Nice : "on m'a traité comme un animal" le cauchemar de ce père gardé à vue en Pologne

En voyage en Pologne pour une médiation avec son ex-compagne, à propos de la garde de leur fille, un Niçois s'est retrouvé en garde à vue. Il dénonce l'acharnement qu'il aurait subi et l'abandon des pouvoirs publics face à ce qu'il qualifie, "d'enlèvement de sa fille". 

Romain Cadière s'est fait arrêté samedi 15 mai à Varsovie en Pologne alors qu'il était au centre commercial avec sa fille et son ex-compagne.
Romain Cadière s'est fait arrêté samedi 15 mai à Varsovie en Pologne alors qu'il était au centre commercial avec sa fille et son ex-compagne. © WOJTEK RADWANSKI / AFP

Romain Cadière est papa d'une petite fille de cinq ans, séparé de la maman depuis plus d'un an, cette dernière a emmené sa fille en Pologne. Les parents sont en procédure de médiation internationale car la mère est Polonaise.

Les gardiens m'ont insulté et humilié avec des blagues racistes

raconte Romain Cadière.

Lorsqu'il se rend en Pologne, il loge chez son ex-compagne mais lors d'une sortie dans un centre commercial la discussion tourne mal et la mère s'enfuit avec l'enfant. Romain Cadière se fait alors arrêter par la police et est conduit au poste : "j’étais loin de me douter qu’elle puisse avoir ce genre de réaction."

La police me dit "elle vous a invité gracieusement mais aujourd’hui vous êtes un Français sans domicile, donc on va vous emmener dans un établissement pour être logé. En fait, on m’amène en cellule. J’essaie de parler en anglais mais eux refusent de communiquer avec moi, il faut parler polonais si je veux avoir quelques chose. Après ça, les gardiens m'ont insulté et humilié avec des blagues racistes (j'ai quelques notions de polonais quand même). J'étais réduit à l'état de simple animal alors que je n'avais rien fait". 

Cet homme de 35 ans parvient à prévenir son avocate à Nice avant d'être placé en cellule. A ce moment là, il est 18 heures samedi 15 mai. "Lorsque mon client m'appelle, je le rassure" explique son avocate maître Veronica Vecchioni persuadée que le droit va être respecté et que son client va pouvoir avoir accès à un interprète et un avocat.

Jusqu’à lundi 14h mon client était introuvable, trois jours de garde à vue sans savoir où il est retenu, c'est scandaleux !

Maître Veronica Vecchioni avocate au barreau de Nice

Sans nouvelle de son client, lelle s'inquiète : "sauf que jusqu’à lundi 14h mon client était introuvable, aucun appels... au bout de 3 heures j'arrive à joindre l’ambassade à Varsovie. Mon client n’apparaissait nulle part, je ne savais pas dans quel commissariat il était gardé à vue. Même mes confrères là-bas ne le trouvaient pas…"

Lorsqu'il est enfin auditionné, le père de famille se voit notifier la raison de sa garde à vue : "j'aurais proféré des menaces de mort, j'encoure de la prison ferme ou des travaux d'intêrets général en Pologne. Je suis sous le choc, je me voyais retourner en cellule, je ne comprenais rien et je me disais que personne ne savait où j'étais." 

Heureusement, peu de temps après un avocat francophone est arrivé. L'avocate française avait contacté toutes les personnes suceptibles de faire bouger les choses. Elle avait notamment contacté, le député Frédéric Petit élu dans le cadre des amitiés France-Pologne qui parvient à le localiser et à envoyer un avocat francophone sur place.

Lundi 14h Romain Cadière, sort en état de choc, l'avocat le prend en charge, lui donne à manger, le loge le temps que le Français rentre à Nice. 

 Je demande simplement à voir ma fille de manière légale

Romain Cadière.

Aujourd'hui, il est toujours sous le coup de la plainte déposée par son ex-compagne. Il compte porter plainte à son tour : "ce que j'ai vécu est horrible mais ce qui m'angoisse le plus c'est ma fille. "Je demande simplement à voir ma fille de manière légale." Le père de la petite fille de cinq ans avait la garde alterné lorsque son ex compagne vivait encore à Nice. Aujourd'hui, il est désemparé. "cinq mois après le début de la procédure il n'y a toujours rien. Je vais essayer de me défendre et d’obtenir au moins le droit de la voir de temps en temps."

La dernière vision de ma fille c'est elle qui me tend les bras, en pleurant, et en disant à sa mère qu’elle ne l’aime pas. 

Romain Cadière

Pour le père, ce sont les droits de l'enfant qui sont bafoués. "J’ai l’impression d’être moins crédible parce que je suis le père et non la mère. je ne me sens pas aidé par l'état français. La dernière vision de ma fille que j'ai c'est elle qui me tend les bras, en pleurant, et en disant à sa mère qu’elle ne l’aime pas. C’est déchirant."

Romain Cadière et sa fille en promenade à Varsovie en Pologne
Romain Cadière et sa fille en promenade à Varsovie en Pologne © Romain Cadière

La problématique de violence lors de garde à vue en Pologne a déjà été pointé du doigt par l'Union Européenne dans un rapport de 2017.

Le conseil de l'Europe publie sur son site internet le compte rendu : "Bien que le rapport soit plutôt élogieux, la délégation qui s’est rendue en Pologne fin 2017 a toutefois reçu suffisamment d’allégations de mauvais traitements physiques – notamment de coups de poing et de pied – pour conclure que "les personnes placées en garde à vue courent toujours un risque non négligeable d’être maltraitées".

Protection consulaire

Une source diplomatique nous a expliqué que tous les ressortissants français arrêtés à l’étranger et qui en font la demande bénéficient de la protection consulaire prévue par la convention de Vienne du 24 avril 1963. Elle consiste à veiller à ce qu’ils puissent avoir accès à un avocat pour faire valoir leurs droits à la défense, à un médecin et s’assurer de leurs conditions de détention.

Dès qu’ils ont été sollicités par l’intéressé et sa famille, les services du consulat général de France à Varsovie se sont mobilisés pour leur apporter les conseils sollicités. En revanche, il ne nous appartient pas d’entrer dans les détails d’une affaire individuelle

selon une source diplomatique.

Selon l’avocate, la plainte contre son client a peu de risque d’aboutir mais "dans tous les cas ce n’est jamais bon d’avoir un dossier ouvert lorsque l’on fait une médiation." Pour elle, c'était un piège fomenté contre son client. "Je mettrai tout en œuvre pour que l’intérêt supérieur de l’enfant soit respectée" ajoute-t-elle.

La procédure de médiation doit se poursuivre, Romain Cadière garde espoir de trouver un compromis avec la mère de la petite fille rapidement pour ne pas faire souffrir davantage son enfant. 

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