Trop d'écrans : la polysomnographie pour mieux traiter les troubles du sommeil chez l’enfant

La polysomnographie permet d'enregistrer le sommeil de l'enfant. / © CH Aubagne
La polysomnographie permet d'enregistrer le sommeil de l'enfant. / © CH Aubagne

Depuis un an, le centre hospitalier d’Aubagne s'est doté d'un appareil capable de mieux diagnostiquer les troubles du sommeil, grâce à la polysomnographie. Télévision, ordinateur, smartphone perturbent le sommeil et entraînent de l'obésité.

Par Ludovic Moreau

Jusqu’à un enfant sur deux de moins de cinq ans souffre d’insomnie, entre 25 et 50%, selon les chiffres de l’Assurance Maladie. Ces troubles du sommeil se traduisent par des difficultés d’endormissement et/ou des éveils au cours de la nuit, avec des conséquences aussi, sur l’ensemble de la famille.

Déficit de l’attention et hyperactivité

Ces troubles du sommeil peuvent avoir des conséquences d’abord sur l’enfant, comme par exemple un déficit de l’attention et l’hyperactivité, que l’on nomme par TDAH (Trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité). C’est un trouble psychique neurodéveloppemental.

Chez l’enfant, les causes de troubles du sommeil sont variées et la plupart du temps ces troubkes sont bénins : rêves, cauchemars, terreurs nocturnes, etc. En général, ces dysfonctionnements se traitent en modifiant les habitudes et les rituels familiaux, auxquels peuvent être associés des exercices de relaxation ou des séances de thérapie cognitive comportementale.

Mais parfois, les troubles du sommeil peuvent avoir des causes plus organiques, avec des symptômes plus marqués, comme ronflement, apnée du sommeil, transpiration, mouvement involontaire des membres, énurésie, etc. Ces symptômes nécessitent un diagnostic plus approfondi.
Mise en place des capteurs qui vont permettre d'enregistrer de nombreux paramètres de l'enfant pendant son sommeil. / © CH Aubagne
Mise en place des capteurs qui vont permettre d'enregistrer de nombreux paramètres de l'enfant pendant son sommeil. / © CH Aubagne

Un diagnostic plus approfondi

Il y a un an, le centre hospitalier René Garcin à Aubagne, s’est doté d’un outil permettant d’obtenir un diagnostic beaucoup plus approfondi des troubles du sommeil chez l’enfant, grâce à la polysomnographie.

"Nous n'avions pas d'outil pour enregistrer le sommeil et dans la région, il y avait des délais d'attente très longs", indique le docteur Iris Herrmann, pédiatre et spécialiste du sommeil à l'hôpital d'Aubagne. "Ici, cet examen est pratiqué deux fois par semaine".

Pour l’enfant, il s’agit d’enregistrer son sommeil pendant toute une nuit. Pour le médecin, il s’agit de mesurer un nombre important de paramètres pendant ce sommeil et notamment pendant les différentes phases du sommeil.

Détecter les problèmes d'apnée du sommeil

Concrètement, l’enfant passe une nuit à l’hôpital (avec son doudou et papa ou maman). A l’heure du coucher, on lui place des capteurs sur la tête, les yeux et différentes parties du corps.

Au cours de la nuit, l’ordinateur va enregistrer l’activité du cerveau, les différentes phases de sommeil, le tonus musculaire, les mouvements du corps, la respiration et le rythme cardiaque. Toutes ces données sont ensuite interprétées par le médecin.

Cet examen permet notamment de détecter un problème d’apnée obstructive du sommeil ou un syndrome de jambes sans repos (impatiences).

Environ 2% des enfants âgés de 2 à 6 ans souffrent d'apnée du sommeil. Dans la plupart des cas, elle est associée à de grosses amygdales et à une hypertrophie des végétations.

Irritabilité et énervement 

"Cette année nous avons eu plusieurs cas d'apnée sévère du sommeil qui n'auraient pas été diagnostiqués sans cet examen", relate le docteur Herrmann.

Chez les enfants âgés de 3 à 7 ans, l'apnée obstructive n'entraîne pas forcément de la fatigue, mais plutôt de l'irritabilité et de l'énervement. Les parents ne font pas le lien entre ce comportement et un trouble du sommeil.
En moyenne, un enfant de 11 ans passe près de 6 heures par jour devant les écrans. / © Bruno LEVESQUE/MAXPPP
En moyenne, un enfant de 11 ans passe près de 6 heures par jour devant les écrans. / © Bruno LEVESQUE/MAXPPP

Exposition prolongée devant les écrans et sommeil

Les chiffres sont inquiétants. Un enfant de 11 ans passe en moyenne 5,8 heures par jour devant un écran, que ce soit à l'école ou à la maison, devant un ordinateur, la télévision ou un smartphone.

Pour un adolescent de 15 ans, le chiffre est encore plus alarmant, il passe en moyenne 8 heures 30 par jour devant un écran.

Il existe un rapport très connu entre le temps d'exposition devant les écrans et la qualité du sommeil

indique la pédiatre et ce rapport se traduit par des problèmes de somnolence ou de "pseudo-TDAH", durant la journée, mais pas seulement...

Exposition devant les écrans et surpoids

Le docteur Herrmann a participé à une étude du rapport entre la durée d'exposition aux écrans et la qualité du sommeil, chez les bébés. "A l'âge de six mois, le temps moyen d'exposition devant les écrans est supérieur à une heure, c'est déjà un problème pour la qualité du sommeil".

"Il y a une relation entre la durée d'exposition devant les écrans et le surpoids", indique la pédiatre, spécialiste du sommeil. D'abord pour une raison simple, l'enfant ou l'adolescent est plus passif et pratique moins d'activité physique.

Mais cette exposition devant les écrans, notamment la nuit, entraîne une sécrétion hormonale qui provoque l'envie de manger. Enfin, il est prouvé qu'une personne en surpoids est davantage sujette au risque d'apnée du sommeil et donc à un sommeil de mauvaise qualité.
La lumière bleue des écrans empêche de dormir. / © Jean-Baptiste Quentin/MaxPPP
La lumière bleue des écrans empêche de dormir. / © Jean-Baptiste Quentin/MaxPPP

La lumière bleue des écrans empêche de dormir

Le corps humain est une machine ultra-perfectionnée mais fragile. À l'intérieur de la rétine, des capteurs détectent s'il fait jour ou s'il fait nuit. Lorsque le soleil se couche, ces capteurs envoient l'information au cerveau qui, à son tour, va autoriser la production de l'hormone du sommeil, la mélatonine.

Les écrans d'ordinateur ou de smartphone émettent une lumière bleue identique à celle du soleil. Ainsi, "lorsque les yeux fixent les écrans, le cerveau considère qu'il fait jour et bloque la production de la mélatonine et donc, bloque l'endormissement".

Imaginez, vous recevez un SMS en pleine nuit, vous le lisez, votre cerveau interprète que le soleil s'est levé, c'est le matin et vous ne pouvez plus vous endormir.

Il existe désormais des applications gratuites, pour ordinateur ou smartphone, qui permettent de convertir la lumière bleue en lumière rouge. Mais la meilleure façon d'améliorer la qualité de son sommeil, c'est d'éteindre les écrans, au moins deux heures avant de se coucher.
 

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