Nice : quand des personnels de l'hôpital public avouent se rendre aux urgences privées pour ne pas engorger leur propre service

En ce 7 juin, jour de mobilisation du secteur hospitalier pour dénoncer la crise dans les établissements publics, coup de projecteur sur le service des urgences de Pasteur II à Nice. Le syndicat FO parle de "maltraitance institutionnelle".

Ce mardi matin, Nadine Grand, infirmière et déléguée syndicale du syndicat Force ouvrière à l'hôpital Pasteur II à Nice, fait le point avec ses collègues des urgences.

Pendant ce week-end prolongé de la Pentecôte, la population niçoise a été accrue par un premier afflux de touristes. Le service des urgences a accueilli entre 275 et 290 patients par jour. Urgences médicales, mais aussi dentaires et ophtalmologiques car les week-ends et jours fériés, les centres dédiés sont fermés.

Sur le papier, quatre infirmières étaient planifiées pour les accueillir. Dans les faits, elles n'ont été que deux. Les absentes n'ont pas pu être remplacées.

Si on n'arrive pas à remplacer le personnel au pied levé, on n'y arrive plus. 12 heures de travail effectif sur une journée aux urgences, c'est déjà épuisant. Avec les heures sup', le personnel ne tient plus.

Nadine Grand, déléguée syndicale FO

Ce week-end la solidarité au sein du service a permis d'éviter la crise. L'infirmière-cadre, responsable soignante du pôle, a rejoint ses équipes au travail.

Mais les problèmes arrivent malgré tout en cascade. Délais d'attente qui se prolongent pour les patients. Prise en charge retardée pour ceux dont l'état nécessite une hospitalisation.

S'ajoute à cela le manque de "lits d'aval" (pour les patients devant être hospitalisés à la sortie des urgences NDLR) dans les services adéquats. Un patient en neurologie peut être pris en charge dans le service d'ophtalmologie. Le cas de figure est récurrent au CHU de Nice, et relève de la "maltraitance institutionnelle" selon le syndicat.

Lundi, il n'y avait plus aucun lit d'aval pour accueillir les patients qui, en attente d'hospitalisation, sont restés bloqués aux urgences.

Inquiétudes pour l'été

Au plus fort de l'été, le nombre d'admissions aux urgences de Pasteur II peut atteindre 380 en une journée. C'est le record. Cette année il n'a pas encore été approché, mais la perspective de l'afflux estival inquiète le syndicat. La situation est "anxiogène", pour le personnel.

On s'attend à ce que des congés soient supprimés pour des personnels qui en ont pourtant bien besoin. L'habitude a été prise pendant la crise Covid.

Nadine Grand

Selon le syndicat, il manque déjà à l'année 14 médecins pour que le service des urgences fonctionne normalement.

"Cet été certaines salles de bloc opératoire vont fermer, lorsque les médecins vont prendre des vacances. Ca veut dire encore plus d'attente pour la prise en charge des patients. Certains seront basculés sur le bloc d'urgence, qui tourne déjà 7 jours sur 7, 24 heures sur 24"... estime Nadine Grand.

Nous, dès maintenant, quand on a un problème, on se dirige vers les urgences du privé, à la clinique Saint-Georges, Belvédère ou Saint-François, pour ne pas saturer nos services.

Nadine Grand

"C'est comme si Macron sortait d'un coma"

La "mission-flash" sur les services des urgences, lancée par Emmanuel Macron depuis Cherbourg ?

"C'est comme si Emmanuel Macron sortait d'un coma et réalisait qu'il y a un problème aux urgences", ironise Nadine Grand. "Les urgences de Pasteur 2 sont ouvertes depuis 2015, elles ne tournent pas depuis le début".

A Draguignan, depuis octobre 2021, le service des urgences a dû réduire ses plages d'ouverture faute de soignants.

Selon l'association Samu-Urgences de France, au moins 120 services ont été forcés de limiter leur activité ou s'y préparent en France. C'est d'ailleurs le président de cette association, François Braun, qui devra rendre au chef de l'État les conclusions de la "mission flash" avant la fin du mois de juin.

Ce mardi 7 juin, neuf syndicats (dont CGT, SUD et CFE-CGC) et collectifs (dont Inter-Hôpitaux et Inter-Urgences) ont appelé à la mobilisation dans toute la France. A Nice, un premier rassemblement a eu lieu dans la matinée sur le parvis de l'hôpital Pasteur, avant une manifestation en centre-ville l'après-midi.

Devant l'hôpital, en direct dans le 12/13 sur France 3 Côte d'Azur, le secrétaire de la CGT du CHU de Nice a exprimé ses craintes quant à l'avenir des urgences de Nice :

Nous sommes sur la corde raide dès que quelques soignants sont absents ou prennent la fuite parce que les conditions sont trop dures. Nous serons bien obligés nous aussi de restreindre notre ouverture des urgences, que ce soit sur des amplitudes horaires de nuit, de week-end ou en semaine. Rien ne nous garantit que demain nous pourrons fonctionner normalement.

Stéphane Gauberti, secrétaire CGT au CHU de Nice

Si le syndicat FO Santé ne participe pas à cette journée de mobilisation, il prévoit d'autres actions. Son secrétaire départemental Michel Fuentes annonce notamment un pique-nique du personnel dans le couloir de la direction générale du CHU de Nice, à l'hôpital de Cimiez.

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