet, l’invitant à se connecter à l’heure prévue à un site web ou une application. L'appareil du patient peut être un ordinateur ou une tablette. L'outil doit seulement être équipé d'une webcam.

Quelle que soit la situation clinique du patient, le médecin doit demander et recueillir son consentement préalable avant de réaliser une téléconsultation. De plus, l’utilisation d’un système sécurisé pour protéger les données médicales, confidentielles et sensibles par nature, est requise.             

À l’issue de l'entrevue, le médecin peut établir, si nécessaire, une prescription (médicaments, examens complémentaires). Celle-ci est transmise au patient sous format papier, par voie postale, ou sous format électronique, par une messagerie privée.

Le docteur téléconsultant doit aussi rédiger un compte rendu, qu'il archive par la suite dans le Dossier Médical Partagé (DMP) de son patient, si celui-ci en possède un et donne son accord. Ceci permet que les autres professionnels de santé qui le suivent aient accès à ce compte rendu. 

Et vous ? 

 Avez-vous déjà téléconsulté ? Nous avons posé la question à des patients à la sortie de l'hôpital d'Antibes. 

Pour qui ?

Tout patient, qu’il soit atteint d’une affection aiguë ou d’une maladie chronique, peut se voir proposer une téléconsultation. Cependant, le recours à cet usage relève théoriquement de la seule décision du médecin, qui doit juger de la pertinence d’une prise en charge médicale à distance plutôt qu'en face-à-face.

Dans les faits, un patient peut de son plein gré réserver un créneau de téléconsultation sur des plateformes telles que Doctolib, qui rendent la prise de rendez-vous en ligne très simple. D'autant que depuis la crise du Covid-19, de nombreux médecins se sont mis à proposer ce type de consultation. 

Le remboursement par l'Assurance Maladie 

Encouragée par les autorités sanitaires durant la pandémie, l'Assurance Maladie a pendant un temps pris en charge ce type de prestations à 100 %. 

Désormais, la téléconsultation est assimilée à une consultation en présentiel. Dans le cas le plus général d'un prix oscillant entre 23 € et 58,50 € selon la spécialité et le secteur d’exercice du médecin, la prise en charge est de 70 %.

Pour certaines situations personnelles particulières, si la téléconsultation est en rapport avec une affection de longue durée ou avec une maternité par exemple, la prise en charge peut être de 100 %. Les soins prescrits à la suite de la téléconsultation sont pris en charge dans les conditions habituelles.

Pour obtenir un remboursement, l'Assurance Maladie pose toutefois quelques conditions : il faut que "les consultations vidéos respectent le parcours de soin, qu'elles soient réalisées avec un professionnel de santé à proximité du domicile du patient et en alternance avec des consultations en présentiel". En effet, la pratique exclusive de la télémédecine ne saurait garantir une prise en charge de qualité.

Et pour les médecins ? 

C’est pourquoi un médecin ne peut réaliser, sur une année civile, plus de 20 % de son volume d’activité à distance. En revanche, les médecins libéraux bénéficient depuis 2020 d'aides à l'équipement. 

Une première aide, d'environ 350 €, est destinée à leur permettre de s'équiper en matériel de vidéotransmission et de s'abonner à des plateformes numériques - telles que Doctolib - pour assurer des actes de téléconsultation dans des conditions sécurisées.

Une seconde aide de 175 € doit leur servir à acheter des appareils médicaux connectés. Ces stéthoscopes, dermatoscopes ou oxymètres connectés sont utilisés dans les cabines de téléconsultation, qui commencent à essaimer aux quatre coins de la France.

Le problème des arrêts de travail 

Ces nouveaux "rendez-vous chez le médecin" soulèvent des interrogations quant à la possibilité pour les docteurs téléconsultants de délivrer des arrêts de travail à des patients qui ne sont parfois pas vraiment les leurs et sans les avoir réellement vus.

Dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2023, adopté sans vote par l'Assemblée nationale le 2 décembre 2022 après le recours à l'article 49.3 de la Constitution par la première ministre, il est inscrit que "les arrêts de travail prescrits en téléconsultation par un autre professionnel que le médecin traitant ou un médecin vu au cours des 12 derniers mois ne seront plus remboursés".

Mais quelques semaines plus tard, le 20 décembre 2022, le Conseil constitutionnel censure les dispositions de cet article 101 de la LFSS 2023. Selon la haute juridiction, elles "peuvent avoir pour effet de priver l'assuré social (...) du versement des indemnités journalières alors même qu'un médecin a constaté son incapacité physique de continuer ou de reprendre le travail". 

Le 23 décembre 2022, la loi est finalement promulguée sans que la volonté de déremboursement initiale du gouvernement ne soit retenue. Les praticiens peuvent donc continuer à fournir des arrêts de travail lors de téléconsultations, y compris aux patients dont ils ne sont pas les médecins traitants. 

Les limites de la téléconsultation

Face au fléau persistant des déserts médicaux - il est estimé que 6 millions de Français n’ont pas de médecin traitant - la téléconsultation a longtemps suscité l'espoir de pallier le problème. Une étude de la Direction de la Recherche, des Études, de l'Évaluation et des Statistiques (DREES) parue le 8 décembre 2022 nuance les promesses mises en avant depuis plusieurs années. 

Selon cette enquête réalisée à partir des téléconsultations en 2020 et 2021, les patients qui « téléconsultent » des médecins généralistes sont en moyenne plus urbains que les personnes reçues dans leurs cabinets. Sept téléconsultations de médecine générale sur dix concernent en 2021 des patients des grands pôles urbains.

Les téléconsultations sont aussi plus souvent effectuées pour de jeunes patients, quel que soit le territoire de résidence : en 2021, 45,2 % l’ont été avec des personnes de 15 à 44 ans, contre 28,7 % des consultations en cabinet.

Autre enseignement : les téléconsultations ne semblent pas viser principalement à abolir les distances, puisque pour 58,6 % d’entre elles, le médecin exerce dans la commune de résidence du patient ou à moins de 5 km.

La consultation à distance ne serait donc pas encore le remède aux déserts médicaux des campagnes. Si la pratique s’installe dans la durée, elle reste tout de même beaucoup moins populaire que les "vrais" rendez-vous en cabinet. En 2021, la télémédecine a représenté 3,7 % de l’activité de médecine générale libérale.

C'est même moins que les visites à domicile.