"C’est le bout du monde et le monde entier s’y retrouve", aux Saintes-Maries-de-la-Mer le pèlerinage des gitans au cœur d’un documentaire

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Écrit par Florence Brun

Aura-t-il lieu en 2022 ? Crise sanitaire oblige, le traditionnel pèlerinage gitan aux Saintes-Maries a déjà été annulé deux années de suite. Un crève-cœur pour les nombreux tziganes, roms ou manouches qui s'y retrouvent habituellement chaque printemps afin d'honorer Sainte-Sara. Dans "Le silence des Saintes", Jean-Louis André se penche sur l’importance de ce qui se joue ici, au bout de la Camargue, pour le peuple des gens du voyage.

Mai 2021. Les rues de la petite ville semblent bien vides. Pour ceux que l’on appelle les gens du voyage, le silence des Saintes résonne cruellement. Cette année encore, l’épidémie de covid a eu raison du grand rendez-vous.

D’ordinaire, ils sont plus de 10.000, catalans, manouches, roms ou tziganes de l'Est, à se rassembler pour célébrer Sainte-Sara, la patronne des gitans.

Pour comprendre une telle dévotion, il faut remonter le temps. C’est ici en Camargue que deux femmes chassées de Palestine ont débarqué il y a 2000 ans et porté l’Evangile en Provence. Elles s’appelaient Marie Madeleine et Marie Jacobé et leur servante était Sara.

"Sara est une sainte qui n’est pas canonique, puisqu’elle n’est pas citée dans les Evangiles, elle n’a pas été canonisée de manière officielle" explique le Père Michel Desplanches, vicaire général, pour qui "les gitans se sont rapprochés de Sara et l’ont choisie pour patronne parce qu’elle était un peu comme eux. C’était une inconnue, une sans-papier, une sans-logis, c’était une pauvre, elle était brune de peau, dit la tradition, et les gitans se sont reconnus en Sara".  

C’est grâce à l’appui du marquis de Baroncelli, grande figure de la Camargue, que les gitans obtiendront dans les années 30 que Sainte-Sara soit célébrée officiellement par l’Eglise catholique.

Depuis, à chaque printemps, deux processions se déroulent aux Saintes-Maries : "Le 25 mai, ce sont les Provençaux qui perpétuent un pèlerinage dont l’origine se perd dans la nuit des temps, mais la veille le peuple gitan laisse exploser sa dévotion à Sara" raconte le film.

C’est le bout du monde et le monde entier s’y retrouve.

Un ancien curé des Saintes-Maries

Prier, communier, se retrouver dans une ambiance de fête, mais aussi renouer les fils de leur propre histoire, celle d’un peuple dispersé sur les routes du monde.

Pour ce pèlerinage traditionnel, certains viennent en voisins, d’autres de très loin. Chez les Helmstetter, une famille d’origine manouche installée en Alsace, du plus loin que l’on se souvienne le mois de mai est celui du grand départ vers le Sud.

"On ne peut pas décrire ce que l’on ressent quand on est là-bas" glisse Marie. Enfant, elle a célébré sa première communion lors du pèlerinage aux Saintes. "Gamin, c’était une explosion de découvertes et de sensations" analyse pour sa part son neveu Railo. "Plus tard c’est devenu quelque chose de plus important, de plus fort. Le fait de se déplacer, d’oublier un peu son confort et de ne pas être enfermé par tant de matériel autour de soi, ça rappelle les bases de ce qu’est l’être humain."

En Camargue, les voilà qui retrouvent les Gitans catalans, chez qui la tradition du pèlerinage remonte déjà à plusieurs siècles : certains de leurs ancêtres sont arrivés de Catalogne dès la fin du Moyen-Age pour se fixer entre Perpignan et Marseille. D’autres ont fui la dictature de Franco dans les années 30, comme la famille de Nicolas Reyes, l’âme des Gipsy Kings, qui a grandi à Arles sur les quais du Rhône. Son père José était déjà l’un des piliers du pèlerinage.

Le peuple du voyage est un peuple très croyant.

Babatche, aumônier

Gens du voyage, gens de pèlerinage, la coïncidence va au-delà d’une simple rime. Tant qu’à être sur la route, certains ont décidé de faire de leur vie une mission d’évangélisation. Ainsi les membres de la Communauté de l’Emmanuel, emmenés par Babatche, aumônier national, enchaînent les étapes, de Paray-le-Monial, où le Christ est apparu, à Lourdes.

A chaque printemps, c’est donc tout un peuple, riche de sa diversité, qui sillonne les routes de France pour se rendre aux Saintes-Maries. Et au bout du bout, face à la mer, les nomades s’installent aux côtés de leurs frères qui se sont fixés en Provence mais qui n’ont pas tout à fait quitté le voyage…

"Le silence des Saintes"
Un film de 52’ de Jean-Louis André.
Une coproduction Armoni Productions / Aller Retour Productions / France Télévisions.

Diffusions le 20 janvier à 23.30 et le 25 janvier à 9h50 sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur.