Marseille : les profs du collège Jules ferry (15e) reprennent les cours 10 jours après le caillassage d'un cours de sport

Ce mardi matin, les 40 professeurs du collège Jules Ferry dans le 15e arrondissement de Marseille ont repris les cours après 10 jours d'arrêt faisant valoir leur droit de retrait. Le 12 novembre dernier, l'intrusion d'individus cagoulés et des caillassages avec projectiles en pierre sont venus interrompre une séance de sport dans le collège Jules Ferry.

Depuis 10 jours, la quasi totalité des professeurs de cet établissement situé dans les quartiers nord (15ème arrondissement) ont exercé leur droit de retrait. La raison? Le manque de sécurité face à des agressions qui se multiplient depuis plusieurs mois. Hier, seuls 4 professeurs sur 38 avaient décidé de reprendre les cours. 

Ce matin, tous ont cependant repris le chemin des cours et placent désormais leurs espoirs dans la rencontre des syndicats avec le recteur dès ce mercredi 24 novembre.  

“Cela fait une semaine qu’on pose des droits de retrait tous les jours, qui ne nous sont pas acceptés. Malgré le fait que les caillassages aient continué puisque mercredi le vigile qui était là pour assurer notre sécurité s’est fait à son tour caillasser dans l’enceinte du collège", explique Guy Barisone, enseignant d’EPS au collège Jules Ferry.

 L'inquiétude perdure

Je m’inquiète beaucoup parce que, quand on voit tout ce qui se passe, ils se bagarrent, personne n’est là. La sécurité, pour moi il n’y en a pas. Bon là on ma fille est en petite section en ce qui nous concerne, donc ça va. Mais quand je vois ce qui se passe à côté, ça ne me donne pas du tout envie de la mettre et je ne compte pas du tout la mettre ici, j’espère d’ailleurs que je ne serai plus là”, s'inquiète une parent d'élèves.

A l'abandon. C'est ce que ressentent les enseignants du collège Jules Ferry. Réunis, hier soir, devant l'inspection académique pour une audience.  

Ils attendent des engagements à long terme pour la sécurisation de l'établissement.

Notre droit de retrait est refusé car on ne nous reconnait pas le danger grave et imminent dû à une défectuosité des moyens de sécurité” Ils ne sont plus rémunérés mais jugés en grève", précise Guy Barisone.

Jets de pierre, intrusion d'individus cagoulés, dans ce collège des quartiers nord de Marseille, la violence est presque devenue banale. 

Juste on est dans les quartiers nord, on devrait mettre plus de sécurité, surveiller plus car ça reste des jeunes, ils sont livrés à eux-mêmes, ils ne savent pas tout à fait ce qu’ils font. Donc moi je pense que si on ne veut pas que ça aille à la dérive, il faut plus de sécurité”, insiste un mère de famille.

 Sentiment d'abandon

Vendredi 12 novembre, c'est le caillassage de trop. 34 professeurs sur 38 décident alors d'exercer leur droit de retrait.  

Pour les parents d'élèves, le stress et l'inquiétude augmentent de jour en jour.

Campagne l’Evêque, ça a changé depuis des années, ce n’est plus le Campagne l'Evêque qu’on a connu quand on était plus jeune. Là ici, personne ne rentre, c'est l’insécurité. On n’est pas à l’aise.Tout abandonné. Donc ce qui se passe ici, c’est malheureux mais ce n’est pas étonnant”, précise un père de famille.

Les collégiens eux-mêmes ressentent cette insécurité

Des fois il y a des incidents comme ça, l’année dernière la principale adjointe et elle a eu 5 points de suture", se souvient Hani, collégien.

 “Ah à tout moment, je peux mourir là”, lance une collégienne.

Ce à quoi une de ses camarades, rétorque, ce n’est pas normal car à l’école on doit se sentir en sécurité.” 

Et à propos des mesures de sécurité mises en place, personne n'y croit :

ça peut se reproduire à tout moment, ce n’est pas parce qu’il va y avoir des caméras de sécurité, de surveillance, la sécurité ou quoi ça ne va pas changer, moi je pense que ça ne sert à rien”, insiste résignée une collégienne.

 Nous espérons des délais beaucoup plus courts dans la mise en place des moyens de protection tels que les murs d’enceinte, tels que l’alarme anti-intrusion, tels que des caméras vidéo. Les délais sont beaucoup trop longs, voire pour le rehaussement des clôtures, ils n’existent pas”, déplore Guy Barisone, prof d'EPS au collège Jules Ferry.

Après les paroles, place aux actes

Pour Sophie Rieu, Secrétaire académique du SNEP-FSU, ce collège est ouvert de part et d'autres et la sécurité n'est pas du tout assurée que ce soit pour les collégiens et leurs enseignants:

le plateau sportif n’est pas du tout sécurisé, c’est-à-dire qu’il peut y avoir des intrusions à tout moment. Le parking des professeurs n’est pas sécurisé non plus, l’entrée des élèves non plus. Chose qu’ils réclament depuis plus d’un an, car ils ont déjà eu des inclusions. Donc ils essayent justement de trouver des solutions mais pour l’instant qu’on ne leur apporte pas. Donc voilà pourquoi le mouvement est complètement bloqué depuis une semaine, leur objectif étant quand même de pouvoir reprendre les cours pour les enfants évidemment.”  

Trouver des solutions à court terme sur tout ce qui est déclenchement d’alarme pour une sécurisation directe, et à long terme pour rénover les installations sportives qui sont défectueuses.

 “On a envie d’être entendu, qu’ils fassent les travaux qu’ils se sont engagés à faire car on a eu des promesses sur le court terme … et qu’ils entendent aussi que la situation est problématique mais de manière systémique en fait. Ce n’est pas juste un problème de sécurité et on aimerait aussi qu’ils reconnaissent que notre droit de retrait était légitime , explique Gaelle Beneschi, professeure de français au collège Jules Ferry.

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