PORTRAIT. Nettoyeur de la mort, un métier de l'extrême : "Pour ça, il faut être courageux"

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Julien Bourdon nettoie les scènes de crime, de mort naturelle ou de suicide. Respirer des odeurs de sang et d'excréments et se débarrasser des asticots ne lui fait plus peur. Son métier est hors du commun.

Julien Bourdon a un métier hors du commun, il est nettoyeur post-mortem. Il lave les logements où sont mortes des personnes. Qu'il s'agisse de suicide, de crime ou de mort naturelle.

Laver des logements aux effluves nauséabonds de sang mélangé aux excréments, où asticots et vers jaillissent sur le sol, c'est le quotidien de Julien.

Lorsqu'il arrive sur place, ce nettoyeur de l'extrême enfile sa combinaison et surchaussures. Il met un masque qui le protège des odeurs. Sa petite astuce : "mettre quelques gouttes d'huile essentielle de menthe poivrée sur le masque".

Chaussé et habillé, il s'occupe ensuite du nettoyage. Le corps a déjà été débarrassé par les pompes funèbres. À l'aide d'un aspirateur, il absorbe le sang et autres fluides du corps. Ces déjections sont ensuite rejetées dans des poubelles jaunes dédiées aux liquides du corps humain, qu'on appelle les "futs dasri", les mêmes qu'à l'hôpital.

"Parfois, certaines traces sont plus compliquées à enlever sur le sol. Il m'arrive de découper et de jeter des bouts de parquet dans des futs dasri, sinon il y a un risque bactériologique", explique Julien.

Des odeurs prenantes

Tomber malade, c'est ça le risque du métier. "J'ai chopé une bactérie la semaine dernière, j'ai eu une sorte de gastro. C'est la première fois que ça m'arrivait. J'étais dans un logement où la personne avait un syndrome de Diogène, mais ça ne sentait pas trop mauvais", poursuit ce laveur post-mortem. Bien souvent, c'est le virus de l'hépatite qui peut s'attraper à l'inhalation. 

Le plus dur à faire partir est très certainement les odeurs pour lui. Lors de son passage, Julien installe des bombes fumigènes permettant de désinfecter l'air, mais aussi que le logement sente bon.

"Le sang, ça a une odeur un peu spéciale. C'est très prenant, surtout quand c'est mélangé avec d'autres fluides, comme l'urine et les excréments", décrit-il.

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Les défunts ont généralement eu le syndrome de Diogène. ©Julien Bourdon

Julien a été particulièrement marqué par l'un de ses chantiers tant l'odeur était forte, à Marseille, l'été dernier. Un homme d'une soixantaine d'années est décédé dans son lit. Trois mois s'étaient écoulés avant qu'il n'intervienne. Comme vous l'imaginez, le corps était dans un état de décomposition totale.

"La couleur de la peau avait changé, elle s'était assombrie. Il y avait des vers sur tout le corps. On ne voyait pas ses yeux, ni ses oreilles. Il y avait du sang et des excréments par terre. J'ai mis entre 1 h 30 et 2 h à tout nettoyer", détaille Julien.

Pour faire ça, il faut être courageux.

Julien Bourdon

"Pas beaucoup de personnes peuvent faire ce que je fais. Les gens ont tous peur de la mort, affirme Julien. Il ne faut pas être trop sensible. C'est assez incommodant ce que je fais, mais dans ma tête, c'est normal. Quand je rentre à la maison, je me dis que j'ai fait mon boulot et puis voilà."

Il a bien conscience que son métier est hors du commun. "C'est un peu comme dans un film, mais moi, je le vis vraiment. Parfois, il y a certaines choses où je me demande si c'est réel. J'ai vu, par exemple, un corps décapité."

La mort, c'est un milieu que Julien a déjà fréquenté précédemment, puisqu'il travaillait dans les pompes funèbres. "Il n'y a rien qui me fait de la peine. J'ai tellement vu, tellement fait. Ces gens, je ne les connais pas, donc ça ne m'affecte pas personnellement. La seule chose qui me fait de la peine, ce sont les chantiers avec les enfants", explique-t-il.

Le regard de son entourage

"Ma mère ne comprend pas pourquoi je fais ça. Pour elle, je touche des excréments, du pourri. Mes amis, ça ne leur fait rien, puisque la plupart travaillent dans les pompes funèbres", précise Julien.

C'est avec son camion, où l'on peut voir écrire "Nettoyage post-mortem Paca", qu'il attire quelques curieux dans la rue. "Il y a plein de gens qui me posent des questions, me demandent en quoi ça consiste. Tout le monde me souhaite bon courage."

Je rends service aux gens.

Julien Bourdon

Julien se sent, lui, utile en faisant ce métier : "Je rends service aux gens. Quand ils rentrent dans le logement et qu'ils découvrent ça, c'est atroce. Je calme leurs peines." Les familles sont reconnaissantes des services de ce nettoyeur un peu particulier. 

Saisir l'opportunité

L'opportunité, c'est ce qui l'a poussé à travailler dans ce domaine. "Dans le coin, personne ne faisait ça. Je me suis dit : "Pourquoi pas essayer ?"" Il s'est formé seul. En revanche, il a suivi un stage de quatre jours pour bien maîtriser l'usage des produits de chantier.

Julien Bourdon couvre la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et quelques départements aux alentours.

Appelé par la famille

Il est principalement appelé par la famille pour venir nettoyer le logement, mais aussi par les pompes funèbres et la police. Julien se déplace une première fois pour établir un devis. Puis, il revient s'occuper du nettoyage.

Les demandes sont variables, autant que le sont les tarifs. "Mes plus gros chantiers sont les logements où la personne a eu un syndrome de Diogène", affirme-t-il. Ce sont ces personnes qui accumulent objets et déchets, résultat de conditions de vie insalubres.

Cela peut lui prendre entre une journée et une semaine pour débarrasser tout ce qui se trouve dans la maison ou dans l'appartement. "La plupart du temps, quand j'interviens après un décès, la personne avait un syndrome de Diogène", rajoute l'auto-entrepreneur.

Une intervention entre 700 et 5.000 € 

"La semaine dernière, je me suis occupé d'un logement de 30 m2, mais c'était un très gros chantier. La famille a payé 5.000 € pour que je nettoie.

Certains chantiers sont moins onéreux, pouvant aller jusqu'à 700 . Si la personne est décédée dans une pièce où les portes ont été fermées, Julien ne devra nettoyer que cet endroit. Si les fluides ont coulé dans les autres parties du logement, il mettra plus de temps.

En règle générale, c'est la famille qui paye les services de Julien. Cela peut passer par les frais de notariat ou des pompes funèbres.

"C'est assez aléatoire, parfois je n'ai qu'un ou deux chantiers dans la semaine, parfois deux par jour. Mais je peux gagner jusqu'à 3.000 euros par mois", précise-t-il.

Julien est seul sur les chantiers post-mortem. En revanche, lorsqu'il s'occupe d'un logement où l'occupant a eu un syndrome important de Diogène, cela lui arrive de prendre quelqu'un.

Ce nettoyeur de l'extrême espère continuer de travailler le plus longtemps possible.

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