Marseille : un ranch au pied des immeubles pour faire découvrir le cheval aux jeunes des quartiers Nord

Publié le Mis à jour le
Écrit par Ibrahim Benaïssa

Il n’y a pas que des problèmes dans les cités de Marseille. Il y aussi des solutions. Et des chevaux. Depuis 2019, Chadly Karamane et sa famille donnent l’opportunité à tous leurs visiteurs de se balader, de se promener sur des chevaux de toutes races. Situé au pied des quartiers nord de Marseille, le ranch Karamane compte aujourd’hui 30 chevaux et compte bien continuer à se développer.

Sur la route, en entrant dans le parc Foresta, nous croisons d’abord le chemin d’une mère et ses enfants. Puis , de loin nous apercevons déjà Chadly, le maître des lieux. Il termine sa conversation avec un jeune couple, et leur fille autiste. "C’est une initiative magnifique, nous raconte le papa. Ca fait longtemps qu’on vit ici dans le centre de Marseille mais on n’avait pas entendu parler de cet endroit. On reviendra, c’est sûr. "

Chadly Karamane a 51 ans, il a grandi à la cité de la Castellane et, pendant 30 ans, il a donné des cours d’arts martiaux aux gamins des cités de Marseille. "Le sport en général permet de s’exercer quotidiennement à des valeurs de plus en plus rares comme la rigueur, la discipline, le travail, le courage. Des trucs que t’as du mal à retrouver dans ton cursus scolaire." Une méthode d’éducation qu’il s’est employé à appliquer à chacun de ses 6 enfants. "J’en voulais pas du tout à la base moi !", avoue très spontanément Virginie Karamane, la mère. C’est parti comme ça. Au milieu des chevaux, du sable et des arbres, les sourires et les souvenirs de cette famille Ingalls à la Marseillaise.

Tresse et guérison

Quand Chadly ouvre avec sa femme le ranch Karamane, une dizaine de jeunes bénévoles travaillent avec eux, en échange de cours d’équitations. "Le parc était inexploité. On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose, raconte-t-il. On a commencé par louer un cheval. Puis on en a eu de plus en plus. Aujourd’hui on en a 30 exactement."

De l’autre coté, une petite fille tresse un cheval blanc sur le dos duquel un des enfants Karamane a posé sa tête et ses mains. "Cet animal fait des trucs qu’on ne sait plus faire, continue de nous raconter Chadly. Ou que très peu de gens savent encore faire. Il peut guérir juste par sa présence. Un cheval ça ne triche pas, s'il t’aime il va te la faire savoir."

Pour une dizaine d’euros, tous les enfants, dès 4 ans, peuvent profiter d’une balade d’une demi-heure. Une opportunité que ne manquent pas de saisir les visiteurs des quartiers nord qui entourent les 16 hectares du parc. "Toutes les pratiques liées au cheval ont été confisquées par les classes supérieures, alors que le cheval dans ce ranch, est là où il est utile : à côté des plus fragiles. Parce qu’il a une forte capacité d’empathie avec les humains."

Mehdi et les feux d’artifice

On n’avait jamais vu le cheval comme ça. Monté à cru, sans selle, brut et sauvage. "Cet animal ne t’abandonnera jamais. Quand il y a un lien de confiance c’est fini. Il saute dans le ravin pour toi si tu lui demandes." Mehdi Karamane, le fils, est un pur produit de la méthode de Chadly. Après 3 ans seulement, il est devenu cascadeur professionnel et pratiquant de voltige cosaque, discipline spectaculaire réunissant un certain nombre de techniques guerrières ancestrales. "J’ai toujours rêvé d’avoir un cheval, nous explique-t-il, depuis tout petit." Mehdi, les chevaux c’est son truc. Il les caresse, leur parle comme à des frères. "On se comprend avec le cheval. J’ai pas besoin de leur murmurer aux oreilles. Moi c’est par amour que je communique."

Le soir, aux pieds des tours de la Castellane, des lumières orange et rose donnent au parc Foresta des airs de far-west. Tout participe au maintien du silence. Les chevaux, l’horizon, l’herbe sous le pied et le gros chien allongé. Il n’y a que le relief sourd des bouts de conversation de Chadly qui nous vient de loin. On tient encore le verre de ce moment idéal à la main, quand on entend venir du ciel un long sifflement et l’effervescence de centaines de petits crépitements. "Ca c’est les jeunes, nous dit Chadly en souriant. Quand ils font le million (une bonne journée, ndlr) ils allument un feu d’artifice."