Trafics de drogue : 300 policiers en "renfort" à Marseille effet d'annonce ou vraie mesure du ministre de l'Intérieur

Vidéoprotection ou policiers à pied, "pilonnage" ou "îlotage"? Après une passe d'armes avec la ville de Marseille autour des caméras de surveillance, Gérald Darmanin vient apporter jeudi l'aide de l'Etat à la cité phocéenne, gangrenée par les réseaux de stupéfiants.

25/02/2021. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à Marseille dans les quartiers nord gangrenés par les réseaux de stupéfiants.
25/02/2021. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à Marseille dans les quartiers nord gangrenés par les réseaux de stupéfiants. © Adrien GAVAZZI / FTV

Le ministre de l'Intérieur entend montrer qu'il est "attentif à la situation de Marseille", avec le renfort annoncé de 300 policiers pour les Bouches-du-Rhône, un département qu'il sillonnera également vendredi à Rognac et Arles.

Le terme de "renfort" a été rapidement contesté par les élus locaux à commencer par la maire du délicat secteur des quartiers nord, Samia Ghali, regroupant les 15e et 16e arrondissements, également sénatrice des Bouches-du-Rhône.

"Il ne s'agit pas tant de renforts que de rattraper les effectifs perdus depuis 2018 pour revenir à une situation de sécurité normale pour une ville comme Marseille qui rappelons-le avec 861.000 habitants est la deuxième ville de France".

Crispation autour de la videosurveillance

La tension était montée il y a une semaine avec la nouvelle municipalité de gauche à Marseille, après que le ministre lui eut reproché d'avoir "refusé" l'argent qu'il proposait pour de la vidéosurveillance.

"Jusqu'à preuve du contraire, une caméra n'a jamais arrêté le moindre voleur, encore moins un trafic de drogue", avait rétorqué Yannick Ohanessian, l'adjoint à la sécurité.

Face aux "plans stups" (points de deal) qui pourrissent la vie quotidienne des habitants de ces quartiers, la nouvelle municipalité préfère l'embauche de policiers. "Aujourd'hui, une caméra, dans une cité, elle a une durée de vie de dix minutes", assure l'adjoint à la sécurité.

Yannick Ohanessian dénonce un "manque criant" d'effectifs policiers, avec "à peine six équipages de BAC (brigades anticriminalité) la nuit": "Sur les trois dernières années, on a perdu 200 à 300 policiers nationaux sur la voie publique".

Quelques heures après sa déclaration à la radio RTL, le ministre dévoilait via Twitter cette arrivée de 300 nouveaux policiers, "dont 100 en 2021". Une annonce malgré tout saluée par le maire socialiste de Marseille, Benoît Payan.

Marseille s'est engagée à recruter 100 policiers municipaux, en plus des 421 déjà en place. Objectif: renforcer la police municipale de nuit, "très insuffisante", et assurer "davantage de missions d'îlotage, pour mailler l'ensemble du territoire". Un défi, dans une ville plus de deux fois plus étendue que Paris.

La vraie question, à Marseille, c'est la criminalité liée aux stupéfiants.

Jean-Baptiste Perrier, directeur de l'Institut de sciences pénales et de criminologie à l'université d'Aix-Marseille.

Au-delà de ces effectifs supplémentaires, c'est la stratégie de lutte contre la délinquance, et notamment les trafics de drogue, qui devrait être abordée entre les élus marseillais et le ministre.

"La vraie question, à Marseille, c'est la criminalité liée aux stupéfiants, à ces trafics qui se professionnalisent, qui redeviennent plus violents, comme dans les années 1980, et dont les participants rajeunissent", explique Jean-Baptiste Perrier, directeur de l'Institut de sciences pénales et de criminologie à l'université d'Aix-Marseille.

Selon les derniers chiffres policiers, révélés mercredi par La Provence, Marseille compterait 156 "plans stups", dont certains accueilleraient jusqu'à 2.000 clients par jour, pour des revenus quotidiens de 80.000 euros.

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