Et si le confinement était l'allié des petits commerçants

Après l’annonce du confinement et quelques jours d’angoisse, les petits commerçants restés ouverts ont vu affluer une nouvelle clientèle. / © Alexandre MARCHI MAXPPP
Après l’annonce du confinement et quelques jours d’angoisse, les petits commerçants restés ouverts ont vu affluer une nouvelle clientèle. / © Alexandre MARCHI MAXPPP

Après l’annonce du confinement et quelques jours d’angoisse, les petits commerçants restés ouverts ont vu affluer une nouvelle clientèle. Des habitués des grandes surfaces qui désormais se servent au coin de la rue, c'est le cas dans les villages des Alpes-Maritimes.

Par Nathalie Layani & ALH

« Je suis débordé depuis ce matin. Je ne m’en sors pas ».  Axel Pasquis, le boucher de Gattières dans les Alpes-Maritimes n’a que quelques minutes à nous consacrer. Un masque noir sur le visage, le téléphone collé à l’oreille, il doit à la fois servir au comptoir et gérer les commandes et les livraisons.

« Je vais devoir refuser des commandes »


Dehors, la file d’attente ne diminue pas.
« La plupart des gens qui font la queue, je ne les connais pas. Ce sont des nouveaux visages ».
Depuis le début du confinement, il sert chaque jour trois fois plus de clients. Son chiffre d’affaires a doublé, il a même du embaucher un salarié en renfort. « Mais il faudrait être au moins trois. Mon carnet est plein, je pense que je vais devoir refuser des commandes».
D’où viennent ces nouveaux clients ? Des supermarchés, dont ils préfèrent éviter la fréquentation en pleine crise sanitaire.

« J’espère solder mes dettes »


A Coursegoules toujours dans les Alpes-Maritimes, le confinement a été vécu comme un soulagement par Xavier Roux, le gérant de l’épicerie du village.
Lui qui a failli mettre la clé sous la porte au début de l’année, a vu arriver des clients qu’il n’espérait plus : « tous ceux qui travaillaient, partaient tôt le matin et rentraient tard le soir, peuvent maintenant faire leurs courses chez moi en journée. Je sers aussi nos voisins de Bézaudun qui n’ont pas d’épicerie dans leur village ».
 

Face à la crise, il a du lui aussi s’adapter. Multiplier les livraisons, et copier les supermarchés : « J’ai improvisé une sorte de drive : les clients m’envoient leur liste de courses par sms. Je prépare les paniers. La note est prête. Ils ont juste à payer et ils repartent ».

Les habitués font des plus gros paniers, pour limiter les déplacements. Les nouveaux découvrent l’épicerie, et Xavier Roux espère les fidéliser au-delà du confinement.
Mais pour lui, l’urgence, c’est de remettre ses finances à flots : « Je suis toujours sur la sellette. J’espère solder mes dettes. Dans le fonds, pour les petites épiceries de village, le confinement c’est plutôt positif ».


En ville, l’aubaine est moins évidente


Erwan Guillon est co-gérant de deux épiceries fines, l’une à Cannes, l’autre à Nice.

Dans la ville des congrès, le chiffre d’affaires a dégringolé. Heureusement à Nice, les clients sont encore friands des produits destinés à l’apéritif :  charcuterie et fromage à la coupe, épicerie sec et en vrac, vins, champagne et spiritueux.

« On voit beaucoup moins de monde en magasin, mais les clients achètent plus ». Le panier moyen a doublé, passant de 30 à 60 euros. Les apéros confinés lui permettent de limiter la casse. Ses autres clients, les hôtels, les restaurants, les yachts, ne commandent plus rien. C’est une baisse de 20% de son chiffre d’affaires.

« Honnêtement, vu le contexte général, on ne s’en sort pas trop mal » conclut-il.
 

Pour les commerçants fermés, le cauchemar du « stock toxique »

Ils appellent cela le « stock toxique » et c’est devenu leur pire cauchemar, notamment dans le prêt-à-porter. Même fermés, les commerces continuent de recevoir des cartons remplis de la nouvelle collection printemps-été. La commande a été passée, la livraison est donc assurée. Mais que faire de cette marchandise qui ne peut pas être vendue?
« Il faut négocier avec les fabricants pour obtenir des remises sur le stock invendu. On discute aussi avec les autorités sur les soldes d’été, qui devront coïncider avec les dates nationales, pourquoi pas fin juin, début juillet» répond Philippe Desjardins, à la tête de la Fédération du commerce niçois et de l’artisanat, qui regroupe 1400 enseignes.
Depuis le début du confinement, ce commerçant indépendant passe une grande partie de son temps sur les réseaux sociaux, à tenter de rassurer et d’informer les membres de son association. Pour tous les commerçants fermés, il s’assure du bon report des charges. Il leur a également transmis un courrier-type, rédigé par la Chambre de commerce, pour demander le report des loyers auprès des bailleurs.
Et il imagine déjà l’après : « A la fin du confinement, on ne veut pas juste rouvrir nos boutiques comme si de rien n’était. On  voudrait imaginer un grand événement festif à Nice ».
 

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