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PACA : décryptage du mouvement des gilets jaunes par un professeur de Sciences-Po Aix-en-Provence

Manifestation de "gilets jaunes" à Nice. Sur la banderole :"le peuple à la parole." / © France 3
Manifestation de "gilets jaunes" à Nice. Sur la banderole :"le peuple à la parole." / © France 3

Un professeur de Sciences-Po Aix-en-Provence décrypte le mouvement des "gilets jaunes". Son cours : 'contestation et techniques de mobilisation', entre en résonance avec l'actualité.

Par Aline Métais

Son cours du jour devant les élèves de 2ème année de Sciences-Po Aix entre en résonance avec l'actualité : 'Contestation et techniques de mobilisation'. Christophe Traïni, chercheur et professeur depuis 2000 à l’IEP d’Aix en Provence, analyse pour nous le mouvement des "gilets jaunes". 
 
Christophe Traïni, chercheur et professeur depuis 2000 à l’IEP d’Aix / © CT
Christophe Traïni, chercheur et professeur depuis 2000 à l’IEP d’Aix / © CT

Interview :


Qui sont les "gilets jaunes" ? 

Ce sont des groupes assez hétérogènes, des personnes habituellement exclues de la vie politique et médiatique qui n’ont pas part à la prise de décision. En plus, ils revendiquent d’être en dehors de toute représentation, d'intermédiaires. Ils rejettent les politiques, les syndicats, les médias traditionnels. Paradoxalement, cette 'anti-politique' c'est ce qui a permis au gouvernement d’arriver au pouvoir en disant : "nous on est mieux placé que les autres pour faire mieux…". Et le mouvement des "gilets jaunes" se construit de la même façon. 

► Pourquoi utiliser un gilet jaune ? 

Ils s’emparent d’un accessoire de la même couleur, fluo, très visible, facilement accessible à tous. Un gilet utilisé sur les chantiers ou pour les services d'entretien. C'est assez simple. Ils s’entendent sur le plus petit dénominateur commun grâce à un symbole fort, facilement reconnaissable. Mais le mouvement reste composite.


Ce mouvement ressemble-t-il à d'autres protestations ?

Bloquer des routes pour se faire entendre n'est pas nouveau. Il ressemble à des mouvements récents d'occupation des places : 'Occupy Wall street' à New-York et le mouvement 'Nuits debout' en France. En revanche, il est très loin de Mai 68. Le contexte est trop différent. En 68, les étudiants étaient contre les conservatismes, ils avaient plein d’utopies dans la tête. Alors qu'aujourd'hui, les manifestants cherchent comment finir les fins de mois.


► Quels sont les éléments nouveaux ?

Ce qui est plus inédit, c'est l'utilisation des réseaux sociaux pour se coordonner. Dans les années 70-80, on avait les radios libres. Aujourd'hui on parle de 'media activism' : des personnes qui utilisent les medias et les nouvelles technologies pour développer les mouvements politiques et sociaux. C'est la volonté de se doter de moyens propres et autonomes plutôt que de passer par les médias traditionnels.

Les "gilets jaunes" sont un mouvement hybride. Il y a une mobilisation hors ligne et en ligne, une occupation physique et en même temps une présence active sur internet. C'est assez précurseur de ce qui peut se développer dans l’avenir. 


► Ce mouvement peut-il réussir à se structurer ? 

L'émotion et de la colère permettent de mobiliser en nombre mais on constate des difficultés à s’entendre : de passer des préoccupations multiples à des revendications communes. Il y a aura donc des difficultés à se structurer.


► Pourquoi ce mouvement dure-t-il ? 

L'attente d'une réponse du gouvernement a provoqué la montée en tension. Cela a permis de cristalliser l’opposition au pouvoir. 
 

 

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