Plan de déconfinement : des disparités énormes dans la région

Le premier ministre Edouard Philippe a dévoilé le plan de déconfinement du gouvernement. Un plan qui doit prendre en compte les disparités régionales. Des réalités d'une grande ville à celles d'un département peu peuplé, réactions de nos élus...

Le premier ministre Edouard Philippe, durant la présentation du plan de déconfinement
Le premier ministre Edouard Philippe, durant la présentation du plan de déconfinement © David Niviere/AFP
"La décrue est engagée, elle est régulière, lente"... C'est en ces termes que le premier ministre Edouard Philippe a démarré son allocution à l'assemblée nationale.

Il a annoncé le plan de déconfinement tant attendu des Français, "pour éviter le risque d'écroulement".

D'une manière prudente, le premier ministre a précisé que "nous allons devoir vivre avec le virus", sans vaccin ni traitement.

Départements "verts" ou "rouges"

Une réalité n'a pas échappé aux autorités : le coronavirus ne circule pas de la même manière dans nos régions. Cela engendre de fait, "des différences entre les territoires", souligne le premier ministre.

Des réalités locales qui vont conduire à un déconfinement différencié à la date du 11 mai, selon que les départements seront classés "verts" ou "rouges".

Trois critères ont été retenus :
- la circulation du virus (en fonction des cas nouveaux sur une semaine)
- la capacité des services de réanimation (tendue ou pas)
- la capacité locale à tester les cas contacts

En fonction de ces résultats, le déconfinement sera largement appliqué dans les départements "verts", mais sera soumis à des règles plus strictes dans les départements "rouge".

Le président du Conseil départemental des Alpes de Haute-Provence René Massette espère bien obtenir la couleur verte pour son territoire :

"Nous avons très peu de cas ici. Nous déplorons 12 décès, la plupart dans un Ehpad. Toutefois, le nombre de morts est inférieur à celui du mois de mars 2019.

Le virus circule peu. Il faut dire que notre département est peu peuplé. On ne compte que 23 habitants au kilomètre carré.

Quant aux Bouches-du-Rhône, et ses près de 400 habitants au kilomètre carré, la question devra se poser pour le gouvernement. Pour l'heure, le département compte 381 victimes du Covid-19.

Néanmoins, le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin n'a aucun doute : "Le département devrait être en vert, car nous avons fait d’énormes efforts, entre les tests, les distributions de masques et notre recherche médicale de top niveau".

La circulation dans les départements verts sera autorisée. Mais le transit d'un département à l'autre ne pourra se faire que "sur un motif impérieux, d'ordre familial ou professionnel", a précisé le premier ministre.

A partir de ce jeudi, les critères pour chaque département seront détaillés par le Pr Jérôme Salomon, directeur général de la Santé dans son allocution quotidienne.

Le premier ministre a également annoncé que l'Etat "soutiendra 50% du coût des masques chez les collectivités locales qui en achèteront".

Une nouvelle bien accueillie par René Massette, qui dit disposer de masques pour l'ensemble de son personnel, quelque 1150 agents, dont 400 dans le secteur médico-social. Car les départements ont en charge le suivi des enfants placés, et celui des familles fragiles.

Des brigades pour les cas contact

Edouard Philippe a rappelé les trois conditions du déconfinement : protéger, tester, isoler.

Une stratégie nationale que le gouvernement souhaite voir adaptée localement par les préfets, maires et présidents des conseils départementaux.

Ainsi, le gouvernement souhaite que les tests soient intensifiés dans les territoires pour détecter les personnes positives au Covid-19.

Le premier ministre a annoncé la création de "brigades départementales pour identifier les cas contacts" et les isoler, afin "de casser les chaînes de transmission du virus".

Il souhaite que "l'isolement soit expliqué, consenti et accompagné".

Pour René Massette, la constitution de ces brigades départementales ne devrait pas poser de problème :

"Nos agents du secteur médico-social comptent des médecins et des psychologues notamment. Ils sont déjà habitués au secret médical. Nous nous adapterons. Nous sommes dans une période où les règles sont bousculées.

Vous savez dans des départements peu peuplés comme le nôtre, on n'a pas beaucoup d'argent, mais on a toujours des idées.

Le gouvernement prévoit de réquisitionner des chambres d'hôtels pour isoler les personnes qui ne pourront pas l'être chez elles.

La campagne de dépistage sera intensifiée : 700000 tests par semaine sont prévus pour le mois de mai.
 

"Marseille va payer un lourd tribut"


À Marseille, les campagnes de tests ont déjà bien commencé depuis plusieurs semaines, à l'IHU de la Timone. Le maire Jean-Claude Gaudin s'en félicite : "Nous sommes sûrement très en avance. Grace à tous nos efforts et au civisme des Marseillais, nous avons fait un bon confinement."

