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Corse : ce que l'on sait du saccage d'une salle de prière musulmane à Ajaccio

© La façade de la salle de prière musulmane, attaquée vendredi 25 décembre 2015, à Ajaccio. (PIERRE-ANTOINE FOURNIL / AFP)
© La façade de la salle de prière musulmane, attaquée vendredi 25 décembre 2015, à Ajaccio. (PIERRE-ANTOINE FOURNIL / AFP)

Une manifestation de soutien à deux pompiers et un policier blessés la veille dans des échauffourées a dégénéré.

Par francetvinfo

Un rassemblement d'environ 600 personnes a dégénéré à Ajaccio (Corse-du-Sud), vendredi 25 décembre en fin de journée, quand certains manifestants ont attaqué une salle de prière musulmane et ont tenté de brûler des exemplaires du Coran. Les manifestants protestaient contre l'agression de deux pompiers et un policier la veille pris, pour cible dans un "guet-apens", selon la préfecture.

Que s'est-il passé ?

Vendredi vers 16 heures, les manifestants se sont d'abord rassemblés devant la préfecture, à Ajaccio, en soutien aux pompiers et au policier blessés la veille. Environ 250 à 300 personnes se sont ensuite dirigées vers les Jardins de l'Empereur, une cité sur les hauteurs de la ville, pour tenter de retrouver les auteurs de l'agression.

Malgré le dispositif policier, certains individus ont saccagé une salle de prière musulmane du quartier, et ont tenté de regrouper des exemplaires du Coran pour y mettre le feu, selon les autorités. Une partie des livres ont été détruits dans un début d'incendie. Certains manifestants scandaient des slogans xénophobes : "Arabi fora (les Arabes dehors) !" ou "On est chez nous !".

 

 / © Des exemplaires du Coran partiellement brûlés dans le quartier des Jardins de l'Empereur à Ajaccio (Corse). (PIERRE-ANTOINE FOURNIL / AFP)
/ © Des exemplaires du Coran partiellement brûlés dans le quartier des Jardins de l'Empereur à Ajaccio (Corse). (PIERRE-ANTOINE FOURNIL / AFP)

La terrasse d'un restaurant kebab situé à proximité a également été endommagée dans ces incidents, qui ont pris fin vers 21 heures. La préfecture a renforcé les dispositifs de sécurité autour des lieux de prières.

Que s'était-il passé la veille?

Dans la nuit de jeudi à vendredi, vers minuit et demi, "un incendie a été volontairement allumé" dans la cité du Jardin de l'Empereur, "pour attirer les forces de l'ordre et les pompiers dans un guet-apens en leur jetant des projectiles et en s'en prenant directement aux sapeurs pompiers", a indiqué le sous-préfet François Lalanne.

Deux pompiers ont été "sérieusement" blessés par des éclats de verre après des "agressions physiques" au cours desquelles des vitres de leur véhicule d'intervention ont été détruites, toujours selon le sous-préfet, qui évoque "de nombreux jeunes encagoulés" impliqués dans les échauffourées.

L'intervention des forces de l'ordre, au cours de laquelle un policier a à son tour été "légèrement" blessé, a duré jusqu'à 2h45, heure à laquelle le calme est revenu dans le quartier. Une batte de baseball, des clubs de golf et une bouteille d'acide ont été saisis, mais aucune interpellation n'a eu lieu. "Plusieurs éléments d'identification utiles" ont été recueillis, précise toutefois le sous-préfet.

Comment ont réagi les responsables politiques ?

Sur Twitter, le Premier ministre Manuel Valls a condamné aussi bien l'agression des policiers que la dégradation d'une salle de prière, appelant au respect de la loi républicaine.

Dans un communiqué, le ministre de l'Intérieur souhaite que les auteurs de l'agression contre les sapeurs-pompiers et policiers soient "interpellés dans les meilleurs délais", et également que toute la lumière soit faite sur les dégradations commises dans une salle de prières musulmane. Pour Bernard Cazeneuve, ces exactions "portent atteinte aux valeurs mêmes de la République".

"Soutien total et fraternel aux #pompiers agressés à #Aiacciu. Vargogna à quelli ch´anu fattu què" ("Honte à ceux qui ont fait ça!"), a réagi sur Twitter le nouveau président du Conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni.



Le patron du Sdis de Corse-du-Sud a aussi vivement réagi, avec un vocabulaire tout aussi politique. "Je dis aux individus de ce soir, les pseudos courageux, que nous ne sommes pas dans certains quartiers du continent où règnent la terreur et le chaos. Ici c'est Ajaccio et nous ne laisserons personne dicter ses propres règles, imposer la peur et s'accaparer un quartier de notre ville. Si cela les indispose, ils sont libres de partir", a commenté Charles Voglimacci, dans un communiqué.
 

"c'est un moment qui aurait dû servir à la paix et à la fraternité entre toutes les confessions"Abdallah Zekri, président de l'Observatoire national contre l'islamophobie


L'Observatoire national contre l'islamophobie du Conseil français du culte musulman (CFCM) a "condamné avec force" ces faits, dénonçant une agression "qui se déroule en un jour de prière pour les musulmans et pour les chrétiens".

 

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