Marseille : les laboratoires de biologie se préparent à accueillir des milliers de tests, mais lesquels ?

Les laboratoires auront deux tests à analyser / © Synlab Provence
Les laboratoires auront deux tests à analyser / © Synlab Provence

Le ministre de la santé l'a annoncé. La France va passer à un dépistage massif dans la lutte contre le Covid-19. Les laboratoires vont donc être en première ligne. Dans notre région, une des mieux dotées avec ses 400 labos, le personnel est suffisant mais il manque... les fournitures.

Par Ghislaine Milliet

50 000 tests par jour d'ici la fin d'avril... C'est-à-dire après le pic de l'épidémie, estimé en milieu de cette semaine. L'annonce gouvernementale est claire sur le chiffre... Mais "plus floue sur le procédé" estiment les professionnels de la santé concernés, c'est-à-dire les biologistes, laborantins et infirmières.

A qui s'adressent ces tests ?

" Nous avons eu ce lundi une réunion de cadrage avec l'ARS ", explique Boris Loquet, président de l'Union régionale des professionnels de santé (URPS Paca).
" Ces tests ne peuvent être pratiqués que sur ordonnance médicale auprès de populations suivantes présentant des symptômes " :

- les femmes enceintes
- patients avec co-morbidité
- personnels des Ehpad
- patients déjà testés positifs, pour un contrôle
- professionnels de santé

" Toutes ces populations citées doivent avoir des symptômes pour bénéficier du test ", précise Boris Loquet.

Un homme de 40 ans qui tousse et qui a de la fièvre ne sera pas testé. Non plus l'enfant avec les mêmes symptômes.

A partir du moment où ils n'ont aucune co-morbidité".

A Marseille, l'exception d'un dépistage pour tous


Certains se demandent alors pour quelle raison l'IHU Méditerranée Infection du professeur Raoult permet un dépistage pour tous.

C'est parce que ce pôle d'infectiologie, l'un des meilleurs au monde, a proposé rapidement un traitement à base d'hydroxychloroquine associée à un antibiotique.
Un traitement "qu'il faut donner à des gens modérément malades, c'est-à-dire au début ou milieu de maladie". Et dont les "résultats sont très satisfaisants" juge le professeur Raoult.

Pour déceler ces malades dès les premiers symptômes, les équipes de l'IHU ont donc organisé un dépistage massif ouvert à tous.

50 000 testés, 2 400 soignés, un mort


Devant l'IHU, sur le boulevard Sakakini, des centaines de personnes viennent se faire tester chaque jour. Quatre files d'attente sont gérées par le corps des Marins-pompiers de Marseille. Les personnes avec symptômes sont séparées des personnes sans symptôme.

En deux semaines, 50000 personnes ont été testées, 2400 ont reçu un traitement thérapeutique.


Nous avons un recul sur 1 000 personnes traitées à l'hydroxychloroquine et l'antibiotique associé. Nous n'avons à déplorer qu'un seul décès, un homme de 84 ans


ajoute le professeur Raoult. Ce dernier a d'ailleurs communiqué ce mardi sur ses travaux menés avec son équipe : 
 

Quels sont les tests promis par le gouvernement ?

Samedi dernier, le ministre de la Santé a indiqué :

" Nous atteindrons les 50 000 tests par jour par PCR d'ici la fin du mois d'avril, (...). Des tests rapides ainsi que de nouveaux tests (dits sérologiques) seront pratiqués afin d'augmenter les capacités de dépistage et de vérifier si le virus circule toujours au sein de la population. L'objectif, une fois le pic épidémique atteint, sera d'éviter un "effet rebond ".

De quels tests parle le ministre Olivier Véran ?

Le ministre vise deux tests rapides dont le test PCR.

Il est pratiqué à l'aide d'un écouvillon, sorte de long coton tige (jusqu'à 15 cm) pour prélever des cellules nasales profondes. Le but : trouver un brin d'ARN appartenant au SARX-CoV-2 à l'origine du Covid-19.  Seuls les infirmières et les biologistes sont habilités à pratiquer ce test.

