Visite des proches en EHPAD : "il était urgent de trouver un équilibre entre confinement et relations avec les familles"

Les visites dans les EHPAD étaient interdites depuis le 13 mars dernier. Si le confinement protège du COVID 19, il aggrave les risques de syndrome de glissement et de perte du goût de vivre. Depuis ce lundi, les familles peuvent à nouveau retrouver leurs proches, mais sous conditions strictes.

La solitude des personnes âgées peut entraîner le syndrome de glissement.
La solitude des personnes âgées peut entraîner le syndrome de glissement. © Thibault Vandermersch / MaxPPP
"On travaille sur le déconfinement progressif depuis une dizaine de jours", explique Jean-Christophe Amarantinis, délégué régional du Synerpa (Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées), "mais on ne s'attendait pas à une ouverture dès aujourd'hui".

"Avec les yeux, on peut dire beaucoup de choses", a déclaré Olivier Véran, ministre de la Santé et des Solidarités, dimanche, lors d'une conférence de presse à Matignon. Le ministre autorise à nouveau les visites dans les EHPAD, mais de façon très encadrée.  "Le confinement en EHPAD est difficile à vivre pour nos aînés et leurs proches", a indiqué Olivier Véran. Depuis ce lundi, si le résident d'un EHPAD en fait la demande et sous la responsabilité du directeur d'établissement, il pourra recevoir ses proches sous certaines conditions.

En théorie, les visites sont autorisées à partir de ce lundi, mais en pratique, il faudra attendre quelques jours pour que les protocoles d'accueil soient mis en place pour garantir la sécurité des résidents.

"Pas de contact physique, interdit de se toucher et seulement deux personnes par familles sont autorisées", a précisé le ministre de la Santé. En France, "45 % des EHPAD ont signalé au moins un cas de COVID positif".

Garantir la sécurité sanitaire

"Après plus d'un mois d'efforts d'isolement pour protéger les résidents, les familles ne comprendraient pas qu'on ouvre les établissements sans garantir une sécurité maximale", indique Jean-Christophe Amarantinis.

Outre les mesures barrières habituelles, les établissements fourniront les équipements de protection (EPI) pour les familles (charlottes, sur-blouses, masques, etc.). Le temps de visite sera limité entre 15 et 45 minutes et entre chaque visite, une décontamination des lieux sera effectuée.

"Chaque visite sera organisée avec un membre du personnel à proximité, pour pouvoir intervenir si nécessaire, notamment pour éviter une trop grande charge émotionnelle", explique le délégué du Synerpa. Il ajoute qu'il ne pourra pas y avoir plus de deux ou trois visites par jour, un planning des priorités sera réalisé avec les familles.

Le syndrome de glissement

"Il était urgent de trouver un équilibre entre le confinement pour protéger les personnes âgées du COVID et permettre de maintenir un lien physique avec les familles", indique Stéphane Chorro, directeur de l'EHPAD l'Esterel à Salon-de-Provence.

Chez certaines personnes, l'isolement ou la perte du lien affectif avec la famille peut conduire au syndrome de glissement. "C'est une forme de dépression qui s'installe petit à petit, avec le sentiment de ne plus compter pour ses proches", explique le directeur de l'EHPAD, "ensuite c'est la perte de l'envie de vivre, la personne ne se lève plus, ne se lave plus, ne mange plus".

Ce syndrome ne concerne pas les personnes âgées désorientées dans l'espace et le temps, mais peut toucher certains résident. A l'intéreur de l'EHPAD, la vie des résidents est réglée, il y a les activités, les repas, les visites :

"Le confinement a entraîné une perte de repères pour beaucoup de résidents", indique Stéphane Chorro. Pour maintenir les liens sociaux et familliaux, des activités spécifiques ont été mises en place et les résidents communiquent avec leurs proches grâce aux moyens de communications comme FaceTime ou Skype.

"Chez une personne de plus de 85 ans, les nouvelles technologies ne permettent pas toujours d'avoir un contact satisfaisant", poursuit Stéphane Chorro, "la surdité, le déficit visuel ou encore les troubles de la mémoire ne sont pas compatibles avec les moyens de communications modernes. Rien ne remplace le contact direct".

A la maison de retraite l'Esterel, une psychologue visite régulièrement les résidents pour observer leur état de santé psychique et téléphone ensuite aux familles pour donner des nouvelles.
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