Bouches-du-Rhône : Alteo placé en redressement judiciaire

Plusieurs dizaines de salariés d'Alteo Gardanne se sont rassemblés, ce matin, devant le tribunal de commerce de Marseille. / © Sabrina Soualmia/ FTV
Plusieurs dizaines de salariés d'Alteo Gardanne se sont rassemblés, ce matin, devant le tribunal de commerce de Marseille. / © Sabrina Soualmia/ FTV

A trois semaines de la fin du délai accordé à Alteo pour se mettre en conformité avec les normes environnementales, l'usine d'alumine de Gardanne (Bouches-du-Rhône) a été placée en redressement judiciaire. 1.000 emplois directs et indirects sont menacés.

Par GB avec AFP

Le tribunal de commerce de  Marseille a placé jeudi en redressement judiciaire l'usine d'alumine Alteo de Gardanne, qui en avait fait la  demande face à la "baisse brutale" de ses commandes.

"Le tribunal de commerce de Marseille a ouvert une procédure de redressement judiciaire au bénéfice d'Alteo, ouvrant ainsi une période d'observation d'une durée de six mois, renouvelable", a précisé dans un communiqué le leader mondial de l'alumine de spécialités. 

Plusieurs dizaines salariés s'étaient rassemblés devant le tribunal. La prochaine audience aura lieu le 23 janvier 2020 pour faire le point sur la situation.

Le président d'Alteo, Frédéric Ramé, cité dans le communiqué espère que "cette période d'observation permettra de définir, en collaboration avec les salariés et les administrateurs judiciaires, les mesures nécessaires pour assurer la pérennité de notre activité et la préservation des emplois".

Alteo réalise un chiffre d'affaires de 242 millions d'euros et emploie 480 salariés à Gardanne. Mais selon la direction, après avoir connu "un niveau d'activité élevé en 2018" et durant le premier semestre 2019, la société a connu une "chute brutale" d'activité depuis l'été en raison d'une "chute de la demande d'alumine" de spécialité, a ajouté la direction.

"La situation s'est encore dégradée ces dernières semaines, entraînant une baisse des ventes en novembre de 30%", selon elle et précise que cette chute a des conséquences significatives sur sa trésorerie alors qu'elle "doit financer les derniers investissements environnementaux nécessaires au respect des prescriptions réglementaires".

Respect des normes environnementales

Depuis de nombreuses années, l'usine Alteo fait l'objet de vives critiques pour ses rejets en mer, dans le parc national des calanques, près de Marseille, et sur terre, près du site de Gardanne.

Depuis fin 2015, l'usine a cessé ses rejets en mer de "boues rouges" solides chargées d'arsenic et de cadmium, ne laissant plus échapper qu'un effluent liquide. Les rejets solides sont désormais stockés sur un terrain, sur le site de Mange Garri, à Bouc-Bel-Air, près de Gardanne.

En 2018, le tribunal administratif a réduit de deux ans, au 1er janvier 2020, autrement dit dans moins de trois semaines, le délai accordé à l'usine pour mettre ses rejets liquides en conformité avec les normes environnementales.

En mars 2019, à la suite de la plainte de riverains du site, d'un pêcheur et d'une ONG, une information judiciaire a été ouverte par le pôle santé du tribunal de grande instance de Marseille pour "infraction à la législation sur les installations classées".

Les alumines qu'elle produit sont utilisées, entre autres, dans les matériaux de construction tels que le carrelage, dans les composants de produits high-tech comme les écrans de smartphone ou de télévision.

Une entreprise stratégique pour la France

"Alteo est une société historique, installée à Gardanne depuis plus de 120 ans" indique François-Michel Lambert, député UDE de Gardanne, qui précise que ce sont 1.000 emplois directs et indirects qui sont concernés.

Leader mondial de l'alumine de spécialité, la production de l'usine Alteo de Gardanne est utilisée dans l'industrie de pointe, la recherche médicale et la défense.

À ce titre, "J'ai demandé au ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, que la société Alteo bénéficie de la protection des actifs stratégiques français, dans le cadre de ce qui est dénommé le décret Montebourg", assure François-Michel Lambert (Décret n° 2014-479, 14 mai 2014, relatif aux investissements étrangers soumis à autorisation préalable).

Par ailleurs, le député de Gardanne indique avoir saisi le Premier ministre, Edouard Philippe, pour demander que "l’Etat garantisse le maintien de cette entreprise stratégique en France, avec ses emplois".
 

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