“On a fait une énorme boulette” : prison ferme pour deux policiers après un contrôle violent à Marseille

Illustration. Une voiture de police stationnée lors d'une opération de surveillance de la voie publique. / © Alexis Sciard / MaxPPP
Illustration. Une voiture de police stationnée lors d'une opération de surveillance de la voie publique. / © Alexis Sciard / MaxPPP

Deux policiers ont été condamnés mercredi en comparution immédiate à Marseille à quatre ans et à 18 mois de prison pour l'arrestation illégale d'un jeune étranger, abandonné 30 km plus loin dans un terrain vague, où il affirme avoir été frappé.

Par Grégoire Bézie avec AFP

Ils ont été incarcérés après le prononcé de cette condamnation pour enlèvement et séquestration, faux et violences volontaires.

Le troisième membre de cet équipage de la CRS autoroutière, une jeune femme, adjointe de sécurité, a écopé d'un an de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Marseille.

Des caméras de vidéosurveillance avaient filmé l'interpellation musclée de Jamshed, un Afghan de 27 ans, porteur d'un titre de séjour, le 12 avril sur le Vieux-Port de Marseille.

Les policiers, qui intervenaient dans le cadre du contrôle du confinement, le soupçonnaient d'avoir craché sur deux passants qui lui auraient refusé une cigarette.

Il avait été projeté contre le véhicule de police après une clé de bras, puis placé à l'intérieur.
Selon l'adjointe de sécurité qui a procédé au menottage, le chef de bord, le brigadier Michel Provenzano, 46 ans, "s'est énervé à partir de là". Les fonctionnaires évoquent des doigts d'honneur et des invectives.

"La première grosse erreur, c'est qu'on aurait dû laisser tomber et le laisser repartir mais on a décidé qu'il ne fallait pas qu'il reste là", a reconnu le conducteur, Mathieu Coelho.
 

J'ai pété un câble, on a fait une énorme boulette

Devant le tribunal correctionnel où ils comparaissaient à l'issue de leur garde à vue dans les locaux de l'Inspection générale de la police nationale, les policiers ont reconnu les faits.

Pour eux, en raison de la crise sanitaire, ils se seraient "fait rire au nez" s'ils avaient transporté le jeune homme devant un officier de police judiciaire pour outrage.

"J'ai pété un câble, on a fait une énorme boulette", a reconnu Michel Provenzano: "On avait ce gars sur les bras, on ne savait pas quoi en faire".

Le jeune homme avait ensuite été transporté sur un terrain isolé à Châteauneuf-les-Martigues, à une trentaine de kilomètres de Marseille.

Sur place, Michel Provenzano dépose dans le vide-poche ses lunettes de soleil et son arme de service "pour ne pas faire de conneries", a-t-il déclaré au tribunal.

Derrière une butte, le jeune Afghan aurait alors reçu "un coup de poing ou une gifle", selon l'adjointe de sécurité, mais ces violences sont contestées par ses deux collègues.

Un "quasi-suicide professionnel"

Une fois la victime abandonnée, Michel Provenzano lâchera: "Ca fait du bien, ça soulage", toujours selon l'adjointe de sécurité.

Les deux hommes prennent alors la décision de rédiger un faux procès-verbal indiquant avoir laissé le jeune réfugié à l'Hôtel de police.

La peine de quatre ans de prison, à l'encontre de Michel Provenzano, est supérieure aux trois ans requis par la procureure Virginie Tavanti selon laquelle ces policiers "n'ont pas été dignes de leur uniforme".

La peine de 18 mois de prison avec sursis infligée à son collègue Mathieu Coelho est quant à elle conforme aux réquisitions.

Les trois policiers se sont excusés auprès de la victime, à l'audience.

Me Nicolas Berthier, défenseur de Michel Provenzano, avait évoqué un "quasi-suicide professionnel", appelant le tribunal à "ne pas réduire ce policier à 33 minutes de folie, hors cadre, après 20 ans passés dans les CRS sans aucun incident".
 

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