Covid-19. Grève à l’hôpital Nord de Marseille pour une prime de 100 euros pour tous

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Écrit par Adrien Gavazzi

100 euros nets mensuels seront versés à compter de janvier 2022 aux seuls infirmiers des services de réanimation, a annoncé fin décembre le Premier ministre. Injuste, rétorque le syndicat SUD, à l'origine d'une grève illimitée à l'hôpital Nord de Marseille.

"On nous dit que 100 % des patients covid admis en réa sont non vaccinés. Eh bien, nous c'est pareil : nous sommes 100 % de personnels grévistes en réa !"

Secrétaire départemental adjoint SUD santé sociaux 13, Kader Benayed a un don pour les punchlines. Il les égrène, commentant la grève illimitée entamée mercredi 5 janvier à l'hôpital Nord de Marseille, à l'appel de son syndicat.

100 % de grévistes pour la forme, travaillant malgré tout ("On n'est pas les éboueurs de la ville de Marseille, et heureusement"), contre la prime de 100 euros nets mensuels versée aux seuls infirmiers de réanimation à compter du mois de janvier, comme l'a annoncé le Premier ministre Jean Castex fin décembre. 

"Déjà, cette prime n'est pas pérenne, tonne le syndicaliste. Elle dépend du financement de la sécurité sociale. Si demain, Zemmour est président, tout peut changer. Et puis elle n'est pas comptabilisée pour la retraite."

Une prime jugée discriminatoire 

Ensuite, cette prime est discriminatoire, juge-t-il. "Pourquoi nous pondre une prime pour les infirmiers de réa uniquement ? Si vous travaillez aux urgences, vous ne l'avez pas. Si vous travaillez en neurochir, vous ne l'avez pas. Or, le virus n'a pas de frontière ! On souffre partout !"

Sans parler des personnels de réa autres qu'infirmiers, exclus eux aussi. "Sincèrement, je ne comprends absolument pas cette mesure, s'interroge Kader Benayed. Jean Castex aurait mieux fait de garder son argent, à l'heure où l'on nous dit que les caisses sont vides."

L'objectif de la grève est d'obtenir "la prime pour tous", avant publication du décret d'application concernant le versement de ces 100 euros nets mensuels. 

Gagnant moins de 2.000 euros par mois, Charlène Carvin, infirmière en réanimation à Marseille, se satisfait néanmoins du coup de pouce : "C'est toujours ça de pris, on va pas se mentir, avoue-t-elle. Le salaire, c'est important de nos jours : c'est avec l'argent qu'on vit, c'est avec l'argent qu'on fait les choses."

Cette prime se cumule avec les 180 euros nets obtenus par les personnels hospitaliers à l'issue du Ségur de la santé - du nom de l'adresse du ministère de la Santé, avenue de Ségur à Paris, où a été organisée en 2020 une vaste consultation ayant débouché sur des mesures de revalorisation salariale à l'hôpital.

En sortant le portefeuille, l'exécutif espère contenir l'hémorragie dans l'hôpital public, de nombreux infirmiers ayant décidé de lâcher la blouse, épuisés par deux ans de crise sanitaire. 

Mais l'argent ne peut pas tout, selon Kader Benayed : "Avec les heures supplémentaires, certains infirmiers ont doublé leur salaire. 100 euros, cela ne va rien changer. Ils n'en peuvent plus, tout simplement."

Initié à l'hôpital Nord de Marseille, le mouvement de grève pourrait s'élargir à d'autres établissements dans les Bouches-du-Rhône.