Municipales à Marseille : loi PML, la démocratie bousculée par les tractations politiques

Ils ne s'apprécient pas ou se doivent tout. Ils aiment les stratégies, les tractations. Les voilà servis. Les 101 conseillers de la ville de Marseille vont élire leur maire. Peut-être loin du vote des citoyens. "Hold-up", "troisième tour", "bouillabaisse marseillaise", décortiquons ces formules.
  

Pour le maire, c'est un fauteuil. On a dit un seul.
Pour le maire, c'est un fauteuil. On a dit un seul. © VALLAURI Nicolas / Maxppp

La situation est confuse, voire stressante. Les Marseillais pensaient savoir comment élire leur maire. Et patatras, le nombre de voix ne suffit pas ! Loin de là.

Pour mieux comprendre cette élection, nous avons contacté Christèle Lagier, maître de conférence en Sciences politiques à l'université d'Avignon.

Certains Marseillais pensent que tout est différent chez eux. Même l'élection du maire. Le terme "politique bouillabaisse " est parfois employé.

En fait, Paris et Lyon suivent les mêmes règles. Leurs élus se comporteraient probablement de la même façon s'ils étaient dans cette situation. 

La loi PML instaure en 1982 un scrutin, spécialement pour les villes de Paris, Marseille et Lyon. Largement décrié depuis sa mise en place, le mode de scrutin n'est pourtant toujours pas réformé.

Ce qu'on appelle le "troisième tour" concerne le vote des conseillers municipaux.

Gagner ou additionner

Renaud Muselier n'est pas candidat aux municipales et s'exprime sur cette loi.

"Il faut avoir un maximum de conseillers municipaux, c'est dans le cadre de la loi. Et quand on perd un secteur, c'est difficile d'avoir une majorité municipale."

Selon le président LR de la région Paca, le candidat qui a le plus de voix devrait gagner.

Il faut arriver à gagner, et quand on ne gagne pas, il faut arriver à additionner. Au premier tour, c'est les alliances, au second tour, les additions. On en a un troisième (...) Aujourd'hui nous sommes dans une pétaudière et je suis heureux de ne pas être là-dedans.

Renaud Muselier

Des additions, toujours des additions

Dimanche dernier, soir du deuxième tour des élections municipales, personne n'atteint la majorité absolue, soit le nombre de 51 voix. 

Samedi, les conseillers vont se retrouver dans l'hémicyle et voteront à bulletin secret. Cette notion de "secret" est très importante. Elle permet toutes les trahisons.

En effet, personne n'est obligé de suivre les consignes de son équipe. Dans la liste de Samia Ghali, par exemple, quatre voix pourraient partir à gauche et les quatre autres à droite. C'est secret ? Alors c'est possible.

Deux isoloirs seront installés dans l'hémicycle pour que les conseillers puissent voter en toute tranquillité.

Les votes commenceront samedi matin à huis clos. Et, selon les événements, pourraient se prolonger jusqu'en début d'après-midi.

Selon la politologue Christèle Lagier, ce troisième tour ne s'est jamais produit.  

Un seul maire, on a dit un seul, merci
Un seul maire, on a dit un seul, merci © CHARLES PLATIAU / POOL / AFP

Petits arrangements entre ennemis

Voici deux scénarios imaginée par Christèle Lagier, à la fois possibles et hypothétiques.

Pour atteindre la majorité absolue, Michèle Rubirola a besoin de neuf voix. Samia Ghali en détient huit. Mais cette dernière ne s'entend pas du tout avec les membres du Printemps Marseillais. Lisette Narducci pourrait éventuellement donner la dernière voix manquante.

Pour atteindre la majorité absolue, Guy Teissier, qui remplace désormais Martine Vassal, a besoin de 12 voix. Les conseillers de Bruno Gilles lui donnent leurs trois voix, il en manque encore neuf, celles de Samia Ghali (au hasard). Il faudra encore en trouver une.

Gauche, droite, qu'importe tant que le fauteuil est confortable

Celui qui propose le plus beau fauteuil d'adjoint gagne des points. C'est peut-être ce qui est en train de se négocier depuis dimanche soir.

"Droite ou gauche ? Peu importe", nous explique Christèle Lagier.
Samia Ghali au conseil municipal de Marseille en 2013. Avec Christophe Masse et Eugène Caselli.
Samia Ghali au conseil municipal de Marseille en 2013. Avec Christophe Masse et Eugène Caselli. © VALLAURI Nicolas / Maxppp
La région Paca est à droite, le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône aussi, la Métropole Aix-Marseille-Provence organise son vote le 9 juillet. Si la Métropole reste à droite, comment un maire de gauche peut-il gouverner dans une telle situation, avec, en plus, une petite majorité ?

Si Samia Ghali se rapproche de la droite, elle pourrait utiliser cet argument pour se justifier auprès de ses électeurs. La maire des 15ème et 16ème arrondissements de Marseille a rendu sa carte du Parti Socialiste et clame haut et fort son indépendance.

Ses relations avec le Printemps Marseillais ne sont pas bonnes. Mais bon... si la promesse d'un fauteuil d'adjoint est à la bonne hauteur... La gauche pourrait peut-être s'unir

Et le Rassemblement National dans tout ça ?

Un éventuel rapprochement des Républicains avec le Rassemblement National semble peu problable. Stéphane Ravier (RN) vient d'être battu par David Galtier (LR) dans le 7ème secteur de Marseille, ce qui pourrait tuer dans l'oeuf une éventuelle alliance.
Marianne, le drapeau français, le maire, la démocratie et plein "d'additions"
Marianne, le drapeau français, le maire, la démocratie et plein "d'additions" © MICHEL GANGNE / AFP

Qui veut être maire dans ces conditions-là ?

Négocier. Sur tous les dossiers. Voilà ce qui attend le prochain conseil municipal. Une petite majorité, c'est un petit pouvoir et beaucoup de concessions pendant six ans. 

Michèle Rubirola avait déclaré avant les élections qu'elle ne voulait pas de cette situation-là.

Qui veut d'un maire élu dans ces conditions-là ?

Les Marseillais qui ont voté pour Michèle Rubirola ont compris dimanche qu'elle remportait 13 000 voix d'avance. Ils risquent de se sentir dépossédés de leur vote. C'est ce que certains appellent un "hold-up".

La démocratie plie sous les négociations. Mais, cette fois, les politiques subissent les mêmes contraintes. La loi les oblige à se regrouper

Que pourraient-ils faire d'autre ? Attendre une semaine sans négocier ? Implorer la Bonne Mère pour que le vote se déroule en leur faveur ?
Jean-Claude Gaudin lors d'un conseil municipal
Jean-Claude Gaudin lors d'un conseil municipal © SOLLIER Cyril / Maxppp
A sa façon, Jean-Claude Gaudin est un spécialiste de la loi PML, Paris Marseille Lyon.

En 1983, il avait remporté plus de voix que Gaston Deferre. Mais c'est Deferre qui a été élu maire. 38 ans plus tard, curieusement, les élus français ont choisi de ne pas toucher à cette loi, si peu démocratique.
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