" Bouge ta rentrée ", la solidarité enthousiaste des étudiants d'Aix-Marseille Université

Le confinement a révélé la situation alarmante de certains étudiants. Privés de leur resto U et de leur petit boulot, ils se sont retrouvés dans leur chambre, sans rien. A Aix-Marseille Université, 180 étudiants ont retroussé leurs manches pour offrir des paniers alimentaires.  
La précarité étudiante n’est pas une découverte. C'est son ampleur qui a surpris tout le monde pendant le confinement, y compris les étudiants d'Aix-Marseille Université.

La crise du Covid-19 a mis à jour nombre de situations préoccupantes. Quand un étudiant n’a plus accès au restaurant du Crous, plus de job, et qu’il ne peut pas rejoindre sa famille à l’étranger faute d’avion, au bout de quelques semaines, il reste confiné, sans vivres.
 
"On n'avait pas anticipé la crise, on a culpabilisé quand le confinement est arrivé", explique Elena Palmero, étudiante à Saint-Charles, " On a eu un sentiment de responsabilité, on s'est demandé comment aider." 

Les étudiants de la FAMI Aix-Marseille (Fédération Aix-Marseille Interasso) mettent en place un système de solidarité digne des grandes organisations humanitaires. 
 
L’avantage, à cet âge-là, c’est que tout va vite. Les étudiants contactent la Banque Alimentaire, qui leur donne des denrées. Ils organisent des collectes à la sortie de grandes surfaces.
L'université, la région Paca, Aix Mécénat, les mairies d'Aix-en-Provence et de Marseille participent au financement.

"On a pris deux ou trois semaines pour le rodage, puis on a pris le rythme", décrit Elena.

Les étudiants bénéficiaires s’inscrivent sur internet en début de semaine et précisent leur besoins spécifiques, kits d’hygiène et produits pour bébés, par exemple.
 
Chaque semaine, une quarantaine de bénévoles confectionne les paniers alimentaires. Au plus fort de la crise, 1700 paniers sont distribués.
Les bénéficiaires viennent chercher leur panier sur chaque site de l’université : Saint-Charles, Luminy, Saint-Jérôme, la Timone et Aix-Schuman. Très rapidement, ils deviennent eux-mêmes bénévoles.

Elena Palmero fait sa tournée dans les Bouches-du-Rhône pour livrer les denrées au domicile de ceux qui ne peuvent pas se déplacer. Ils sont une douzaine, handicapés ou malades.

Chaque étudiant peut être bénéficiaire

Pas de justification de revenus, tous les étudiants ont droit à cette aide, l'éventuelle gène s'évanouit.
 
"Le plus difficile pour eux, c'était d'être désociabilisés", raconte Elena Palmero. "Les étudiants en précarité ne manquaient pas seulement d'argent. Ils étaient très seuls. Un jour, un Tunisien nous a envoyé un mail. Il louait un grenier à Aix ! Totalement isolé, il nous demandait si quelqu'un pouvait prendre un repas avec lui."
 

"Bouge ta rentrée"

Ces jeunes n’ont pas pris de vacances et vont faire leur rentrée fatigués. "Le matin, on avait des réunions à 7h30. Et on recevait des appels jusqu'à 23h30 pour tout planifier" raconte Elena.

Au lieu de lever le pied, ils créent « Bouge ta rentrée »

Les nouveaux inscrits ont « passé leur bac » en restant des mois à la maison. Les facs seront donc peuplées de solidaires épuisés et de bacheliers ramollis.
« Bouge ta rentrée » va durer cinq semaines, à partir de septembre. L’opération doit permettre aux nouveaux d’être mieux informés sur cette situation "spéciale" agrémentée de mesures sanitaires.

La solidarité, une formation parallèle 

Ils se forment en cours mais aussi dans leur fédération. "Nous développons beaucoup de compétences qui nous servent dans la vie de tous les jours. Et qui nous servirons dans notre future vie professionnelle. La communication notamment", témoigne Thibaut Cosserat, étudiant en génie mécanique à la faculté des sciences. "Nous ne sommes pas payés, moi j'ai la chance de ne pas être en situation de précarité, c'est une expérience humaine, je sais que je peux aider."

Une rentrée avec deux nouvelles épiceries solidaires et une conférence

Une épicerie sociale et solidaire existe déjà à Aix-en-Provence. Deux autres seront inaugurées début septembre. Appelées AGORAé, elles sont montées sur la Canebière et le site de Luminy, à Marseille.

Une conférence aura lieu le 17 septembre sur le thème "Fin du monde, fin du mois, même combat ? Ou comment allier écologie et justice sociale ?"
Le coût d'une rentrée universitaire est estimée à 2000 euros (frais d'inscription, logement, coûts d'installation dans le logement, transports...)

Le thème de la conférence "Fin du mois, fin du monde" semble d'actualité. Visiblement, la fin de la précarité n'est pas planifiée dans les facultés. 
 
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