Grève des éboueurs, retour sur 5 conflits qui ont duré à Marseille

Les poubelles ont commencé à déborder lundi à Marseille où les syndicats ont entamé une nouvelle grève. En 40 ans, la cité phocéenne a ainsi connu une trentaine de grèves des éboueurs. Mais pas toujours pour les mêmes causes, les mêmes protagonistes ou les mêmes répercussions.

Depuis les années 80, les Marseillais vivent au rythme des grèves qui font déborder leurs poubelles. En juin 1983, c’est par exemple la réorganisation du service de nuit qui avait déclenché la colère des éboueurs.

Les ordures n'avaient pas été ramassées pendant 12 jours. Le maire socialiste de l’époque, Gaston Defferre, alors ministre de l’Intérieur finira par envoyer l’armée pour nettoyer les rues de sa ville.

Depuis 40 ans, une trentaine de "conflits des poubelles" ont marqué la vie des habitants. France 3 revient sur les tenants et les aboutissants de cinq grèves qui ont transformé les rues de certains quartiers en décharge à ciel ouvert.

Le printemps 2003 est marqué en France par plusieurs grèves. Crèches, écoles, cantines, transports urbains… et les ordures. Le pays entier est paralysé par les grèves des éboueurs à l’appel des syndicats CGT, FO, et parfois CFDT.

Comme souvent, à Marseille, le conflit débuté le 3 juin est plus dur qu’ailleurs. Les syndicalistes marseillais prennent la tête des revendications. Bernard Thibaut comme Marc Blondel tiennent même leur meeting devant le stade Vélodrome....

Quand le travail reprend à Lyon, il s’enlise sur le Vieux-Port. Aux revendications salariales est venue s’ajouter la question des retraites.

Les trottoirs deviennent impraticables sous les amoncellements d’ordures. Avec la canicule, l’odeur est pestilentielle.

10 arrondissements sur 16 sont touchés par la grève. Dans le centre-ville, les ordures bloquent les rues parfois même l’entrée des commerces. 

Spécificité locale, le partage des secteurs entre le public et le privé complique la donne dans la cité phocéenne. Le ramassage des ordures ménagères et le nettoiement relèvent de la municipalité dans certains arrondissements, de sociétés privées dans d’autres.

Excédés les commerçants manifestent leur ras-le-bol,  alors que le maire Jean-Claude Gaudin s’inquiète des conséquences sur la candidature de sa ville à la Coupe de l’América. À juste titre. Valence sera préférée à Marseille !

La fin de la grève se fait en ordre dispersé le 13 juin FO, appelle à la reprise du travail, la CFDT vote la reconduite du mouvement jusqu’au 16. Une semaine après la remise en circulation des bennes, tous les tas d’immondices n’auront pas disparu des rues de la ville.

Ce conflit est l’un des plus marquants par sa durée et son ampleur. Le 11 octobre 2010, les agents territoriaux de la collecte des ordures bloquent avec des piquets de grève les deux centres de transfert des déchets ménagers, celui des Aygalades au nord et celui de la Capelette au sud-est de la ville.

Le mouvement qui s'inscrit dans une mobilisation nationale contre la réforme des retraites fait à nouveau de Marseille la capitale de la contestation.  

La grève est "totale" selon l'expression de Force Ouvrière, le syndicat majoritaire, qui a lancé l'appel dans 12 des 16 arrondissements de la ville où la collecte est assurée par les agents du public.

FO est rapidement rejoint par l’intersyndicale regroupant la CGT, CFDT, SDU 13, FSU et Unsa qui empêche les éboueurs des quatre sociétés privées, qui eux ne sont pas en grève, d’y décharger les bennes.

Résultat, c’est toute la cité qui se retrouve privée de ramassage et les poubelles débordent de sacs éventrés dans tous les quartiers, du Vieux Port aux cités du nord de la ville.

Au plus fort du conflit, ce sont près de 10.000 tonnes de déchets qui s’amoncellent sur les trottoirs.

Le 20 octobre, à la demande du président socialiste de la communauté urbaine Eugène Caselli,  le préfet Michel Sappin réquisitionne 150 hommes de la Sécurité Civile de Brignoles (Var) invoquant des "risques d’hygiène et de sécurité".

Il s’appuie sur une loi de 1884 fixant les prérogatives de l’État en matière d’hygiène et de sécurité.

Sur la toute durée de la grève, les marins-pompiers interviennent sur 800 feux de poubelles et conteneurs  -300 sur le dernier week-end- allumés au pied des immeubles par des riverains excédés. Le préfet Sappin souligne que "Marseille est la seule ville à avoir une situation comme celle-là dans toute la France".

