Ma France 2022 : les candidats à l'élection présidentielle, aussi exemplaires qu'ils veulent le paraitre ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par Laura Cadeau .

Les candidats à la présidentielle ont répondu aux 12 priorités des Français. Première d'entre elles, comment "garantir l'exemplarité des politiques et limiter leurs avantages", alors même que leur conduite n'est pas toujours irréprochable. France 3 vous rafraichit la mémoire.

C’est un raccourci qui revient presque systématiquement dans nos esprits. Pour définir un responsable politique, on n’oubliera pas de mentionner : "jouit de larges privilèges". Et les abus ne sont jamais très loin.

Autrement dit, si les Marseillais sont toujours dans l’excès, les politiciens, eux, ont la main lourde comme par exemple, les notes de frais. Alors, stéréotype ou réalité ? 

Quoi qu’il en soit, la question préoccupe fortement les Français, selon une consultation en ligne lancée le 25 août dernier par France 3 Régions en partenariat avec France Bleu et la plateforme Make.org.

À la question "quelles priorités pour notre pays demain ? #MaFrance2022, ils ont formulé 34.000 propositions. Et, celle qui arrive en tête de liste des 12 principaux thèmes : 

Il faut garantir l’exemplarité des responsables politiques et limiter leurs avantages.

1ère préoccupation des Français

Consultation citoyenne make.org

Questionnés sur ce fondement en apparence intangible, les douze candidats à la présidentielle ont (presque tous) répondu. De manière plus ou moins franche, plus ou moins politisée. On vous laisse juger.

Le roi de la langue de bois, c’est Éric Zemmour (Reconquête!). Peut-être parce que sa condamnation pour "provocation à la haine raciale" l'incite à la prudence. Déclarer que les mineurs étrangers non accompagnés sont des "voleurs, assassins, violeurs" lui a valu un jugement du tribunal correctionnel de Paris, une amende de 10.000 euros et une inscription sur le casier judiciaire.  

Pour l’exemplarité, on repassera. D’ailleurs, quand il s'agit de répondre à ce sujet, le candidat fait bon usage des codes politiques pour répondre sans répondre : "Nous rapprocherons les régions des citoyens et réduirons le nombre d’élus locaux en rétablissant le conseiller territorial." Comme si le problème venait d’"en bas" plutôt que d'"en haut".

Quid de la probité de nos élus ? 

"Je mettrai en place l’inéligibilité des personnes condamnées pour racisme ou violences sexistes et sexuelles", répond de manière claire Fabien Roussel. Mais là aussi, quid de la probité d'un élu ? 

Accusé d'emploi fictif par Mediapart, le candidat du Parti Communiste nie tout en bloc sur son poste d’assistant parlementaire "fantôme". Après l’affaire Fillon en 2017, place à l’affaire Roussel en 2022 ? Rappelons juste que le Pénélope Gate a empêché le candidat Fillon d’atteindre le second tour.  

Marine Le Pen, elle, prend des pincettes quand il s’agit de sanctionner les responsables pour leurs "casseroles".

Il faut dire que la patronne du Rassemblement national a été désignée en 2021 comme l’instigatrice et la bénéficiaire d’un système organisé frauduleux de détournement des fonds européens, par les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF).

Tout dépend de l’infraction...

Marine Le Pen

Rassemblement national

Marine Le Pen nuance : "Il faut faire attention à ce genre de mesures motivées par une désapprobation croissante (...) envers le personnel politique."

Selon elle, "tout dépend de l’infraction. Toutefois, les responsables politiques ne peuvent en aucun cas bénéficier d’une justice d’exception". L'idée serait donc de faire un classement entre les bons et les mauvais délits... 

Qu’en serait-il, par exemple, d’un acte d’intimidation envers un magistrat et un dépositaire de l’autorité publique, rébellion et provocation ?

Le tribunal correctionnel de Bobigny, lui, a tranché : "trois mois de prison avec sursis et 8.000 euros d’amende" pour Jean-Luc Mélenchon après avoir littéralement perdu son sang-froid lors d’une perquisition.

C’est moi le parlementaire, vous ne me touchez pas!

Jean-Luc Mélenchon

La France insoumise

La scène se déroule au siège de la France insoumise en octobre 2018, dans le cadre de deux enquêtes du parquet de Paris sur les comptes de la campagne présidentielle de 2017 et sur les conditions d’emploi d’assistants d’eurodéputés de LFI. 

"Vous savez qui je suis ? C’est moi le parlementaire, vous ne me touchez pas", s’insurgeait Jean-Luc Mélenchon, en furie, tambourinant contre la porte, face à des policiers qui lui barraient la route. Être élu signifie donc être intouchable ?

Sur l’exemplarité, le candidat de la France insoumise déclare : "Nous rendrons inéligible à vie toute personne condamnée pour corruption, durcirons les règles contre les conflits d’intérêts, interdirons le pantouflage, rendrons effectif le principe du non-cumul des mandats et des indemnités."

Un casier judiciaire vierge ?

Pour Nathalie Artaud, de Lutte Ouvrière, pas besoin d’avoir un casier judiciaire vierge pour être élu car cela écarterait (injustement selon elle) "des travailleurs condamnés pour avoir dénoncé une pollution, lutté contre la fermeture d’une entreprise, manifesté avec les gilets jaunes" tout en assurant une "révocabilité à tout moment en cas d’engagement non tenu".  

