Nice : identifié à Haut Potentiel Intellectuel (HPI), il gère le réseau informatique lié aux vaccins contre le Covid-19

Il a 31 ans et gère tout le réseau informatique lié à la vaccination contre le Covid-19 en France. Cet ancien élève niçois très tôt identifié à Haut Potentiel Intellectuel (HPI) a su creuser son chemin entre Normale sup, la cyber-securité et le Ministère de la Santé. Rencontre.

"Mes résultats scolaires baissaient et je m’ennuyais, alors j’ai sauté des classes mais, je me retrouvais quand même dans les premiers", Charles-Pierre Astolfi.
"Mes résultats scolaires baissaient et je m’ennuyais, alors j’ai sauté des classes mais, je me retrouvais quand même dans les premiers", Charles-Pierre Astolfi. © Charles-Pierre Astolfi

Charles-Pierre Astolfi, est né à Nice et a obtenu son bac à seulement 13 ans. "J’ai eu mes résultats le jours de mes 14 ans" se remémore-t-il.

Il est détecté enfant intellectuellement précoce (EIP) entre l'âge de 4 et 5 ans. "Ma mère, qui à cette époque-là était directrice de l'école Saint Joseph à Nice, était anxieuse et craignait des troubles du comportement."

Entre public et privé sous contrat, sa scolarité est à peu près classique jusqu’à la fin du CM2. Il a tout de même 3 ans d’avance :

Mes résultats scolaires baissaient et je m’ennuyais, alors j’ai sauté des classes mais, je me retrouvais quand même dans les premiers.

Charles-Pierre Astolfi, est né à Nice et a obtenu son bac à seulement 13 ans.
Charles-Pierre Astolfi, est né à Nice et a obtenu son bac à seulement 13 ans. © CP. Astolfi

4 ans d’avance

En 6e, il entre au lycée Michelet de Nice où l’on fait deux classes en un an. Résultat : il passe le brevet avec cinq ans d’avance. Il le loupe et doit le repasser l’année suivante. En arrivant au lycée, Charles-Pierre Astolfi a 4 ans d’avance. Une longueur d'avance qu’il conservera.

Le bac en poche, avec une petite moyenne, il se sent plutôt attiré par les sciences : "je ne me voyais pas en classe prépa à 14 ans donc, je suis parti à la faculté de sciences de Valrose toujours chez moi à Nice. J'y ai obtenu une licence en mathématiques." Il a 16 ans. L’enseignement ou la recherche ne lui parlent pas trop. Ce sera direction une prépa au lycée Masséna à Nice toujours.

Charles-Pierre enchaîne avec l’Ecole Nationale Supérieure (ENS) à Cachan dans le département du Val-de-Marne en région Île-de-France. Il a 20 ans et il a, pour la première fois depuis longtemps, l’âge exact de ses camarades de la section informatique-intelligence artificielle.

Deux places disponibles

Il tente alors le concours de l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris sans trop d’espoir. C’est l’une des plus anciennes (Elle date de 1783) et plus sélective école d’ingénieurs française et il n’y a que... deux places.

Le Niçois le réussit et quitte donc l’ENS. Durant ces trois années de formation, il travaille pour une start-up en France et, l’année suivante, aux USA: 

J’ai toujours tout fait par cycle de trois ans. Je  m’en suis rendu compte à l’ENS lorsque j’ai dû faire un CV pour la première fois. A présent, je suis plutôt sur des cycles de deux ans et demi.

Il a 26 ans lorsqu’il est fonctionnaire d’Etat et intègre l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). 

L'ANSSI présente ses missions comme suit : "l'agence assure la mission d'autorité nationale en matière de sécurité des systèmes d'information. Elle est chargée de proposer les règles à appliquer pour la protection des systèmes d’information de l'État et de vérifier l'application des mesures adoptées. Dans le domaine de la défense des systèmes d'information, elle assure un service de veille, de détection, d’alerte et de réaction aux attaques informatiques, notamment sur les réseaux de l'État."

"Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. C’est très spécifique et j’étais analyste en cyber sécurité c’est-à-dire que je gérais les attaques informatiques. C’est un domaine en pleine expansion et l’environnement est très stimulant. Je n’avais jamais fait ça avant et c’était super intéressant. Je n’exclus pas d’y retourner un jour mais, à ce moment-là, au bout de 2 ans et demi, j’avais envie d’aller voir autre chose," se souvient il.

Il conseille le gouvernement

Charles-Pierre Astolfi est ensuite nommé Secrétaire Général du Conseil National du Numérique, un organisme qui conseille le gouvernement sur les questions de politiques numériques : "C’est une petite institution et j’ai pu construire mon équipe".

Le premier jour,  je suis arrivé à 9 h du matin dans un grand open-space. Il n’y avait personne. Je n’avais pas d’ordinateur et je ne suis jamais parvenu à allumer les lumières !

se souvient-il encore amusé.

Deux ans et demi plus tard le contrat est rempli et tout roule jusqu’à ce qu’une copine lui parle du Ministère de la Santé : "on savait qu’on allait recevoir des vaccins mais il y avait mille inconnues or, ils avaient besoin de ressources extérieures pour gérer la crise. J’ai été projeté début novembre 2020, du jour au lendemain, à la direction des Systèmes d’information (SI) de la vaccination contre le Covid-19."

Les débuts sont trés intenses se souvient-il : "pendant trois mois je faisais 8h/minuit, tous les jours, avec des visios jusqu’à 13h d’affilée. A présent, c’est plus normalisé et malgré quelques urgences, je suis dans une certaine routine. Je ne sais pas combien de temps j’y resterai. Je commence à me poser des questions mais, dans mon domaine, je sais que je trouverai un travail intéressant."

Quand on le questionne sur ses envies, il répond : "vacances pendant six mois ou un an !" et ajoute aussitôt : "la santé c’est très intéressant. C'est un domaine qui correspond à mes valeurs et où je me sens utile. La pollution numérique et le développement durable m’interpellent. Je me verrai bien faire quelque chose de ce côté-là. Ça dépendra des opportunités..."

"Ils se demandaient ce qu’ils allaient faire de moi jusqu’au lycée"

Charles-Pierre Astolfi revient régulièrement à Nice où demeurent ses parents : "ils se demandaient ce qu’ils allaient faire de moi jusqu’au lycée. Après, c’est moi qui ai pris le relais. J’ai eu beaucoup de doutes jusqu’à l’ENS. La précocité génére beaucoup de préjugés. J’explique toujours, quand on m’en parle, que je faisais beaucoup de fautes d’orthographe jusqu’en 4e et que, ce qui récompense, c’est le travail et la constance de l’effort. La chance aussi."

Le lycée privé Michelet est un établissement d'enseignement privé hors contrat installé à Nice depuis 1954.
Le lycée privé Michelet est un établissement d'enseignement privé hors contrat installé à Nice depuis 1954. © Yannick Fournigault FTV

Pour Françoise Astolfi psychologue spécialiste des personnes haut potentiel et maman de Charles-Pierre, "l’intelligence intellectuelle, cognitive est très difficile à verbaliser en France." Elle décrit combien le comportement de ces enfants est inapproprié dans le contexte scolaire ordinaire et combien l’interprétation faite de ce comportement (manque de maturité, mal élevé, enfant roi) est fausse.

A 13 ans le système n’est pas fait pour eux. Il leur faudrait un tempérament de viking pour y vivre, hors, il faut les protéger car, corrélé à leur intelligence il y a leur hyper sensibilité.

Françoise Astolfi psychologue spécialiste des personnes haut potentiel.

Un peu de chance pour certains et surtout beaucoup de travail... On est loin du portrait télévisuel HPI, la nouvelle série de TF1 diffusée depuis fin avril, où Morgane une femme de ménage est devenue spontanément consultante dans la police lilloise.  

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