Grève des éboueurs à Marseille : non les rats ne vont pas proliférer dans les poubelles

Les déchets qui s'amassent dans les rues de Marseille au 6e jour de grève des éboueurs sont un buffet à ciel ouvert pour les rats. Si sur les réseaux sociaux ils sont vus partout et en nombre, pour le spécialiste Pierre Falgayrac, "Rats, l'invasion commence" n'est pas au programme.

Si la référence ne vous dit rien, c'est normal. "Rats, l'invasion commence" est un film d'horreur allemand de 2001. Qui n'a pas vraiment connu le succès. Il faut dire que le sujet des rats envahisseurs ne compte qu'une petite dizaine de productions dans l'industrie cinématographique.

Les rats. Un mal qui touche toutes les grandes villes. À Marseille, on estime le nombre de rats à 1,5 million. Ce jeudi 30 septembre marquera la fin d'une première semaine de grève de la collecte des déchets. Avec les poubelles qui s'amoncellent dans les rues de la communauté d'agglomération d'Aix Marseille, nombreux sont ceux qui craignent la prolifération des rats.

"Heureux comme un rat marseillais!" Sur les réseaux sociaux, les twittos y vont de leur petit commentaire. "Avec les ordures c’est fini ils vont marcher avec nous dans la rue". 

Alors faut-il oui ou non craindre une explosion de petits rats dans les rues de la cité phocéenne ? Nous avons interrogé un spécialiste sur la question. Pierre Falgayrac est expert en hygiène et sécurité et auteur de Des rats et des hommes.

Pour lui, le facteur principal est le temps pendant lequel les poubelles sont laissées à l'abandon. "Dès que la grève dépasse une semaine, il y a davantage de nourriture et les rats le comprennent."

Mais plus de nourriture ne veut pas forcément dire plus de rats. Pour le spécialiste, la question ne résume pas à cela. "Ce n’est pas parce que les ressources alimentaires augmentent que leur population va augmenter. Il faut aussi qu’augmente la nidification."

Et c'est là le point important. "Dans les parties de la ville, où les sols ne sont pas complètement bétonnés et où les rats peuvent creuser des terriers, leur population peut doubler." Les rats ont besoin de creuser leur nid "à proximité directe d'une source de nourriture".

Mais dans de nombreux quartiers de Marseille, c'est comme partout. Trouver un logement est impossible. Le panel de possibilité est déjà exploité à 100 %. "À Noailles tous les terriers sont en surface, donc les possibilités de nidification sont déjà entièrement exploitées."

D'après Pierre Falgayrac, pas d'explosion des naissances mais une augmentation de la population "de 20 à 30 % d'ici deux mois" dans les quartiers où les rats pourront creuser des terriers supplémentaires dans les égouts. Il cite en exemple la Canebière près du Vieux-Port ou le boulevard Sakakini plus à l'Est, deux terrains propices à la nidification.

Rapide calcul : 20 à 30 % de 1,5 million cela fait tout de même 300 à 450.000 petits rongeurs en plus.... Mais au final, Pierre Falgayrac est formel. Dans de nombreux quartiers, "il n'y aura pas plus de rats".

Le rat est un animal très craintif.

Pierre Falgayrac, expert en hygiène et sécurité

Le spécialiste est catégorique, les rats ne sont pas dangereux. Si aujourd'hui, ce rongeur est si peu apprécié, c'est pour lui que l'histoire a créé de nombreux fantasmes.

Du rat porteur de maladie au voleur de récolte, il est devenu symbole de saleté et de nuisance. Il explique cette peur par une méconnaissance générale à l'égard de cet animal. Et nous revoilà plongés dans notre série Z d'horreur. 

Il insiste, "le rat est un animal très craintif". "Il n’y a aucune raison d’avoir peur, et il n'y aucune raison de faire peur à un rat parce que c'est à ce moment qu’ils peuvent se défendre."

Pas de risque non plus avec ceux qui osent sortir en plein jour, car ils sont loin d'être les plus téméraires. "Ce sont les plus jeunes ou les vieux, qui n’ont pas pu se nourrir pendant la nuit, car ils ont été écartés des points de nourriture par les autres."

Seul risque, la détérioration des équipements urbains

Côté maladie, notre expert est clair. Le seul danger provient de leur urine qui contient une bactérie, la leptospirose. Mais là encore, Pierre Falgayrac tempère: "Il n'y a que les égoutiers qui sont en contact avec les rats, c'est eux qui pourraient prendre ce risque, pas les enfants."

Dans un rapport datant de 2018, le ministère de la Santé rappelle toutefois que le nombre de cas de leptospirose a augmenté en France métropolitaine depuis 2014, passant de 300 cas par an à environ 600. 

"Le pic annuel d’incidence est observé à la fin de l’été. Il existe une importante disparité régionale, avec une incidence plus forte dans le Sud et en Franche-Comté". Une hausse qui pourrait être imputée à l'augmentation de la population de rats.

Quels risques y a-t-il alors ? Pour notre spécialiste pas de doute, la nuisance principale est la détérioration des équipements urbains. "Le rat attaque tous les matériaux sauf le béton sec et l’acier. Dans certains quartiers, les trottoirs sont en mortier, alors le seul risque c’est d'avoir des trottoirs défoncés."

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