Tarascon : procès de l'agriculteur qui avait agressé deux journalistes d'Envoyé Spécial

Publié le Mis à jour le
Écrit par Pauline Guigou
12 /09/2020. Des journalistes du magazine Envoyé Spécial diffusé par France 2 agressés par un agriculteur lors d'un reportage dans les Bouches-du-Rhône..
12 /09/2020. Des journalistes du magazine Envoyé Spécial diffusé par France 2 agressés par un agriculteur lors d'un reportage dans les Bouches-du-Rhône.. © Capture d'écran France 2/ Envoyé Spécial

Ce lundi se tient au tribunal de police de Tarascon, le procès de Didier Cornille. Cet agriculteur est accusé d’avoir agressé deux journalistes d’Envoyé Spécial, lors d’un tournage effectué en septembre 2020 sur les conditions de travail des travailleurs agricoles.

Après avoir été reporté une première fois, le procès de l’exploitant agricole doit se tenir aujourd'hui au tribunal de police de Tarascon. Didier Cornille est accusé d’avoir agressé Thomas Guery, Laura Aguirre de Carcer, et leur collaboratrice.

Les journalistes enquêtaient pour l’émission Envoyé Spécial, sur les conditions de travail des travailleurs agricoles, exploités par la société espagnole Terra Fecundis.

C’est durant ce tournage que les journalistes se sont retrouvés devant le portail de l’exploitation de Didier Cornille, important client de Terra Fecundis. L'homme avait été pointé du doigt par l'Inspection du travail, pour avoir fourni au groupe espagnol, des logements indignes pour les travailleurs étrangers.

Thomas Guéry, le Journaliste Reporteur d’Images de l’équipe, raconte qu’ils se trouvaient "à l’extérieur du mas de la Trésorière à Arles, appartenant à Didier Cornille. C’est là qu’il logeait les travailleurs agricoles".

L’Inspection du travail était passée par là quelques mois plus tôt, et avait frappé le mas de fermeture, en raison des conditions d’hébergements indignes.

"Nous étions en train de faire des images depuis la route, quand Didier Cornille est arrivé. Nous l’avons interpellé, pour lui expliquer ce que nous faisions. Il n’a pas voulu nous parler, et est entré dans sa propriété".

"Trois à cinq minutes plus tard, il nous fonce dessus avec son pick-up. Ma collègue s’écarte et moi, je reste là à filmer. La voiture s’est arrêtée à 10 cm de mes jambes", raconte Thomas. La scène a été filmée par les journalistes. 

"Les journalistes de doivent pas se laisser intimider"

S’en suit alors une violente altercation : "Didier Cornille essayait d’attraper ma caméra en tirant sur la sangle. Il me donnait des coups. Puis il s’en est pris à ma collègue, je me suis interposé et il est parti", explique le journaliste.

D'abord classée sans suite, la plainte des journalistes a dans un premier temps fait l'objet d'un rappel à la loi, avant de prendre le chemin du tribunal de police. 

Didier Cornille encourt tout au plus une contravention de 4e classe, soit 750 euros d'amende. Qu'importe, pour Thomas Guéry c'est symbolique : "il ne faut pas laisser passer ça, sur le fond comme sur la forme. Il ne faut pas qu'on nous empêche de travailler, les journalistes ne doivent pas se laisser intimider". 

Le journaliste n'a pas été grandement blessé dans l'altercation, des douleurs "après coup, une fois passé l'adrénaline", mais il explique que ces collègues ont été bien secoués par la suite. 

Terra Fecundis, ou le travail dissimulé

Cette affaire intervient sur fond d'exploitation de main-d'œuvre étrangère dans les exploitations maraîchères des Bouches-du-Rhône ou du Vaucluse.

En juillet dernier, le tribunal correctionnel de Marseille a d'ailleurs condamné les gérants de Terra Fecundis à des peines de 4 ans de prison avec sursis et 100.000 euros d'amende. 

Le groupe espagnol est coupable d'avoir pratiqué du "travail dissimulé en bande organisée et marchandage de main-d'œuvre".

Entre 2012 et 2015, Terra Fecundis avait fourni aux exploitations agricoles de la région plus de 26.000 salariés, majoritairement sud-américains. Non déclarés en France, ils étaient largement privés du paiement de leurs heures supplémentaires, contraints de travailler jusqu'à 70 heures par semaine pour certains.

Le procureur Xavier Leonetti parlait également de logements dans lesquels  "on ne pourrait même pas héberger des animaux". 

Lors du procès, ni Didier Cornille, client de Terra Fecundis, et pourvoyeur de logements, ni aucun exploitant agricole, n'avaient été cités à comparaître.

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