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Marseille : les héritiers d'un collectionneur déporté attaquent le musée Cantini

Le musée Cantini à Marseille / © MaxPPP/Serge Gueroult
Le musée Cantini à Marseille / © MaxPPP/Serge Gueroult

Les descendants d'un collectionneur d'art juif spolié sous l'Occupation attaquent ce mardi en justice l'Etat et deux musées pour demander la restitution de trois tableaux du fauviste André Derain exposés depuis des années à Troyes et au musée Cantini à Marseille
 

Par MC avec AFP

Cela fait près de six ans que les descendants du marchand d'art René Gimpel, mort en 1945 en déportation, réclament aux musées français trois tableaux du fauviste André Derain, disparus sous l'occupation. Aujourd'hui ils ont décidé d'attaquer en justice l'Etat et deux musées, celui d'art moderne de Troyes et le musée Cantini à Marseille, pour demander leur restitution en se fondant sur une ordonnance d'avril 1945 sur la nullité des actes de spoliation. Dans cette affaire, les premiers réclament justice, les seconds plaident la légalité de l'acquisition des oeuvres.
 

Quels sont les trois tableaux ?


Il s'agit de "Paysage à Cassis", "La Chapelle-sous-Crecy" et "Pinède, Cassis", peints entre 1907 et 1910.  A Marseille, l'oeuvre "Pinède, Cassis" est l'une des pièces phare du musée Cantini, au catalogue du musée, cette exceptionnelle huile sur toile de 54 sur 64 cm respire l'atmosphère d'une fin d'après-midi d'été, quand les rouge-orangés mangent la terre, laissant percer le bleu sombre des troncs de pin et la mer encore écrasée de lumière au loin. On entend presque les cigales.
 

Un litige douloureux


Dans cette affaire nul ne songe à remettre en cause la souffrance et la spoliation subies par la famille Gimpel. Pour sa petite-fille Claire, René Gimpel ne fut longtemps qu'une légende familiale, un résistant juif qui mourut au camp de Neuengamme en janvier 1945. Elle découvre tardivement qu'il fut l'un des plus grands collectionneurs d'art de l'entre-deux-guerres. Comme d'autres galeristes juifs, il sera spolié, contraint de vendre à bas prix des oeuvres pour financer la fuite de sa famille à Londres ou son réseau de résistance.

L'avocate de la famille, Me Corinne Hershkovitch explique que Claire Gimpel décide, avec quatre autres héritiers, de se battre pour "retrouver et récupérer toutes les oeuvres ayant appartenu à son grand-père qui n'ont pas encore été restituées".

Pour l'avocate, qui a obtenu il y a 20 ans la restitution par le musée du Louvre d'un tableau spolié, la propriété comme l'identité des oeuvres ne font aucun doute. Des documents attestent que René Gimpel a acheté six Derain en 1921 aux enchères de Drouot lors de la dispersion de la collection de Daniel-Henry Kahnweiler. Pour les héritiers, ce sont trois de ces tableaux qui se trouvent aux musées de Troyes et de Marseille. 

La trace de ces oeuvres s'est perdue pendant la guerre, la galerie parisienne de Gimpel a été saccagée, 82 caisses de peintures et autres objets d'art ont été confisquées, mais la famille a reconstitué un catalogue, avec l'aide d'un chercheur anglais et d'un avocat américain. Me Corinne Hershkovitch a entamé, en vain, en 2013 des démarches auprès du ministère de la Culture et des musées de France pour obtenir la restitution des toiles. "On nous demande toujours plus de preuves, on fait traîner", regrette-t-elle, expliquant s'être résolue à assigner l'Etat en justice.


En revanche Les musées estiment qu'un doute subsiste sur la concordance entre les peintures réclamées et les toiles qu'ils détiennent, certaines ayant changé de nom ou été rentoilées. Pour Béatrice Cohen, avocate du Musée d'art moderne de Troyes, "il y a trop d'hypothèses émises en l'espèce pour que l'on puisse véritablement connaître le parcours de ces deux oeuvres de Derain et savoir si elles étaient toujours dans le patrimoine de René Gimpel après le 16 juin 1940"








 

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