Le 24 octobre, il ordonne la réquisition d’éboueurs en grève. Mais dès le 25, ces derniers votent lors de plusieurs assemblées générales la reprise du travail pour "raisons sanitaires" après 14 jours de paralysie.

Le 21 janvier 2015, les éboueurs territoriaux cessent à nouveau le travail à l’appel de Force ouvrière. Quelques jours plus tard, ils sont rejoints par les agents des deux centres de transfert, bloquant dans le même temps la collecte par les sociétés privées dans le reste de la cité phocéenne.

Le conflit survient alors qu’une nouvelle organisation du travail a été mise en place depuis l’été précédent, mettant un terme au très controversé fini-parti à Marseille. Avec ce nouveau contrat de propreté, le temps de travail des éboueurs passe de 3h30 en moyenne à 7h30.

Cette fois, les grévistes dénoncent l’installation de balises GPS qui géolocalisent les bennes en temps réel. Les éboueurs redoutent un "flicage" des ripeurs dans leurs tournées.  

Le puissant syndicat FO, qui a remporté 55 % des suffrages aux élections professionnelles de décembre, accuse la Direction de la propreté de "harcèlement". Le mouvement est très suivi avec 80 à 100 % de grévistes.

Le 28 janvier, un accord est finalement trouvé entre le syndicat et la métropole MPM, il prévoit notamment le redéploiement de 10 agents dans deux secteurs de la ville. Il faudra encore quatre ou cinq jours pour évacuer les 4.000 tonnes de déchets qui envahissent les rues.

Le 11 octobre 2017, les 200 opérateurs de collecte des ordures ménagères se mettent en grève et bloquent les centres de transfert de déchets qui traitent plus de 900 tonnes par jour.

Le mouvement intervient après le renouvellement quinquennal du marché de propreté de la métropole MPM remporté par le groupe Derichebourg et le transfert des personnels sous de nouveaux contrats au 1er septembre dans les 2e,15e et 16e arrondissements.

Les revendications portent sur le maintien des avantages, notamment des primes, dont les salariés bénéficiaient avec leurs anciens employeurs. Ils entendent mettre la pression pour conserver leurs acquis dans le nouveau cahier des charges négocié avec la métropole MPM.

Selon la direction de Derichebourg, les agents sous contrat ne travaillent pas plus de 4 heures par jour,  un équipier de collecte gagne 2.250 euros brut et un chauffeur 2.530 euros, certains salariés quittant leur poste à minuit tout en étant payé jusqu’à 4h du matin, obligeant le recours quotidien à des moyens supplémentaires de rattrapage.

Le 18 octobre, le juge des référés condamne les piquets de grève à lever les blocages pour permettre la reprise d’activités des autres opérateurs de la ville. Les centres sont débloqués mais la grève du ramassage se poursuit dans les trois arrondissements de la ville.

Un protocole de sortie de crise est signé le 23 octobre entre les représentants de Derichebourg et les salariés mettant fin à 13 jours de conflit, le plus long que le groupe ait jamais connu.

Bis Repetita. Comme trois auparavant, la grève de 2020 prive de ramassage d’ordures les 120.000 habitants des 2e, 15e et 16e arrondissements. En pleine période de fête de fins d’année… et de crise sanitaire liée au Covid-19.

Le 17 décembre, les 220 salariés de la société Polycéo, filiale du groupe Derichebourg cessent le travail. 100 % de grévistes.

Ils réclament notamment la tête, ou tout au moins la mutation, du directeur du site marseillais et de son adjoint dont le management est jugé "tyrannique".

A chaque jour qui passe le centre historique du Panier se transforme un peu plus en décharge à ciel ouvert. Au bout de 14 jours, ce sont d'énormes montagnes de déchets qui encombrent les coins de rue.

Les réquisitions du préfet se heurtent au refus déterminé des grévistes, prêts disent-ils à risquer "six mois de prison et 10.000 euros d’amende".

Des camions-bennes sortent sous protection policière. Des CRS sont déployés en renfort pour sécuriser un dépôt. Mais 900 tonnes continuent d'accumuler dans les rues.

Refusant d’abord de céder à l’ultimatum des grévistes, le PDG du groupe familial, Thomas Derichebourg "himself", finit par venir s’asseoir à la table de négociation dans les locaux de la métropole.

Au seuil de la nouvelle année, direction et syndicats signent enfin un accord de sortie de crise. Les directeurs sont mis en congé en attendant une prochaine mutation. Et 2021 démarre avec le retour des bennes en action dans les rues de Marseille.

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