Grève des éboueurs à Marseille : un accord a été trouvé

Ce mardi, la Métropole Aix-Marseille et les représentants syndicaux des éboueurs ont finalement trouvé un terrain d’entente. Sur la table depuis des mois : la réforme des 35h en vigueur à partir du 1er janvier. Le taux de pénibilité du travail des agents est désormais fixé à 15 %. Seul FO n'a pas donné son aval.

"Je suis raisonnablement confiant, et surtout serein avec le sentiment du devoir accompli. Je peux défendre les propositions que nous avons faites et je suis plein d’espoir sur le fait que la responsabilité l’emportant, le travail reprenant, nous pourrions passer les fêtes dans une ambiance normale"  explique Yves Moraine, élu marseillais de la Métropole (LR), ce matin au bout du téléphone.  

C’est lui qui était chargé, hier, des discussions avec les représentants syndicaux des 3.000 agents du ramassage et de la propreté. La réunion a débuté dès 14 heures au palais du Pharo. "Et à l’issue d’une longue après-midi de discussion qui s’est déroulée dans une atmosphère constructive, nous avons pu balayer un certain nombre de sujets" poursuit-t-il. 

Dans la soirée, vers 19 heures, l’élu de la Métropole en charge des déchets a donc rendu un projet de protocole écrit pour sortir de la grève "et surtout en éviter d’autres".   

Le temps de travail en question

Au cœur des discussions : le sujet très controversé du temps de travail des agents collecteurs. La réforme des 35 heures applicable dès le 1er janvier signifie qu’ils devront travailler plus.  

"Mais quid de la pénibilité de notre travail ?" s’interrogent les syndicats depuis des mois, demandant sa prise en compte dans les négociations.  

Après le mouvement de grève en septembre, un premier accord avait déjà été signé début octobre entre la Métropole Aix-Marseille et Force Ouvrière avec un taux de pénibilité de 9,5 %. Problème : "Nous n’avons pas été invités à débattre autour de la table”, avaient protesté les autres syndicats CGT et UNSA. Eux ont donc fait courir leur préavis de grève. FO les a rejoints de nouveau il y a quelques jours.

Un accord quasi unanime  

Après 82 jours de conflit et une seule suspension de 3 semaines, un nouvel accord a finalement été trouvé hier soir. Cette fois, la décote du temps de travail est fixé à 15 %. "Cela ramène donc le temps de travail à 1.397 heures, contre 1.300 heures actuellement", explique Yves Moraine. Mais si les syndicats FSU, CGT, CFTC et UNSA ont donné une réponse favorable, FO tarde à donner la sienne.

Parmi les principales mesures de cet accord :  

  • Une prime rehaussée à 90 euros (contre 80 euros lors du précédent accord) pour l’ensemble des agents.  
  • La monétisation du compte épargne-temps à hauteur de 7 jours.   
  • La mise en place de formations aux bonnes pratiques pour limiter les risques d’accident pendant la collecte. 
  • Un accompagnement à la reconversion tout au long de la carrière. "Etant donné le caractère pénible et dangereux de leur travail, il est impossible de faire toute une carrière à la collecte donc il faut prévoir les modalités de leur reconversion" explique Yves Moraine.  
  • La "stagiérisation" des agents. "C'est un sujet auquel les syndicats étaient attachés. Nous allons porter notre attention sur la précarité de certains agents qui cumulent les CDD et intégrer durablement des contractuels lorsque des postes sont ouverts et qu’ils remplissent toutes les conditions" continue d'explique le conseiller de la Métropole.   
  • Un suivi médical plus poussé. "Les agents de la propreté sont très exposés aux accidents du travail. La demande d'un contrôle médical plus étroit et plus sérieux est parfaitement légitime" conclut l'élu.   

"Ces mesures s’appliqueront dans les mêmes conditions à tous les agents métropolitains quel que soit leur affectation géographique", explique la Métropole.  

Ce que réfute Véronique Dolot, représentante CGT : "Restent encore les négociations, territoire par territoire, pour préserver les cycles de travail. La question des dimanches et des jours fériés également."

Malgré sa signature, la syndicaliste reste mitigée sur cet accord : "Contente ? Non car le compte n’y est pas mais vu la gestion du conflit, il fallait qu’on tombe d’accord à travers le dialogue, il n'y avait pas d’autres solutions."

Elle regrette : "Le problème, c’est que les agents n’ont jamais réussi à se coordonner. Le rapport de force a duré trop longtemps et s'est affaibli. C'est ce qui nous a porté préjudice dans nos négociations. Je vais être honnête, il ne fallait pas que FO reprenne le travail début octobre."

"Il faut se sentir fort pour partir au combat. Quand on voulait 20 %, tout le monde nous a traité de fous, mais ce taux était possible. C’est ce qu’on portait depuis le début. Là, avec 15 %, on a réussi à avoir le meilleur accord de France. Mais on ne peut pas se satisfaire d’une augmentation de travail pour des métiers pénibles" conclut-elle.  

FO, seul réfutateur

La fumée blanche n'est toujours pas donnée par FO. Patrick Rué, leur représentant, refuse cet accord. "La surprise, c'est quand même l'unanimité. On aurait pu penser que le vote soit plus discuté. M. Moraine a dit qu'hier était la dernière discussion, moi je ne vois pas comment on peut en rester là. Les propositions qu'on fait sont celles qui se rapprochent le plus de notre travail actuel. Alors soit on préfère trouver une solution durable, soit on préfère stigmatiser les agents de la collecte et les envoyer en pâture face à la population en disant "Vous avez vu ce qu'ils font ? C'est scandaleux !"" 

Ce soir, une deuxième réunion avec l'ensemble des agents est prévue au sein du syndicat. Des agents dont la décote du temps de travail est actuellement de 35 %. 

"Alors qu'on est quand même en pleine crise sanitaire et sociale, on a l'impression que les éboueurs sont une case à part : ils n'ont ni besoin d'être protégés ni de prendre des précautions. De partout où l'on met les salariés de la ville et de la métropole à l'abris, eux on les met sur le devant de la scène. On leur rallonge leur temps de travail à une période où l'essentiel de l'essentiel, c'est de ramasser les ordures ménagères." 

Et s'agissant de la possible réquisition des agents, Patrick Rué répond : "Aujourd'hui, la réquisition permet d'assurer une forme de service minimum. En aucun cas, ça ne permettra de remettre la ville en état. Vaut mieux réquisitionner les élus et les représentants du personnel pour qu'ils trouvent un accord." 

Dans deux jours, est prévu le vote de la délibération concernant l’accord de la veille par les élus métropolitains (jeudi 16 décembre).   

Lors de la réunion d'hier, les syndicats ont tout de même décidé de maintenir l'instance informelle de rencontre deux fois par an entre les représentant de la métropole et les syndicats. "Je me réjouis que les syndicats l’aient demandé pour suivre le bon déroulé des accords, pour désamorcer en amont tous les points de grippage, et surtout pour mettre fin à ce sempiternel retour de cet amoncellement de poubelles dans nos rues." 

À 10 jours de Noël, les tonnes de poubelles accumulées sur les trottoirs vont être enlevées. "Ça a repris ce matin" a indiqué la CGT. La Métropole a demandé de son côté la reprise de la collecte dans les prochaines heures sur l’ensemble des communes.