"Une nurserie pour les poissons" : des scientifiques tentent de relancer la biodiversité de l'étang de Berre en transplantant des herbiers

Une équipe de chercheurs internationaux, en coopération avec l'équipe scientifique du syndicat mixte de l'Etang de Berre (Gipreb), réalise une opération de transplantation de zostères dans la lagune des Bouches-du-Rhône. Véritables poumons de la lagune, ces herbiers permettraient de relancer la biodiversité de l'étang.

Le mistral souffle fort au bord de l'étang de Berre en cette matinée du 28 mai. Il est 8h30, les scientifiques se préparent. Combinaison enfilée, matériel rassemblé, l'équipe est prête a rentrer dans l'eau. "Avec les beaux jours, la température est agréable. Ce n'est pas la même chose l'hiver !", lance l'un d'entre eux. Durant cinq jours, une équipe de chercheurs en biologie marine réalisent une opération de transplantation d'herbiers de zostères. Avec pour but de relancer la biodiversité dans la lagune.

"Les zostères ont le même rôle qu'une forêt"

Cousines des posidonies, ces plantes sont précieuses à l'étang de Berre. "Les zostères ont le même rôle qu'une forêt. Elles produisent de l'oxygène, qui va être bénéfique pour tous les êtres marins. Elles jouent le rôle d'une nurserie pour les poissons, les escargots vont pouvoir se fixer sur les feuilles", explique Hortance de Lary, scientifique au Gipreb.

Les zostères sont indispensables à la survie de la biodiversité de l'étang de Berre.

Hortance de Lary, scientifique

à France 3 Provence-Alpes.

En plus d'être bénéfiques pour l'écosystème de l'étang, les zostères permettent de lutter contre l'érosion. "Grâce à leurs racines, elles piègent les sédiments, et avec leurs feuilles, elles atténuent la houle", détaille Nicolas Mayot, chargé de mission scientifique au Gipreb.

Un consortium scientifique international

Les chercheurs sont une petite dizaine à s'être réunis ce matin. Première étape : direction Saint-Chamas, au nord de l'étang. Ici, les zostères sont nombreuses, et peuvent être prélevées sans risque d'impacter la zone. Une fois les caisses où sont stockés les pieds des plantes remplies, les chercheurs se dirigent vers la pointe du Bastidou, à une quinzaine de kilomètres, au sud. 

Ce projet, initié par le Gipreb, syndicat mixte en charge de la gestion de l'étang de Berre, bénéficie de l'expertise d'un consortium scientifique européen. Les scientifiques du Gipreb sont accompagnés par d'autres venus d'Ecosse, des Pays-Bas, d'Allemagne, et du Luxembourg. 

"Ce challenge nous permet à la fois d'aider l'étang de Berre, mais aussi d'avancer sur nos recherches. C'est intéressant de partager nos connaissances et d'apprendre ensemble", témoigne le docteur Richard Lilley, scientifique écossais.

Masques et tubas ajustés, c'est l'heure du jardinage. Les pieds des zostères sont replantés ici, à la pointe du Bastidou, car c'est un endroit éloigné des zones de baignades et des kitesurfs, qui risqueraient de les endommager. Et surtout, "il y a déjà quelques zostères ici, ce qui favorise leur prolifération", ajoute Nicolas Mayot.

Dans les années 60, 6000 hectares de zostères , 43 aujourd'hui

Dans les années 60, les zostères de Berre occupaient plus de 6000 hectares dans l'étang. Après la mise en place de la centrale et les perturbations écologiques, "on est tombé à sept hectares en 2018", explique le scientifique du Gipreb. 

Mais bonne nouvelle, depuis 2020, les herbiers connaissent une dynamique exponentielle très positive. Leur superficie est aujourd'hui évaluée à 43 hectares. "Les périodes de sécheresse ont limité les apports d'eau douce, donc les centrales ont ralenti leur activité. Les zostères sont reparties, c'est encourageant", souligne Nicolas Mayot.

Des accords ont été signés cette année pour diminuer la production de la centrale EDF. Je suis optimiste pour la biodiversité de l'étang.

Nicolas Mayot, chargé de mission scientifique au Gipreb

à France 3 Provence Alpes

Dès demain, huit bénévoles en réinsertion viendront rejoindre les scientifiques dans leur mission. "Plus on est, plus il y aura de zostères plantées et donc qui vont proliférer", se réjouit le scientifique. L'objectif : réussir à atteindre 1500 hectares de zostères. "On aimerait aboutir à un écosystème résilient, capable de faire face aux conséquences du changement climatique", espère Nicolas Mayot. 

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