"C'est Marseille qu'il a choisie comme dernière demeure" : quand Marcel Pagnol était inhumé dans le petit cimetière de La Treille

Loin de ses collines d'Aubagne, Marcel Pagnol s'est éteint le 18 avril 1974 à son domicile parisien. Ses obsèques furent célébrées à Paris et sa dépouille inhumée à Marseille cinq jours plus tard. L'écrivain cinéaste repose au cimetière de la Treille, dans l'est de la ville.

"Il a aimé les sources, ses amis et sa femme". La citation de Virgile en latin (Fontes amicos uxorem dilexit) est gravée sur la tombe de Marcel Pagnol dans le petit cimetière de La Treille dans le 11ᵉ arrondissement de Marseille, en bordure du massif du Garlaban, où il a tourné la quasi-totalité de ses films : La Fille du puisatier, Angèle, Regain, Manon des sources, etc.

Marcel Pagnol s'éteint le 18 avril 1974, des suites d'un cancer, à son domicile du square de l'avenue Foch à Paris. C'est dans la capitale que sont célébrées le 22 avril les obsèques de l'académicien, dans l'église Saint-Honoré d'Eylau, dans le 16ᵉ arrondissement. Une foule compacte accompagne le cercueil, recouvert de l'habit brodé, de l'épée et du bicorne académiques.

Académiciens, gens de lettres et acteurs rassemblés 

L'édifice parisien est trop petit pour accueillir les proches de l'auteur et tous ceux venus rendre un dernier hommage à Marcel Pagnol, membres de l'Académie française, hommes et femmes de lettres, acteurs et actrices de cinéma et de théâtre, et anonymes.

Au premier rang, le maire de Marseille Gaston Defferre, aux côtés d'Alain Peyrefitte, ministre des Affaires culturelles, assiste avec Jacqueline Pagnol et son fils Frédéric, à la messe célébrée par l'abbé con Calmels, supérieur général de la congrégation des Abbés prémontrés, ami personnel de Marcel Pagnol, venu spécialement de Rome. 

"La source ne coule plus"

Selon les souhaits de simplicité exprimés par Marcel Pagnol, aucun discours ni homélie n'est prononcé durant la cérémonie. En hommage à son œuvre, un officiant lit "Le sermon du curé" tiré de Manon des Sources.  

"Il sait très bien le Bon Dieu que vous êtes là parce que la source ne coule plus, énonce ce texte devenu culte.

Il y en a qui sont inquiets pour le jardin, d’autres pour la prairie, d’autres pour les cochons, d’autres parce qu’ils ne savent plus quoi mettre dans le pastis.

Marcel Pagnol

Le sermon du curé dans "Manon des sources"

"Ces prières que vous avez la prétention de lui faire entendre ce sont des prières pour les haricots, des oraisons pour les tomates, des alléluias pour les topinambours, des hosannas pour les coucourdes. Allez, tout ça c’est des prières 'adolphines'. Ça ne peut pas monter au ciel parce que ça n’a pas plus d’ailes qu’un dindon plumé."

Inhumation à La Treille

A l'issue des obsèques, sur la place Victor Hugo, un ultime salut est rendu devant le cercueil par une section du 76 R.I de Vincennes à Marcel Pagnol, grand officier de la Légion d'honneur.  

Le lendemain, Pagnol revient chez lui, à Marseille. Un cortège de voitures sillonne la ville pour que les Marseillais puissent lui rendre un hommage à leur tour, avant l'inhumation à La Treille.

"C'est très près d'ici qu'il est né et c'est Marseille qu'il a choisie comme dernière demeure, déclare Gaston Defferre dans son discours, devant famille, amis, élus locaux et admirateurs de l'auteur. 

Il est devenu dans sa gloire, notre bien commun, car ce sont des Marseillais et des Marseillaises du peuple qui l'ont inspiré. C'est d'eux qu'il a fait avec leurs qualités et leurs défauts, leur grandeur et leur misère, des personnages légendaires.

Gaston Deferre, maire de Marseille

Dans le village devenu quartier, où il passait ses vacances enfant, entre Marseille et Aubagne, Marcel Pagnol est inhumé dans le caveau familial du minuscule cimetière, aux côtés de sa mère et de sa fille Estelle, morte 20 ans plus tôt.