Ce que partage Philippe Poutou du Nouveau Parti Anticapitaliste qui constate : "des militant-e-s ont été condamné-e-s pour des actions de désobéissance ou de solidarité alors que des responsables politiques ont bénéficié d’amnisties scandaleuses malgré leur culpabilité évidente pour abus de biens sociaux, détournements de fonds, viols..." 

Rappelons justement qu'à ce sujet, dans une tribune du Monde en novembre dernier, 300 femmes ont appelé à écarter les auteurs de violences sexuelles et sexistes de la vie politique : "Il y a un devoir d'exemplarité : ces personnes que nous élisons à l'Élysée, ce sont elles qui demain écriront les lois !"

Jean Lassale propose, lui, d’"aligner les régimes sociaux des parlementaires sur le droit commun, d’abolir la Cour de justice de la République et de placer les ministres sous le coup de la justice ordinaire." Son parti "Résistons!" lui colle à la peau. 

Anne Hidalgo, elle, souhaite "donner davantage de moyens à la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique) pour qu’elle puisse réaliser des contrôles les plus poussés possibles : avant d’être présenté à une fonction, tout candidat devra notamment obtenir un quitus de la HATVP."

Est-ce-que cela exclut les adjoints ? Non, parce que celui d’Anne Hidalgo (Parti socialiste), chargé de l’Europe, aurait été placé en garde à vue en octobre dernier pour un délit de blanchiment de fraude fiscale. 

Un ministre, du champagne et des homards

Est-ce que ça vaut aussi pour les fastueux dîners privés réglés par l’État, une fois que le responsable politique est bien installé dans ses fonctions ? Non plus, parce qu’on se souvient très bien d'une histoire de ministre, de champagne et d'homards géants. François de Rugy, ancien président de l’Assemblée nationale et ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, pour ne pas le nommer.

La porte-parole du gouvernement du désormais candidat Emmanuel Macron (La République En Marche) assurait pourtant qu'"aucune règle n’avait été enfreinte". Inutile donc de lui rappeler l’achat d’un vélo elliptique et d’un appareil à raclette, passés en note de frais, par ce même ministre quelques mois plus tôt.  

Ibiza en plein covid, l'exemplarité ministérielle

Déguster de grands crus ou faire une escapade dans un lieu réputé pour la fête et le farniente, en pleine pandémie, privilèges ministériels ?

On pense encore à Jean-Michel Blanquer en vacances à Ibiza alors que le ministre de l'Education annonçait une modification du protocole sanitaire de la rentrée de janvier. Trahi par sa localisation sur Twitter, il avait choqué près d’un Français sur deux, selon un sondage BVA pour Orange et RTL.

Que nenni. "L’exemplarité et la transparence de la vie publique, c’est notre bilan", rétorque Emmanuel Macron. Avant d’énoncer : "nous avons renforcé la prévention des conflits d’intérêt, rendu obligatoire pour le Président de la République de déclarer son patrimoine à la HATVP" ou encore "supprimé la réserve parlementaire qui leur permettait de financer à leur discrétion des projets".  

Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), lui, entend "supprimer le cumul des rémunérations pour les élus, imposer un casier judiciaire vierge pour tout candidat à une élection" ou encore "supprimer les privilèges et les avantages indus des anciens présidents, premiers ministres, ministres et élus".  

Car faut-il le rappeler, en vertu d’une loi datant de 1955, les anciens chefs de l’État bénéficient chacun d’une "dotation annuelle d’un montant égal à celui du traitement indiciaire brut d’un conseiller d’État".

Pour faire simple : près de 7.000 euros brut par mois. "Une enveloppe archaïque", selon René Dosière, spécialiste de la gestion des finances publiques interrogé par franceinfo.fr. Sans compter qu’ils disposent de locaux "meublés et équipés, dont le loyer, les charges et les frais généraux sont pris en charge par l’État".  

Des Verts pas aussi blanc que cela

La palme de l’exemplarité est a priori décernée aux écologistes, selon le candidat lui-même Yannick Jadot (Les Verts) : "toujours en avance sur la parité, sur le refus du cumul des mandats ou des indemnités." Faut le dire vite. 

Dans son enquête "La poudre aux yeux" (disponible en librairie le 23 mars), la journaliste Justine Reix affirme que "des petits arrangements lors de vote de loi jusqu'aux luxueux repas payés par des industriels polluants, le ministère n'a bien souvent d'Ecologie que le nom." 

Et puisqu’il faut toujours un dernier de la liste, Valérie Pécresse (Soyons libres) ne semble pas avoir compris les règles du jeu. Le 21 mars, la candidate n'avait fait aucun retour sur les 12 sujets préoccupants les Français.

En pleine tourmente dans les sondages, Valérie Pécresse est accusée (entre autres) de prise illégale d’intérêt. Elle aurait commandé près de 2,4 milliards d’euros de matériel roulant à Alstom, constructeur ferroviaire dont elle détient des actions avec son mari.   

Alors question "transparence, exemplarité et abolition des privilèges", la sphère politique peut effectivement comprendre pourquoi c'est ici la préoccupation première de leur électorat. 

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