Coronavirus : faut-il douter du nombre de morts annoncés dans les Ehpad des Bouches-du-Rhône ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par Sophie Accarias

Avec 326 morts depuis le début de l’épidémie dans les Ehpad de Paca, les questions sont nombreuses. Que se passe-t-il vraiment dans les maisons médicalisées, pourquoi les Bouches-du-Rhône comptent-elles plus de décès que tous les autres départements de la région ?

Que se passe-t-il dans les Ehpad de la région ? Depuis le début de la crise, nombreux sont les établissements où le nombre de morts fait froid dans le dos.



C’est l’ARS, l’Agence régionale de la santé qui communique tous les soirs ce décompte macabre. Mercredi soir, on dénombrait 326 morts dans les Ehpad de Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Les Oliviers à Martigues, neuf morts depuis le début de l’épidémie

Dans cette maison de retraite, les premières mesures de confinement ont été prises le 9 mars pour les 68 résidents.



En nombre de cas cumulé depuis le début de la crise sanitaire, 23 résidents ont été touchés. Il reste aujourd’hui dans les murs cinq cas. Et neuf personnes sont mortes.



Au standard des Oliviers, c’est un peu le "feu" et pour avoir des informations, on nous renvoie sur le gestionnaire du groupe, l’association Entraide. Pour Xavier Ansaldi, son directeur, ces chiffres sont à tempérer.



"Il n’y a pas plus de morts que l’année dernière, je suis en train de faire un tableau comparatif", assure-t-il. En France, le taux de mortalité dans les Ehpad est de 33 %. Il me semble que c’est la même chose".



Ici, les familles, dont les proches sont touchés par le Covid, sont appelées par le médecin, tous les jours. Et s'il y a des décès, il y a aussi des guérisons. 18 résidents ont été ainsi guéris. "Une chose est sûre, si dès le début nous avions eu tous les moyens pour traiter les patients, nous n’en serions peut-être pas là", ajoute Xavier Ansaldi, sans vouloir préciser s'il parle d'un traitement à la chloroquine.



"J’insiste, je n’ai rien à cacher, on fait face à une épidémie. Aujourd’hui, le département nous aide beaucoup pour tout ce qui est matériel de protection, rien ne manque. On va continuer à se battre."

Korian à Marseille, pas de chiffre mais trois décès présumés

A Marseille, dans cet Ehpad de la rue Paradis, impossible d’avoir des chiffres. "On ne communique pas, voyez avec l’ARS", c’est ce que répond le chargé de communication de l’établissement.



Mais selon les familles, trois personnes seraient déjà mortes de la maladie. Alors bien sûr l’inquiétude grandit, notamment en ce qui concerne l'assouplissement des mesures de confinement.



"Faire à nouveau rentrer des gens pour voir les parents, je ne sais pas si c’est une bonne idée", témoigne Sylvie Carrière, dont la maman a été testée négative. "Il vaudrait peut-être mieux attendre encore et être prudents".

Séolane à Marseille, 15 morts ?

Un autre établissement à Marseille semble susciter l’inquiétude, c’est l’Ehpad Les Séolanes. Un seul chiffre non confirmé, 15 personnes y seraient décédées.



Et côté résidents affectés par le virus, on parle de 69, c’est près de 70% de la structure. Un cluster ? Difficile là aussi de vérifier. Lorsque la structure répond et que l’on nous passe le directeur, l’échange est très bref : "Je n’ai pas le droit de communiquer, pas même de confirmer ou d’infirmer ce chiffre."

Pas de décès dans les Ehpad des Hautes-Alpes

Un chiffre retient aussi l’attention : 0 décès dans les établissements des Hautes-Alpes.



Tout simplement car le virus y est moins présent et le nombre de résidents dans les Ehpad bien moins nombreux que dans les Bouches-du-Rhône. Le département comptabilise à lui seul 143 décès sur les 326 recensés. 



De son côté, l’ARS rappelle qu’elle a diffusé à l’ensemble des établissements un guide pratique qui sera mis à jour régulièrement.



Et chaque soir elle met en ligne, avec l’agence nationale santé publique France, des chiffres départementaux accessibles à tous sur l’évolution du Covid-19

Autre crainte : 20 000 décès de personnes âgées isolées

Mais le chiffre de la mortalité pourrait aussi grimper chez les personnes âgées vivant seules et isolées, celles qui n’ont plus de famille ou plus de contact avec elle. Elles seraient 300.000 en France, selon les Petits frères des pauvres.

 

Laurent Levasseur, président du directoire de Bluelinéa, une entreprise de solutions de domotique et de téléassistance à domicile, tire même la sonnette d’alarme.

 

"On parle des Ehpad où les personnels font tout ce qu’ils peuvent, mais lorsque l’heure du déconfinement viendra, j’ai peur que nous assistions à un vrai désastre au domicile de ceux que l’on appelle les invisibles".

 

Pour ces 300.000 personnes, on parle, avant même l’épidémie, de mort sociale. Pour eux, personne n’est jamais là pour prendre des nouvelles ou aller faire les courses. Des gens souvent très âgés, qui ont peu l’habitude de chercher eux-mêmes de l’aide pour leur santé. 

 

"S’ils tombent malades, ils ne se rendront pas même compte qu’ils risquent de mourir et on les retrouvera sans doute quelques jours ou semaines après le début du déconfinement. C’est affreux, ça sera une deuxième catastrophe sanitaire", estime Laurent Levasseur.



L’entreprise propose sur son site une plateforme d’aide, HELP, gratuite aux communes ou aux établissements de soins.

 

Dans les semaines qui viennent, si la chaleur se poursuit, c’est cette fois la canicule qui pourrait se superposer ou prendre le relais du Covid.

 
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