Concert-test d'Indochine à Paris ce 29 mai: toujours l'incompréhension autour de l'annulation de celui d'IAM à Marseille

Deux concerts-tests étaient programmés ce samedi 29 mai à Paris et à Marseille. Scientifiques et professionnels du spectacle auront les yeux rivés sur la capitale tandis que dans la cité phocéenne, l’événement a été annulé par le gouvernement. Il pourrait finalement ne jamais avoir lieu.

Le groupe Indochine se produit ce 29 mai à l'AccorHotels Arena à Paris dans le cadre du premier concert-test en France.
Le groupe Indochine se produit ce 29 mai à l'AccorHotels Arena à Paris dans le cadre du premier concert-test en France. © Arnaud Journois Maxppp

L’AccorHotels Arena rouvre ses portes pour le très attendu concert-test d’Indochine ce samedi 29 mai à 17 heures. Les portes du Dôme de Marseille resteront quant à elles bien fermées. L’événement avait été annulé le 12 mai dernier par la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, en raison du « risque lié au protocole sanitaire proposé. »

C’est début décembre que le projet marseillais avait vu le jour, sous l’impulsion de deux infectiologues de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale - Inserm : Jean Gaudart et Fabrice Simon.

Le groupe IAM avait alors décidé de se produire gratuitement sur scène en faveur de la recherche scientifique. Lorsque l’annulation du concert a été annoncée par voie de presse, le leader du groupe Akhenaton s’est dit « désabusé ».

Le concert-test, s'il est validé, avec un protocole sans test PCR à la clé, vient complètement contrer l'idée d'avoir un pass sanitaire pour des salles de mille personnes et plus. C'est-à-dire que si l'expérience réussie, ça prouve que le pass sanitaire n'a pas une grande utilité. Le pass sanitaire, à nos yeux chez IAM, c'est une vaccination obligatoire à l'usure. C'est-à-dire que quand les gens seront bien fatigués de faire 800 tests PCR, ils iront se faire vacciner parce qu'ils seront fatigués.

Akhenaton invité de notre émission #18h30Paca

Les fans du groupe marseillais ne cachent pas non plus leur déception. Sur les réseaux sociaux les commentaires vont vifs. 

Certains disent même "en pleurer" :

Les équipes organisatrices de l’Inserm soulignent un manque de reconnaissance du gouvernement pour leur travail.

Nous avons un protocole qui a été validé par toutes les instances réglementaires scientifiques françaises. À seulement 15 jours du concert-test, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot prend la décision d’annuler nos deux dates en se plaçant au-dessus de toutes les évaluations qui ont été faites par les instances agréées pour ça.

affirme le professeur Fabrice Simon, infectiologue, co-coordinateur de l’événement.

Le 21 mai, la ministre de la Culture, en déplacement avec le président de la République à Nevers pour la promotion du Pass Culture, avait annoncé vouloir « essayer » d’organiser le concert-test de Marseille « avec un protocole sanitaire revu. »

Un protocole sanitaire jugé « trop risqué »

Pour le concert parisien, l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris dévoilait son protocole dans un communiqué le 12 mai dernier, jour de l’annulation du concert-test de Marseille. Les 5000 participants sont volontaires, ont entre 18 et 45 ans sans comorbidités, et sont dépistés deux jours avant l’événement, puis filtrés en fonction du résultat des tests.

Cette stratégie de « dépistage-filtrage », le professeur Simon avait refusé de la mettre en place à Marseille pour faire une expérimentation « qui se rapproche le plus de la vie réelle. » Le protocole prévoyait un concert assis avec des sièges vides entre les spectateurs et la distribution de masques FFP2 à l’entrée, et un kit comprenant bouteille d’eau et mouchoirs. Une campagne de test aurait dû être menée sur les 1.000 étudiants (en bonne santé) sélectionnés au sein de l’université Aix-Marseille, sans avoir connaissance des résultats avant leur participation au concert. C’est ce protocole, sans filtrage à l’entrée, qui a été finalement refusé.

Un problème de délais

À Marseille, on s’interroge. L’expérimentation est-elle définitivement annulée ou reportée ? Excédés par l’absence de communication du Gouvernement en dehors de propos relayés par la presse, les différents acteurs du concert-test s’impatientent.

« Il faudrait que la décision du gouvernement arrive dès le début de ce mois de juin, dernier délai, précise l’adjoint à la culture de la cité phocéenne Jean-Marc Coppola, au moins 15 jours sont nécessaires pour sélectionner les étudiants, sauf qu’ils seront bientôt en vacances. »

Sur le plan scientifique, l’expérimentation perd de son intérêt à mesure que les jours passent. « L’été, le virus circule moins. Un concert-test sans circulation du virus ça n’a plus aucun intérêt » expose le professeur Fabrice Simon sur notre plateau ce 28 mai.

Le groupe IAM qui devait se produire sur scène pour l’événement est contraint par le temps.

« En principe, nous sommes toujours d’accord pour participer au projet si une date de report nous est donnée. Par contre, ça va devenir compliqué parce que nous avons déjà signé des contrats pour des festivals,

nous explique le leader et co-fondateur du groupe, Akhenaton.

Première date pour les rappeurs marseillais, le 25 juin prochain pour l’ouverture du festival Europavox à Clermont-Ferrand. Pour lui, "l'annulation c'est une décision politique. Alors une fois que la décision politique est actée, on se demande pourquoi ? Est-ce que c'est nous ? Est-ce que c'est la ville avec tous ses personnages, que ce soit le professeur Raoult ou IAM ? C'est peut-être une décision personnelle aussi parce qu'un morceau comme La Faim de leur Monde n'a pas vraiment dû plaire à tout le monde là-haut."

Le concert d’Indochine ce 29 mai est la première manifestation culturelle rassemblant plusieurs milliers de personnes autorisées en France.

Des expériences similaires ont déjà eu lieu depuis fin mars à Barcelone, Liverpool et Amsterdam avec des résultats concluants. À la différence du protocole sanitaire proposé par Marseille, l’ensemble des concerts-tests en Europe étaient encadrés dans des conditions strictes, avec un « dépistage-filtrage » avant chaque événement.

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