La colère des avocats niçois, après l'évacuation manu militari d'un des leurs lors d'un procès à Aix-en-Provence

Les avocats niçois sont en colère et le font savoir en manifestant ce matin devant le palais de justice. La veille, sur une demande du président, un confrère, Paul Sollacaro, a été évacué par la police au tribunal d’Aix-en-Provence suite à un incident d'audience.

 

Ce matin, devant le palais de justice de Nice.
Ce matin, devant le palais de justice de Nice. © ELOISA PATRICIO / FTV

Joint par téléphone, la voix de maître Paul Sollacaro tremble encore. L'avocat est toujours à Aix en Provence, au lendemain d'un procès au cours duquel il a été expulsé à la demande du président d'une chambre correctionnelle.

La veille, l'avocat niçois vient défendre un client dans affaire de trafic de stupéfiants. Le prévenu, positif au Covid-19, ne peut assister à l'audience, Paul Sollacaro demande par écrit au président de bien vouloir disjoindre ce cas du dossier.

Face au refus du président de l’audience Marc Rivet, l'avocat annonce alors qu'il va demander à son client d'assister au procès malgré son état sanitaire. L'enjeu est de taille : il risque 20 ans de prison ! Le ton montant, le président demande l'expulsion de l'avocat, ce qui est fait par la force publique dans une bousculade.

On m'a traité comme un voyou, on m'a traité comme une merde. J'ai été agressé, un magistrat a sali ma robe, celle de mon père qui fut bâtonnier en Corse, je vais porter plainte pour violences aggravées contre lui et contre les policiers, c'est une violence d'un nouveau type, judiciaire et policière !

Maître Paul Sollacaro, avocat

Maître Paul Sollacaro dans son bureau. Image d'illustration.
Maître Paul Sollacaro dans son bureau. Image d'illustration. © Richard Villalon / MAX PPP

 

Un soutien unanime

Des robes noires en nombre ce matin devant les grilles du palais de justice ! Nous sommes à Nice, et l'affaire fait grand bruit.

Les avocats venus en nombre ce vendredi matin devant les grilles du palais de justice de Nice.
Les avocats venus en nombre ce vendredi matin devant les grilles du palais de justice de Nice. © ELOISA PATRICIO / FTV

Selon Nathalie Beurgaud, vice-bâtonnier de Nice, les avocats sont au moins 400.

On s'est réuni presque au pied levé. C'est un appel qui a été lancé sur les réseaux sociaux. Si on est autant, c'est qu'on estime qu'il y a une atteinte intolérable à l'exercice de notre profession.

Nathalie Beurgaud, vice-bâtonnier de Nice

Les droits de la défense bafoués selon les avocats

Et un autre avocat de reprendre : " un avocat expulsé par des policiers à la demande d'un magistrat sans raisons valables, on est en train de vivre l'élimination de l'avocat et du justiciable, le juge étant le seul à apprécier le dossier sans contradictoire" .

Même inquiétude du barreau de Grasse, à travers un communiqué : 

L’expulsion ordonnée à l‘audience hier par le Président du tribunal correctionnel de notre Confrère Maître Paul SOLLACARO par les forces de l’ordre est injustifiable. Si le président veille à l’ordre de l’audience un incident avec un avocat de la défense ne peut conduire à faire le choix du pire. L’Avocat exerçant ses fonctions à l’audience ne peut en être chassé et exclu : ce qui s’est produit à Aix-en-Provence est inqualifiable. Le Barreau de Grasse apporte son plein et entier soutien à Maître Paul SOLLACARO victime d’un abus d’autorité gravissime : les fondements des droits de la défense ont été bafoués.

Fabrice Maurel, bâtonnier de Grasse

Les soutiens se multiplient partout en France.

Appel à une manifestation de soutien à Marseille :

Soutien du bâtonnier de Dijon : 

Le procès devrait reprendre en début d'après-midi mais Paul Sollacaro est formel. Pour l'avocat, il est hors de question de rentrer dans une salle d'audience dans laquelle il a été agressé.

Le président m'a appelé "monsieur" quand il m'a fait sortir, pas "maître". C'est un traumatisme pour moi, pour la profession, c'est abject.

Paul Sollacaro, avocat

Le Conseil National des Barreaux a voté une motion dans laquelle il rappelle que le juge doit veiller au respect de l’exercice des droits de la défense et au procès équitable en toutes circonstances et non les bafouer.

Il compte par ailleurs saisir le Garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, qui est avocat. 

Nous ne sommes pas parvenus à joindre le président du tribunal judiciaire d'Aix-en-Provence.

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