"On ne sait pas le stopper" : l'incendie de véhicules électriques sur les navires, nouveau risque qui inquiète les pompiers

Les marins-pompiers de Marseille alertent sur les nouveaux risques auquel le monde maritime doit faire face en lien avec le transport de voitures électriques et le gigantisme des navires.

Gigantisme des navires, transports de voitures électriques, le monde maritime fait face à de nouveaux risques, selon le bataillon des marins-pompiers de Marseille (BMPM), qui a organisé mercredi un séminaire sur "la gestion de crise par les acteurs maritimes et portuaires" avec 150 experts du secteur. L'incendie avec emballement thermique dû à un échauffement des batteries des voitures électriques, c'est le nouveau scénario catastrophe des marins-pompiers à bord des navires. 

"Cet emballement thermique, quand il intervient, on ne sait pas le stopper, explique le lieutenant de vaisseau Hervé, chef du bureau expertise maritime du BMPM. Les éléments constitutifs des batteries contiennent de l'oxygène. Quand les éléments se décomposent, ça produit de l'oxygène et ça entretient de fait l'incendie. On arrive aux alentours de 800-900 degrés assez rapidement".

Des actions de prévention en réflexion

Pour éviter la propagation, les pompiers doivent utiliser de l'eau en grande quantité. 1000 litres par minute. Deux fois plus qu'en temps normal. Ce nouveau risque implique aussi l'acquisition de matériel comme des robots avec des systèmes de détection thermique et des dispositifs d'arrosage. Une réflexion va être menée sur la question avec Armateurs de France. Depuis deux ans, les marins-pompiers travaillent déjà sur des pistes d'actions de prévention. Comme celle de transporter des véhicules à 30% de charge seulement, car les batteries chargées au maximum "semblent être les plus dangereuses". "Ça pourrait par exemple faire partie à l'avenir d'une préconisation lors de l'achat d'un billet pour un ferry", suggère le lieutenant de vaisseau Hervé.

Autre sujet majeur de préoccupation : le gigantisme des navires de charge comme de croisière. A bord, le risque incendie est un enjeu majeur et il est pris en compte avec "des équipes dédiées qui permettent de faire face à ces situations qui peuvent prendre de l'ampleur".

L'enjeu des nouveaux carburants

Mais les pompiers doivent s'adapter à l'émergence de nouveaux carburants dans le cadre de la décarbonation du monde maritime. Pour eux, le gaz naturel liquéfié n'est pas un problème en soi, parce qu'ils sont habitués à travailler sur des fuites de gaz sur les réseaux urbains. "On transpose ça au milieu (des) navires avec quelques adaptations", indique le chef du bureau expertise maritime du BMPM.

Plus problématique : l'ammoniaque. Ce produit n'émet pas de CO2 quand il brûle, mais il est très corrosif et toxique. "Les installations doivent être conçues en conséquence et il faut des règles pour la protection des équipages', précise le marin-pompier. C'est également le cas du méthanol, un produit que les pompiers connaissent bien, mais qui nécessite "quelques adaptations au milieu (des) navires".

A Marseille, un des plus gros ports de croisière en Méditerranée, la présence des gros paquebots provoque un vent d'hostilité chez les habitants, qui dénoncent une pollution de plus en plus inquiétante. Les géants des mers sont responsables de 39 % des émissions de dioxyde d’azote, juste derrière les 45 % du trafic routier. Les associations écologistes et les habitants réclament l’arrêt total de ce trafic jugé à contre-courant des préoccupations environnementales actuelles. "Il faut planifier un scénario de sortie du croisiérisme en Europe", a estimé Sébastien Bardes, adjoint à la transition écologique (EELV), dans 20 Minutes.

Sur l'année 2022, 75 paquebots de croisière ont accosté dans le grand port de Marseille, émettant deux fois plus d'oxyde de souffre que l'ensemble des voitures de la ville (369.000). Ce qui classe Marseille parmi les ports les plus pollués d'Europe selon une étude publiée le 15 juin 2023 par l'ONG Transport et Environnement

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