L'Afghanistan aux mains des talibans, témoignages de deux jeunes Afghans depuis Marseille

Publié le Mis à jour le
Écrit par Nathalie Deumier
A gauche, Sakhigul Shinwari. A droite, Ismaël Hijran
A gauche, Sakhigul Shinwari. A droite, Ismaël Hijran © DR

Ils ne se connaissent pas, sont tous les deux Afghans et vivent à Marseille. Sakhigul a 18 ans, Ismaël 19. Ces jeunes, qu'on appelle des migrants, sont maintenant bien installés en France. Ils découvrent ce qui arrive dans leur pays d'origine à la télé et sur internet.

"Les Afghans n'accepteront pas de changer leur drapeau." Sakhigul Shinwari regarde les images sur internet et ne comprend pas comment les Talibans vont pouvoir convaincre le peuple d'abandonner ce drapeau noir rouge et vert : "On respecte le leur, mais on n'en veut pas."

Le jeune homme regarde tout, sur internet et à la télé : "Je m'inquiète pour le pays, je suis triste, le président n'était pas capable de gérer le pays."

Il téléphone à sa famille, ses deux petits frères et sa mère, restés là-bas, dans un village loin de Kaboul. Pour eux, il n'y a pas de problème. "C'est ce qu'ils disent", précise Sakhigul Shinwari . Ses amis d'enfance sont eux tous partis.

Avec ses amis afghans de Marseille, il parle tout le temps de la situation de leur pays. 

Le père de Sakhigul a été tué. L'adolescent a quitté son pays à l'âge de 11 ans. Il a traversé la mer et de nombreux pays pour arriver à Marseille, dans la rue.

Très rapidement placé en foyer, vu son jeune âge, il a appris le français, est allé au collège et a choisi le métier de boulanger "surtout pour les croissants". Aujourd'hui, il est donc boulanger et vit dans son appartement.

Il y a deux mois, le jeune homme est retourné en Afghanistan pour la première fois. "Il ne me reste rien de spécial, à part ma famille."

Ismaël Hijran a lui 19 ans. Il est au lycée à Marseille et habite dans un "appartement-foyer". Le jeune homme explique à quel point il est difficile de savoir ce que pense un Afghan. 

"Les Afghans ne parlent pas d'eux. Je sais que certaines personnes ne vont pas bien, qu'elles ont passé des moments difficiles, mais elles ne le disent pas", décrit le jeune homme.

Quand il arrive à Marseille, après avoir vécu en Iran et en Turquie, un médecin l'ausculte et l'interroge longuement. Ismaël Hijran lui demande pourquoi autant de questions personnelles ? "Personne ne peut comprendre en Europe, je ne peux pas raconter la réalité ici. En Europe, on ne sait pas ce que c'est de vivre en insécurité. On ne peut pas comprendre ce qu'est un gouvernement incapable d'aider, des talibans qui attaquent, tuent."

Comme Sakhigul, Ismaël est aimanté à internet et à la télé. Mais une panne d'internet à Kaboul a empêché toute communication dimanche, pendant un moment. Le jeune homme est impressionné par ces images de foule à l'aéroport.

"Où est le président ? Dans quelle ville ? Quel pays ? Tous ces gens au pouvoir sont partis", s'exclame Ismaël. Les deux jeunes Afghans ne se sont jamais rencontrés. Une grande inquiétude ressort de leurs propos. Seul le lien familial pour Sakhigul, et amical pour Ismaël, les relie encore à leur pays d'origine. 

L'Afghanistan se trouvait lundi aux mains des talibans après l'effondrement des forces gouvernementales et des milliers de personnes tentaient désespérément, dans un chaos total, de fuir le pays à l'aéroport de Kaboul. 

Une marée humaine s'est précipitée vers ce qui est la seule porte de sortie de l'Afghanistan, pour tenter d'échapper au nouveau régime que le mouvement islamiste, de retour au pouvoir après 20 ans de guerre, promet de mettre en place.

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