Dix-huit mois de prison dont neuf mois ferme requis contre la maire LR d'Aix-en-Provence

Maryse Joissains-Masini, à son arrivée au tribunal (Montpellier) / © Photo Pascal Guyot/AFP
Maryse Joissains-Masini, à son arrivée au tribunal (Montpellier) / © Photo Pascal Guyot/AFP

Le procureur du tribunal correctionnel de Montpellier a requis dix-huit mois de prison dont neuf mois ferme et 10 ans d'inéligibilité contre la maire LR  d'Aix-en-Provence, qui comparaît pour favoritisme. Selon le magistrat, les faits sont "parfaitement caractérisés".

Par GM avec AFP

Dominique Sie, le procureur du tribunal correctionnel de Montpellier, a requis dix-huit mois de prison dont neuf mois ferme et 10 ans d'inéligibilité lundi soir contre la maire LR  d'Aix-en-Provence jugée à Montpellier pour la promotion indue de son chauffeur et l'embauche par complaisance de certains proches. 
Le procès avait été délocalisé à Montpellier à la demande du parquet aixois pour "la bonne marche de l'administration".
Pour le procureur de Montpellier, les faits de détournement de fonds publics et de prise illégale d'intérêts pour lesquels Maryse Joissains-Masini est poursuivie sont "parfaitement caractérisés": ils sont "d'une gravité extrême car ils sont le contraire de la probité attendue d'un élu", a-t-il précisé.

Douze mois de prison dont six ferme et une interdiction d'exercer dans la fonction publique pendant 5 ans ont par ailleurs été requis contre le fils du chauffeur de la maire, Christophe Achouri, 41 ans, accusé de "concussion" pour avoir bénéficié d'emplois de complaisance aux sein de structures sportives où selon l'enquête il aurait brillé par son absence.

Une promotion éclair

Maryse Joissains-Masini est maire d'Aix-en-Provence et présidente de la Communauté du Pays d'Aix depuis 2001, et députée de 2002 à 2012.
Elle a été mise en examen en 2014, notamment pour l'embauche d'une collaboratrice chargée de la maltraitance animale, la promotion éclair de son chauffeur et deux emplois pour les enfants de ce dernier.
Une lettre anonyme avait alerté le parquet d'Aix-en-Provence en 2012, qui avait alors diligenté une enquête. 
Au terme des investigations, il apparaissait "un somptueux mélange d'autocratie, de népotisme et de désinvolture dans l'engagement des deniers publics", tant à la mairie qu'à la communauté du pays d'Aix.

Maryse Joissains-Masini avait exigé la promotion d'Omar Achouri, son chauffeur et conseiller, âgé aujourd'hui de 65 ans, alors qu'il figurait à la 50e place sur une liste dressée par ordre de mérite.

Il a un engagement total que j'ai voulu récompenser par une promotion sociale

a assuré la maire, soulignant "la capacité à régler les problèmes" de son chauffeur harki, décrit comme un "personnage clef du système de clientélisme" aixois par différents hauts responsables administratifs
de la ville.

La promotion de M. Omar Achouri était erronée de manière criante

a assené le procureur, estimant que l'élue avait voulu "gratifier un proche" avec lequel elle avait "une relation forte".
Il est également reproché à l'élue l'embauche à son cabinet de la Communauté du Pays d'Aix d'une militante de la cause animale, Sylvie Roche, 50 ans, ce qui n'entrait pas dans les compétences communautaires.

"Le contrôle, c'est moi...."

Maryse Joissains-Masini, qui défend la cause animale depuis les années 1970, a mis en avant le "savoir-faire avec les animaux maltraités" de Sylvie Roche, assurant que sa décision d'en faire un collaborateur de cabinet pour la communauté de communes du pays d'Aix relevait de son "pouvoir discrétionnaire"
sans avoir à passer par un vote.

L'autorité territoriale, c'est moi, le contrôle, c'est moi

a martelé l'élue aixoise à la barre.
Sylvie Roche et Omar Achouri, placés sous le statut de témoin assisté, ont bénéficié d'un non-lieu.
Avant la fin du procès, la maire d'Aix-en-Provence a assuré avoir été une élue "intègre" et "rigoureuse". 

Mon territoire a besoin de moi, de mon honnêteté, de ma rigueur...

a-t-elle affirmé.
La défense a plaidé la relaxe de la maire d'Aix et du fils de son chauffeur.
La décision a été mise en délibéré au 18 juillet. 

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