Le Haut conseil pour le climat reste prudent sur la 5G

Les prochaines attributions de fréquences pour la 5G ne devraient pas se faire sans évaluation préalable de son impact sur l'environnement. Cette recommandation du Haut conseil pour le climat fait écho à la demande de moratoire réclamée par de nombreux élus, dont la maire de Marseille.

Première antenne relais 5G à Mulhouse
Première antenne relais 5G à Mulhouse © Jean-François Frey/MaxPPP

Dans un rapport établi sur la saisine du président du Sénat, le Haut conseil pour le climat (HCC) préconise une évaluation préalable de l'impact de la 5G sur l'environnement. 

En septembre dernier, près de 70 élus de gauche et écologistes avaient signé une tribune demandant au gouvernement un moratoire sur le déploiement de la 5G.

Parmi ces élus, plusieurs nouveaux maires de grandes villes, comme Michèle Rubirola à Marseille, mais aussi Anne Vignot à Besançon, ou Jeanne Barseghian à Strasbourg et Pierre Hurmic à Bordeaux.

Ils demandaient notamment "que la priorité soit donnée à la réduction de la fracture numérique à travers le développement de la fibre en zone rurale et en finalisant le déploiement de la 4G". 

Prudence pour les fréquences

La Convention citoyenne pour le climat, voulue par le président de la République, avait elle-même recommandé un moratoire sur le déploiement de la 5G.

Une demande rejetée sèchement par Emmanuel Macron comme étant "un retour à la lampe à huile".

Le Haut conseil pour le climat, organisme de conseil et d'évaluation indépendant, lui aussi voulu par Emmanuel macron, choisit à son tour la prudence.

"En l'absence de moratoire sur la 5G permettant de réévaluer la décision concernant les fréquences déjà distribuées, la première application d'une telle évaluation devra être l'attribution des prochaines bandes de fréquences pour la 5G", écrit le HCC dans son rapport. 

Lors d'une rencontre avec les membres de la Convention en début de semaine, le président de la République avait maintenu son soutien à la 5G, essentielle selon lui au développement économique du pays. Mais il avait aussi souhaité que soit évalué le coût environnemental" du numérique globalement, pointant notamment "le renouvellement permanent des matériels (...) très pollants". 

Le HCC étudie plusieurs hypothèses, tout en soulignant que ses propres travaux "ne peuvent se substituer à une évaluation complète de l'ensemble des impacts environnementaux , sanitaires, économiques, financiers et sociaux, qui aurait dû avoir loieu au préalable".

Une hausse de l'empreinte carbone

D'ores et déjà, le HCC estime que la 5G est "susceptible d'augmenter significativement l'empreinte carbone du secteur numérique", évalué à 2% de l'empreinte totale en France.

Cette augmentation est notamment due aux émissions liées à la fabrication du matériel à l'étranger. 
Dans son évaluation haute, "l'impact carbone" de la 5G en 2030  serait lié pour un peu plus de la moitié aux terminaux (smartphones, ordinateurs...), pour un quart aux infrastructures et pour un quart à l'utilisation. 

La 5G devrait également entraîner une hausse de la consommation d'électricité, qui est en Fance largement décarbonée en raison principalement du nucléaire.  Dix fois plus rapide que la 4G, elle devrait permettre à terme d'échanger 1000 fois plus de données sur les réseaux. 

Le Haut conseil pour le climat recommande d'intégrer des engagements sur l'empreinte carbone dans les prochains appels d'offre pour les futures fréquences de 5G, et d'agir sur l'offre d'équipements pour en faire baisser l'impact environnemental. 

Dans une conférence en ligne, la Corinne Le Quéré, la présidente du HCC, expliquait la nécessité "d'informer et de responsabiliser" les usagers, particuliers comme entreprises. 

Il y a des usages disproportionnés comme la vidéo haute définition sur téléphone

Corinne Quéré, présidente du HCC

Certaines offres illimitées peuvent aussi mener "au gaspillage".

"Il faut porter la priorisation des usages dans le débat public", estime-t-elle.

Parmi les impacts potentiels, le HCC recommande de prêter une attention particulière aux possibles interférences de certaines bandes (non encore attribuées en France) de la 5G avec les relevés satellitaires, qui inquiètent les météorologues. 

La présidence du Sénat, qui a commandé ce rapport, estiment que les conclusions "confortent" une proposition de loi "visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique" que la haute assemblée doit examiner le 12 janvier prochain. 

Du côté des associations, les réactions ne se sont pas fait attendre. 

Pour Sophie Pelletier, de l'ONG Priartem, ce rapport "conforte notre recours intenté auprès du Conseil d'Etat", tandis que pour Stephen Kerckhove, d'Agir pour l'environnement (APE), il "vient mettre un terme définitif aux faux débat (...) sur l'intérêt supposé de la 5G en matière de lutte contre le changement climatique".

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