" Ces tests se font directement au laboratoire ", explique Boris Loquet. " Certains le font en drive, c'est-à-dire que le patient reste dans sa voiture, dans le parking de l'établissement. C'est ce que je fais dans mon propore labo. Le personnel est plus protégé ainsi ".

Avec ses 400 laboratoires, la région Paca est bien dotée. Elle ne manquera pas de personnel pour réaliser ces tests à grande échelle.

" Par contre, il y a pénurie d'écouvillons ", rajoute Boris Loquet.

Le plus gros fournisseur était italien. Mais il a servi avant tout son pays qui traverse une grave crise sanitaire. 

Il existe un autre fournisseur espagnol. Mais il a reçu la commande immédiate de son gouvernement, pour constituer un stock d'écouvillons par prévention.

Pour réaliser un test PCR, il faut également des réactifs... qui manquent aussi.

" Là aussi, il y a une pénurie. Nous recevons juste le nombre dont nous avons besoin au jour le jour. L'Etat n'a pas anticipé pour la suite, pour le dépistage à plus grande échelle ", déplore le président de l'URPS Paca.


Ces tests PCR coûtent 60 euros et sont remboursés par la sécurité sociale, car prescrits.

" Les pratiquer massivement, cela coûterait cher, d'autant plus que vu le confinement, on aurait beaucoup de résultats négatifs, donc inutiles ", poursuit Boris Loquet.

Le mieux est de s'orienter vers l'autre test, celui de la sérologie. Il faut chercher les anticorps plutôt que le virus.

Le deuxième type de test, cité par le ministre de la santé, est la sérologie.

" Elle permet de savoir si vous êtes immunisé, si l’infection est ancienne ou en cours ", explique le Dr Sofiane Benhabib, vice-président du Syndicat de la Biologie Européenne, et PDG d'un gros laboratoire marseillais.
Personnel suffisant, mais pénurie de tests / © Synlab Provence
Personnel suffisant, mais pénurie de tests / © Synlab Provence
Image Synlab Provence

Le gouvernement a commandé 2 millions de ces Tests Rapides d’Orientation Diagnostique. Il s’agit de savonnettes sur lesquelles on dépose une goutte de sang prise au bout du doigt.
En sérologie, il y a plus fiable encore, la prise de sang qui jouera parfaitement son rôle en fin de confinement.

" Concernant la commande de 2 millions de tests, le ministre de la santé a été flou ", poursuit Sofiane Benhabib. " Il les a commandés en Chine ".

Cette pandémie agit comme un bain de révélation pour papier argentic.

" Tout le monde se rend compte que nous sommes dépendants de l’extérieur. Aujourd’hui, dans notre pays, il n’y a pas de géant de l’industrie diagnostic in vitro ".

Les tests viennent juste d’être développés par les Chinois. Ils attendent le marquage CE, pour ne pas faire comme l’Espagne trop pressée qui a dû renvoyer en Chine des milliers de tests non conformes.

« Les mains sont là, mais les moyens vont manquer »

Aujourd’hui, la France peut compter sur son maillage de laboratoires de biologie médicale (entre 4000 et 4500). Sans compter la force de frappe des centre hospitaliers.

" Les mains sont là, mais les moyens vont manquer ", poursuit le vice-président du Syndicat de la Biologie Européenne.
" Les compétences sont là. Ce qui pêche, c’est l’approvisionnement ".

En France l’appareil de production n’est pas développé. Et en plus, il n’y a pas eu de stock.

Et une fois encore, la comparaison avec l'autre pays européen et voisin qu'est l'Allemagne, amène à un dur constat :

" L’appareil de production allemand est moins atrophié. Les capacités de notre système de santé correspondent seulement aux besoins habituels.
Cette crise sanitaire a permis à tout le monde de se rendre compte de la situation en France ".



 

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