Le Marseillais a suivi attentivement les annonces du Premier ministre. Il salue "un plan très complet, courageux, guidé d’abord par la priorité de la protection sanitaire des Français."

Avant d'ajouter: "Les mesures seront très contraignantes, difficiles à faire respecter. J’observe que les bars, les restaurants, les plages et les parcs publics seront encore fermés, la ligue de football terminée... Marseille va payer un lourd tribut. "


Des masques dans les mairies de secteurs

Le maire de Marseille l'assure, la production de masques est sa "préoccupation première en ce moment."
Il se dit rassuré par l'aide annoncée par le gouvernement, qui s'engage à en payer 50%.

Il rappelle toutefois qu'il n'a pas attendu cette main tendue : "Nous avons déjà passé des commandes auprès d'entreprises de textiles locales. Le financement est déjà engagé. Sans compter les couturières de l'opéra, qui en fabriquent 1 000 par semaine."

Jean-Claude Gaudin réfléchit déjà à la distribution des masques : "Elle se fera par les mairies de secteurs, les maisons de quartiers, les CCAS (Centre communal d'action sociale) et tout ce qui est à disposition de la ville."

Pour multiplier les points de distribution, il compte aussi sur la collaboration des 372 pharmaciens phocéens :

"Nous allons discuter avec l’ordre des pharmaciens pour qu’ils puissent distribuer les masques de la mairie. Je sais qu'ils en vendent, et que les nôtres sont gratuits, mais ça nous rendrait un grand service. J'aimerais qu'ils le fassent par solidarité".

Chaque don se fera sur présentation d'une attestation de domicile, pour s'assurer que le récepteur est bien Marseillais. Certains travailleurs seront favorisés :
"Nous donnerons priorité au personnel minicipal, ainsi qu'à nos opérateurs funéraires, qui ont besoin de protection."

Avant que tous les Marseillais aient leurs masques, le processus devrait être long : "Ca prendra un peu de temps. [...] C'est un défi énorme. Quand on est la deuxième ville de France, tout prend toujours une dimension très importante", prévient le maire.


Du savon dans toutes les écoles ?


Sur les 78 000 écoliers marseillais, seuls 33 000 devraient regagner les bancs de l'école à la reprise. C'est ce que la ville a estimé via un sondage, pour cette rentrée sur la base du volontariat.

D'après le maire, la ville est en mesure d'accueillir ce nombre d'élèves dans les circonstances sanitaires recomandées : "On est en train d'étudier comment répartir les enfants avec l'académie. 15 élèves par classe, nous y arriverons."

Concernant les conditions sanitaires, il se veut rassurant : "Les écoles seront toutes désinfectées. Il y aura du savon dans les classes, du papier hygiénique et sûrement du gel. On mettra tout ce qu’il faut."

Il en fait même une affaire personnelle : "Je vais vérifier les toilettes, les lavabos, je vais m'assurer que les agents aient tous les moyens nécéssaires pour se protéger et protéger les élèves."

Le discours d'Edouard Philippe a également abordé la question de la culture et des loisirs. Sur ce volet, le maire l'annonce : tous les musées de la ville resteront fermés jusqu'à nouvel ordre, peu importe leur taille.

Idem pour les squares et jardins. "On va gérer en priorité les tests et la distribution de masques", répond-il fermement.

Quant aux bibliotèques et médiatèques, elles devraient rouvrir : "On fera le nécessaire, volontiers. Il y aura suffisamment de personnels et de moyens pour permettre leur réouverture."

Edouard Philippe a également évoqué les transports en commun. Il a demandé que le port du masque y soit obligatoire, et que les mesures de distanciation physiques soient respectées. Le premier minsitre a notamment proposé qu'un siège sur deux soit condamné dans le métro. 

La métropole d'Aix-Marseille, en charge des transports, assure qu'elle étudie déjà la question. La présidente Martine Vassal évoque "la reprise de l’activité dans des conditions de sécurité maximum pour les voyageurs, comme pour les personnels".

Elle regrette néanmoins un manque de précisions : "Il reste de nombreuses incertitudes et beaucoup de sujets à régler et à étudier avant de pouvoir accueillir à nouveau les usagers."

Pour le déconfinement, la présidente souhaiterait repenser la mobilité des citoyens : elle évoque déjà la possibilité de "solutions alternatives aux transports en commun qui soient à la fois protectrices de la santé et respectueuses de l’environnement".

Le déconfinement prévu à la date du 11 mai n'est que la première étape d'une reprise progressive. En cas de relâchement, le gouvernement n'exclue pas de reprendre des mesures drastiques.

Edouard Philippe a donné son prochain rendez-vous à la fin mai. D'ici là, les autorités pourront évaluer les conditions de la deuxième phase de déconfinement qui intéresse en particulier "les cafés, les restaurants, et les vacances".









 
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