Mer Méditerranée : est-il possible d'éviter les collisions entre les navires et les cétacés ?

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Écrit par Pauline Thurier
Image d'archive. En 2010, ce cachalot a été observé au large de Villefranche-sur-mer.
Image d'archive. En 2010, ce cachalot a été observé au large de Villefranche-sur-mer. © PATRICE LAPOIRIE / MAXPPP

La France, l'Italie, Monaco et l'Espagne s'unissent pour tenter de réduire le nombre d'accidents entre les bateaux et les grands cétacés. Une étude est en cours pour faire du nord-ouest de la mer Méditerranée une "Zone Maritime Particulièrement Vulnérable". On vous explique.

Il y a parfois des accidents de circulation aux proportions titanesques. Les chocs entre des navires et des cétacés en mer Méditerranée arrivent régulièrement.

A la demande de quatre pays du bassin méditerranéen (la France, l'Italie, Monaco et l'Espagne), une étude est menée par le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement) pour évaluer le risque de collision entre les bateaux et les cétacés, comme les rorquals et les cachalots.

D'après les observations cartographiques du Cerema, les rorquals sont très présents à proximité des côtes françaises.

2.700 "rencontres"

Or, c'est aussi l'un des espaces les "plus fréquentés au monde en particulier par les paquebots", indique le centre d'études.

En théorie, il y aurait environ 2.700 "rencontres" entre un cétacé et un navire par an (700 en hiver et 2000 en été).

Ce chiffre est plus important en été car il y a beaucoup plus de bateaux à ce moment-là de l'année en mer Méditerranée. Cela signifie qu'il y a 2.700 moments dans l'année où une collision pourrait avoir lieu.

Toutefois, impossible de comptabiliser exactement le nombre de collisions qui surviennent.

Les équipages sont supposés signaler lorsqu'un tel événement se produit.

 "On a du mal à constater en direct une collision, explique Alan Quentric, responsable de l'étude au Cerema.

A cause de leur taille, certains navires ne ressentent parfois aucun choc et ne se rendent même pas compte qu'ils ont percuté un animal.

Alan Quentric, responsable de l'étude au Cerema.

En effet, ces chocs ont souvent lieu avec les plus gros bateaux, comme ceux de croisière ou les cargos, car ce sont ceux qui s'éloignent le plus des côtes. 

On ne peut pas non plus se contenter de compter les animaux échoués car "certains sont seulement blessés, d'autres coulent"...

En outre, il est presque impossible de prévoir comment réagissent les cétacés face aux navires.

"J'aurais tendance à dire que ce sont des réactions individuelles, détaille l'expert. Si nous voulions généraliser, nous pourrions dire que les jeunes cétacés ont tendance à s'approcher des navires tandis que les plus âgés s'en éloignent par expérience." 

1 rorqual échoué sur 4 a été victime d'une collision

Les cétacés qui encourent le plus de risques de collision avec des navires sont les rorquals et les grands cachalots, à cause de leur grande taille.

Près d'un rorqual sur quatre dont le corps est retrouvé sur les côtes a été victime d'une collision. Les chiffres sont similaires pour les autres espèces de cétacés.

Les pays concernés aimeraient que, à l'issue de cette étude, la zone Nord-Ouest de la mer Méditerranée soit reconnue comme une "Zone Maritime Particulièrement Vulnérable" par l'Organisation Maritime Internationale OMI, une institution de l'ONU.

Cette dénomination pourrait engendrer une réduction de la vitesse des navires et permettre ainsi une meilleure protection des grands cétacés.

Cela pourrait aussi mener à l'adoption d'un système de signalement des navires ou bien la mise en place d'un dispositif de détection des cétacés pour prévenir les bateaux.

Pour son étude, le Cerema prévoit de croiser les informations sur le trafic maritime et sur les observations des cétacés dans cette zone. Cet espace comprend notamment un corridor de migration des cétacés vers l'Espagne, ce qui en fait un "un habitat préférentiel pour les cétacés et de nombreuses autres espèces dont ils dépendent (céphalopodes, plancton, etc.)", précise le Cerema.

L'étude devrait être complète d'ici "la fin du premier semestre 2022", indique Alan Quentric. Elle servira alors de base pour négocier avec l'Organisation Maritime Internationale.

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