Vidéosurveillance à Marseille : des caméras pour régler les problèmes de drogue dans les cités, une mesure contestée

Lors de sa venue à Marseille le 2 août, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place de 500 caméras de vidéosurveillance, notamment dans les quartiers nord, plaques tournantes de la drogue. Une vidéosurveillance qui peine à faire ses preuves malgré les affirmations du ministère de l'Intérieur.

Protéger, surveiller ou enquêter... L'utilité des caméras dans une ville, c'est un peu tout ça à la fois. À Marseille, il s'agit d'un sujet particulièrement sensible. La cité phocéenne en compte déjà 1.600 mais c'est trois fois moins qu'à Nice par exemple.  

"Face à la situation de la drogue, on doit assumer de faire du harcèlement policier et judiciaire. Et pilonner, pilonner, pilonner. J'ai dit au maire, on met davantage de policiers, on met des juges, on met de la visiosurveillance en plus, 500 caméras", a indiqué le chef de l'Etat lors de sa visite dans la cité phocéenne.

Auraient-elles permis de dissuader une quinzaine d'individus d'attaquer des policiers qui venaient de procéder à une interpellation dans une cité sensible du 13e, lundi 6 septembre ? Le groupe d'assaillants est même parvenu à récupérer la sacoche pleine de billets saisie et à faire fuir l'interpellé toujours menotté. 

"C’est bien beau d’augmenter le nombre de caméras mais il faut se demander à quoi ça sert et quels moyens on met derrière", souligne Yannick Ohanessian, l'adjoint à la sécurité de la ville de Marseille. Il explique que certaines caméras ont une durée de vie de 48 heures avant d'être vandalisées dans certains points chauds de l'agglomération. 

Si les caméras sont financées par l'Etat, leurs frais de fonctionnement restent à la charge de la municipalité. Ce qui représente un budget de sept millions d'euros par an, selon Yannick Ohanessian. Celui-ci précise qu'il faut avant tout s'intéresser à la pertinence de leurs lieux d'implantation. 

Une aide pour les policiers 

Jean-Baptiste Perrier, professeur en criminologie à Aix-en-Provence, nuance l'efficacité de la mesure : "Clairement, ces caméras ne permettront pas de lutter contre le trafic de drogue, mais elles faciliteront le travail des policiers, notamment pour la vidéo verbalisation".

Il pointe du doigt un autre problème : les gardiens de la paix qui seront mobilisés derrière les caméras ne seront plus sur le terrain, or les forces de l'ordre sont déjà en sous-effectif... 

À l'inverse, Bruno Bartocetti, délégué du syndicat SGP-FO, soutient la mesure annoncée par Emmanuel Macron : "C'est une bonne décision, elle était nécessaire. Cela va nous servir pour remonter des enquêtes. Rien ne remplacera jamais la présence humaine, mais ce sera une aide pour identifier certains auteurs et protéger efficacement la population". 

Des rapports contradictoires

Une étude du ministère de l'Intérieur datant de 2009, et réalisée à la demande de Brice Hortefeux, établissait que les caméras permettaient de réduire la criminalité.

Elle conclut que "la délinquance a baissé en moyenne plus fortement dans des communes équipées de vidéoprotection que dans celles qui ne disposent pas de vidéoprotection urbaine". Mais la méthodologie de cette analyse a été largement critiquée par les universitaires. 

Un rapport de la Cour des comptes précise, quant à lui, que "les différentes études conduites à l’étranger, notamment au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie, ne démontrent pas globalement l’efficacité de la vidéosurveillance sur la voie publique". Pas de corrélation entre une hausse du nombre de caméras et une éventuelle baisse de la délinquance dans ces pays. 

Une mesure controversée

Principal point faible des caméras de vidéosurveillance : souvent, elles ne font que déplacer les réseaux de trafiquants et ne solutionnent rien sur la durée. C'est ce que l'on appelle "l'effet plumeau". Les caméras chassent les dealers qui vont juste s'installer ailleurs. 

"Le problème, c’est que les caméras ont été efficaces mais ça a duré très peu de temps. Il faut des gens derrière, il faut un suivi. Ici, on a des bagarres entre revendeurs, des coups de couteau, parfois des morts…. On ne peut pas dire que les caméras aient réglé les problèmes du quartier", confie le président de l'association des habitants à Noailles à nos confrères de RTL

Pour Michel Henry, auteur du documentaire "Fliquez-vous les uns les autres", ajouter 500 caméras est une "mesure électoraliste qui répond souvent à une pression populiste".

Il se justifie ainsi : "On résout rarement un délit grâce à une caméra. Quand on ne sait pas quoi faire, on en installe mais on ne pourra jamais couvrir tout le territoire". Il estime que les caméras ne permettraient, a posteriori, de résoudre que de 1 à 3 % des enquêtes.

L'annonce du déploiement de 500 caméras supplémentaires à Marseille s'accompagne d'une promesse de développer la fibre des caméras : leur qualité d'image sera meilleure et plus précise. 

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