REPLAY - Rencontre à Nice avec les anges, de l'art chrétien à la création contemporaine

Ce nouveau numéro de PointCult est consacré aux anges. A travers une visite dans la cathédrale Sainte Réparate de Nice et le nouveau spectacle de la compagnie L'Oublié(e) intitulé "La Chute des Anges", partons à la (re)découverte de ces créatures célestes.

Les anges sont-ils blancs ou noirs ?  Ce sont des anges gardiens ? Des anges qui nous transpercent de leurs flèches ? Ou bien des anges noirs annonciateurs de mauvais présages ? 

Les anges dans toutes leurs dimensions, c’est le sujet de ce nouveau numéro de PointCult. L'occasion de revisiter nos croyances et nos représentations.

Ces petites figures célestes sont une source d’inspiration infinie pour les artistes, les réalisateurs de films, les metteurs en scène, les sculpteurs, les peintres, les chorégraphes.

REPLAY : PointCult 

"Les anges vont être des intercesseurs vers les parties célestes"

A Nice, dans la cathédrale Sainte Réparate, qui date du 17ème siècle, l'influence est baroque. Impossible de compter tous ces anges joufflus ! Il y en a peut-être une centaine disséminés à tous les étages de l'édifice religieux. Il suffit de lever les yeux pour les apercevoir.

Certains ont des ailes, d'autres pas. Il y a aussi des anges musiciens. Selon Nathalie Gaglio, guide-conférencière dans les villes d'art et d'histoire, "les anges sont partout !"

Absents des églises au Moyen-Age, ils apparaissent en haut des colonnes, dans l'embrasure des fenêtres car "à l'origine il n'y a pas de vitraux dans les édifices baroques", précise la guide.

Depuis la réforme du Concile de Trente , étalée sur 18 ans (de 1542 à 1563) en réponse aux théories protestantes, le concile confirme la doctrine du péché originel, les sept sacrements, le culte des saints et des reliques. Les anges en font partie. Trente est l'un des conciles les plus importants de l'histoire du catholicisme. Et la cathédrale Sainte Réparate illustre ces changements.

 « Elle répond au mode du temps, poste concile de 30 ans où pendant 15 ans on a réfléchi comment regagner des âmes (…) on va mettre en place un véritable décorum et les anges en font partie comme les saints ».

Elle précise : "les anges vont être des intercesseurs vers les parties célestes."

Dans la chapelle de l'Immaculée Conception, on aperçoit des anges tantôt en plâtre, tantôt recouverts de poudre de marbre et dorés à la feuille d'or. Ces anges, on les retrouve à différents niveaux, à 1 mètre du sol, 2 mètres et tout en haut, près des fenêtres.

La légende raconte que ces anges s'envolent dès que la porte de la cathédrale est refermée. C'est pour cela qu'ils sont assis sur une fesse, comme si ils étaient prêts à redécoller dans les airs. 

Théâtre : "La Chute des Anges", de Raphaëlle Boitel

Pour cette nouvelle saison, après deux années mouvementées, le Théâtre National de Nice a choisi de présenter une chorégraphie de Raphaëlle Boitel : « La chute des Anges ».

Créé en 2018, ce spectacle peuplé de créatures tombées du ciel ou d’on ne sait quelles hauteurs se situe dans un futur proche. Dans un monde aux airs d’apocalypse où la machine a pris le pas sur l’homme, dont toutes les tentatives d’ascension, de libération, se soldent par un échec. Ce qui n’éteint pas son désir de vivre, de grimper encore.

La chorégraphe ne verra pas sa compagnie sur la scène niçoise, elle est en quatorzaine au Japon avant une résidence. Les ailes coupées ? Non, car elle sera bientôt en résidence au pays du soleil levant.

D'autres spectacles sont acutellement en tournée : "Un contre Un" - "5èmes Hurlants" - "Consolations" - "L'Oublié(e)"

En avril dernier, elle avait donné une interview au site Sceneweb.fr : « À la création de ce spectacle, on m’a souvent trouvée pessimiste. C’est drôle, aujourd’hui c’est plutôt l’inverse : les rares spectateurs qui ont pu voir 'La Chute des anges' depuis un an en ont plutôt retenu la partie lumineuse. On m’a même parfois trouvée trop optimiste ! ».

Un spectacle inquiétant, dérangeant parfois, poétique et chargé de symboles. La quête des anges est sans limites. Celles des hommes aussi ! 

Tristan Baudoin, scénographe explique que ce spectacle a été créé avant la pandémie et pourtant il résonne étrangement avec l'actualité. 

« On pose la question, on se demande si ce sont des anges qui ont perdu leurs capacités ou si ce sont des hommes qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas complètement », explique le scénographe.

Ces anges-là ont perdu la parole, sont des pantins désarticulés, n'ont plus de visage, ils n'ont plus de lien entre eux, marchent sans se regarder.

Une allégorie du monde moderne, qualifié de "sur-technologique". 

L'émotion passe par les gestes, le mime, les acrobaties vertigineuses

Pour Loïc Lieven, danseur circassien, ces anges ont perdu leur part d'humanité, ils essayent de la retrouver, "de la faire rejaillir".

Peu de dialogues, seulement des étreintes, des chuchotemements ou des cris. L'émotion passe par les gestes, le mime, les acrobaties vertigineuses. 

Les danseurs viennent des arts du cirque. Comme Alba Faivre, formée à Montréal, qui virevolte dans les airs, sur le mât chinois ou sur une échelle en déséquilibre permanent. 

C’est un agrès qui a été inventé spécialement pour le spectacle. Alba la circassienne s'élance dans le ciel, monte sur cette échelle géante, marche après marche, sans filet de sécurité.

Elle explique son rôle céleste : " J’ai ce personnage qui grimpe, qui veut aller plus haut, qui n’y arrive pas… mais qui essaye toujours d’aller plus haut."

Et quand les anges chutent, n'est-ce pas trop périlleux ? Alba répond avec un sourire d'ange : cette descente est "un risque calculé."

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