"On est en train de créer des déserts pharmaceutiques" : quatre questions à Raphaël Gigliotti, président du syndicat des pharmaciens des Alpes-Maritimes

Maillage territorial, pénurie de médicaments, rémunération...Ce jeudi 30 mai, de nombreux pharmaciens se mobilisent et appellent à la grève pour faire part de leurs revendications. Raphaël Gigliotti, président du syndicat des pharmaciens des Alpes-Maritimes a répondu à nos questions.

"Le mouvement sera suivi par une grande partie des pharmaciens des Alpes-Maritimes, ce jeudi. Il est donc primordial d'anticiper et de venir chercher ses médicaments avant la mobilisation", prévient Raphaël Gigliotti, président du syndicat des pharmaciens des Alpes-Maritimes.

Ce jeudi 30 mai, un appel national a été lancé par ces professionnels de santé pour exprimer leur mécontentement. Raphaël Gigliotti le détaille.

Quels sont les impacts des pénuries de médicaments ?

Cela fait plusieurs mois, voire des années, qu'on interpelle le gouvernement sur cette problématique de pénurie de médicaments qui touche l'ensemble de la population mais rien n'est mis en œuvre. La pénurie est grandissante et ne freine jamais. On a de plus en plus de mal à soigner les gens.

La pénurie est grandissante et ne freine jamais. On a de plus en plus de mal à soigner les gens.

Raphaël Gigliotti, président du syndicat des pharmaciens des Alpes-Maritimes

Au comptoir aujourd'hui, j'ai une ordonnance sur deux où on a des soucis de rupture d'approvisionnement. Donc on se bat. On installe des laboratoires, on essaie de joindre les médecins pour trouver avec eux des solutions. Mais d'une pénurie, on passe à une autre pénurie, parce que bien sûr, lorsqu'on trouve une solution sur un autre médicament, et bien cet autre médicament va tomber en pénurie.

Cela devient une boucle infernale. Malheureusement, aujourd'hui, le budget des médicaments en France est l'un des plus bas en Europe, donc nous sommes servis en bout de chaîne. Forcément, on n'arrive plus à avoir de médicaments qui sont essentiels pour des pathologies tels que le cancer, le diabète, les maladies cardiovasculaires.

Comment explique-t-on cette situation ?

Le gouvernement a toujours pris la dépense du médicament comme étant une source d'économie, ce qui me semble être une erreur je pense. Au contraire, cela doit être une source d'investissement. Donc c'est très simple. Quand il commence à y avoir une tension d'approvisionnement, on prend la liste des commandes et on distribue au plus offrant. Tout simplement. Et la France ayant sous-investi sur le marché du médicament, elle n'est pas prioritaire. Il y a encore quelques semaines, il n'y avait plus de boîtes de Ventoline disponibles en France (un bronchodilatateur destiné notamment aux asthmatiques, NDLR). Il y en avait disponibles en Suisse, en Espagne, en Italie, en Belgique, en Allemagne, mais vendues plus cher, alors même que ce médicament était produit sur notre territoire. Bien sûr que je suis pour le fait de reproduire des médicaments en France parce qu'on gagne en souveraineté nationale en cas de grande crise. Toutefois, sans un investissement économique, on va tourner en rond, on ne pourra toujours pas fournir des médicaments à la population française.

De plus en plus de pharmacies ferment. Pourquoi ?

Il y a un gros problème de maillage territorial. Lors de la crise Covid, la répartition géographique de l'ensemble des pharmacies nous permettait de faire bénéficier de soins à la population, avec les masques, les tests, les vaccins. Ça avait été très bien utilisé à ce moment-là mais aujourd'hui il y a une dégradation totale du nombre de pharmacies en France à cause de problèmes de rémunération et ça touche en particulier les pharmacies de petits villages, dans des zones sous-peuplées.

Aujourd'hui il y a une dégradation totale du nombre de pharmacies en France à cause de problèmes de rémunération.

Raphaël Gigliotti, président du syndicat des pharmaciens des Alpes-Maritimes

On est en train de créer des déserts pharmaceutiques. Dans les Alpes-Maritimes, ça ne se voit pas sur le littoral, mais ça se voit tout à fait sur tout l'arrière-pays. La pharmacie de Tende (dans la vallée de la Roya, NDLR), par exemple, est fermée depuis la tempête Alex. Il y en a d'autres, Saint-Martin-Vésubie n'a pas de pharmacie depuis que le pharmacien s'est arrêté. Ce sont des problèmes qui n'existaient pas auparavant. On est la seule profession médicale qui accueille les gens sans rendez-vous 24h sur 24, 7 jours sur 7, parce qu'il y a des principes de garde qui sont mis en place. Malgré ça, l'État n'investit pas dans nos officines, voire il désinvestit.

Les pays frontaliers, est-ce une solution ?

Beaucoup de patients vont en Italie, particulièrement sur la frontière mentonnaise. Et c'est là où on arrive à une aberration. C’est-à-dire qu'aujourd'hui, un Français qui va en Italie chercher ses médicaments reçoit ses médicaments mais il n'aura pas de tiers payant, il va devoir le payer directement auprès du pharmacien. Et avec cette facture de médicament qu'il a payé plus cher, il va se faire rembourser la totalité par la Sécurité sociale française. Pensant réaliser des économies, elle va finalement payer plus cher des médicaments que le patient aura achetés à l'étranger.

L'Etat pense que s'il arrête de fournir des médicaments aux patients, ils n'auront plus de besoins médicaux. Mais ce n'est pas vrai, les gens ont toujours des besoins médicaux.

Raphaël Gigliotti, président du syndicat des pharmaciens des Alpes-Maritimes

En essayant de faire des économies, l'Etat est obligé de surpayer de l'autre côté pour subvenir aux besoins de la population. Il pense que s'il arrête de fournir des médicaments aux patients, ils n'auront plus de besoins médicaux. Mais ce n'est pas vrai, les gens ont toujours des besoins médicaux. Ils en auront encore plus besoin dans l'avenir puisque la population va continuer à vieillir. Il faut investir dans la santé. Penser l'inverse, c'est se tromper pour les futures générations.

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