Cannes, Antibes... On vous explique pourquoi le secteur du yachting s'est fait entendre à coup de corne de brume

Depuis octobre 2020, les zones de mouillage autorisées sont plus encadrées sur la Côte. Ces nouvelles réglementations, ajoutées à la crise sanitaire, inquiètent des professionnels du tourisme. Les acteurs économiques du "yachting" dénoncent des mesures punitives. Action sonore ce lundi 3 mai.

Sur terre comme en mer, on ne se stationne pas n’importe où ! Le mouillage est désormais très réglementé en Méditerranée.
Sur terre comme en mer, on ne se stationne pas n’importe où ! Le mouillage est désormais très réglementé en Méditerranée. © Anne Le Hars FTV

Ce lundi 3 mai 2021, à 16 heures les Yachts ont décidé de "faire du bruit" dans les ports pour montrer leur mécontentement, selon Stéphane Berger : "cette action coup de poing nous a permis de rencontrer les maires de certaines communes, d'exposer nos doléances." 

Une vidéo amateur a été tournée au port d'Antibes  :

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Sur terre comme en mer, on ne se stationne pas n’importe où ! Le mouillage est désormais très réglementé en Méditerranée.

Les milliers de bateaux de plaisance, qui bordent chaque année les côtes azuréennes, pourraient se faire plus rares cette saison. En cause, plusieurs arrêtés préfectoraux, datant de l'automne dernier.

La préfecture des Alpes-Maritimes, a décidé de règlementer le mouillage des unités de plus de 24 mètres. Auparavant, seul un "cadre général" du mouillage des navires dans les eaux territoriales françaises de Méditerranée était en vigueur. 

Sur twitter, la préfecture s'était exprimée en octobre, sur les intentions de ces nouvelles mesures  : 

L'objectif est donc de désengorger le trafic maritime et de défendre la posidonie. Cette herbe, serait particulièrement menacée. 

Chaque été, sur les côtes méditerranéennes de France, environ 1700 bateaux de plus de 24 mètres mouillent leurs ancres sur les herbiers à faible profondeur.

Plus les bateaux sont longs, plus l’ancre est lourde et ainsi plus les dégâts sont importants. En remontant, l’ancre mouillée dans les herbiers va créer de grandes trouées, en arrachant tout sur son passage et en mettant les racines à nu.

L'industrie de plaisance doit faire face à de nouvelles réglementations pour cette saison 2021. L'objectif est de protéger la faune et la flore comme la posidonie (une herbe marine).
L'industrie de plaisance doit faire face à de nouvelles réglementations pour cette saison 2021. L'objectif est de protéger la faune et la flore comme la posidonie (une herbe marine). © ERIC DULIERE MAXPPP

Ces grandes trouées créent un milieu défavorable au développement de la posidonie, qui abrite de nombreuses espèces. 

On la trouve dans les 25 % des fonds marins de la Méditerranée, où elle occupe entre 25 000 et  50 000 km2 des zones côtières. Elle se développe dès les premiers mètres jusqu’à environ 40 mètres de profondeur. 

La posidonie au large de l'île sainte marguerite serait menacée.
La posidonie au large de l'île sainte marguerite serait menacée. © Patrice LAPOIRIE MAXPPP

A l'approche de la saison touristique, ces restrictions sèment la discorde.

Le secteur du yatching dénonce même des mesures "inefficaces" voire "injustes". 

Plusieurs acteurs économiques et touristiques impactés 

Quand on parle yachts et balades en mer, on pense pollution. Du dégazage, à l’essence jusqu'aux déchets parfois jetés à l’eau. Les yachts sont souvent attaqués sur leurs pratiques polluantes.

Depuis 2011, Stéphane Berger est à la tête d'une entreprise de vente et de location de yachts.  Il fait également partie de l'association ECPY (Comité européen des professionnels du yachting), basée à Nice, elle regroupe de nombreux professionnels du secteur. 

Face aux mesures prises, il s'indigne : "ils ont décrété que c’était les gros bateaux qui ruinaient cette algue ! Pourtant, nous on a des réservoirs à eaux noires, on fait des formations, on se familiarise avec les problèmes écologiques. Beaucoup d'efforts sont faits depuis plusieurs années." 

Il insiste :

c’est une industrie qui fait travailler beaucoup de monde, il ne faut pas oublier cela !

Stéphane Berger, vendeur de yatchs

Plusieurs prestataires indépendants dépendent en effet de cette industrie touristique. 

Habituellement, la région accueille chaque année 40 % de la grande plaisance mondiale. Le port Vauban, à Antibes est le premier port européen en tonnage avec 1.654 postes dont 224 pour le yachting. 

Parmi les milliers de postes concernés, il y a des cavistes, des mécaniciens, des fleuristes, des professeurs de yoga etc. On retrouve également des masseuses, comme Johanna de Castilho, à son compte depuis 2007.

Elle confie: "de juin à septembre, le plus gros de ma clientèle, est sur les yachts." Avec inquiétude, elle ajoute : 

 si on empêche les bateaux de mouiller près des îles, les touristes ne vont pas plus venir sur les bateaux de plaisance, or ils représentent 60% de ma clientèle."

Johanna de Castilho, masseuse professionnelle 

Un constat amer, partagé par Sébastien Pulido, capitaine indépendant depuis douze ans :  "notre métier, c'est d’emmener les gens se baigner, voir des beaux endroits. Les gens ne vont plus venir si on rajoute des complications à leurs vacances", affirme t-il.

Plutôt que de perdre leur travail, certains pensent déjà à quitter la côte d'Azur pour la saison. Ils craignent un effet "boule de neige" sur l'ensemble des infrastructures touristiques.

Mais quelles sont les zones de mouillage autorisées ?

Les fonds colonisés par ces posidonies ont donc été cartographiés précisément. C’est sur cette base que la préfecture maritime a élaborée des zones d’interdiction au mouillage pour les yachts de plus de 24 mètres.

Un seuil qui est abaissé à 20 mètres dans la partie du littoral des Alpes-Maritimes à l’est du fleuve Var.

Par exemple ici, dans la baie de Golfe Juan : 

Les bateaux de plus de 24m ne pourront jeter l'ancre qu'au delà de la ligne rouge indiquée sur cette carte
Les bateaux de plus de 24m ne pourront jeter l'ancre qu'au delà de la ligne rouge indiquée sur cette carte © SCHOM

Une peine d'un an de prison et une amende de 150.000 euros seront prévues en cas de non-respect de ces zones.

 Les yachts peuvent néanmoins continuer de mouiller sans restrictions, au large. 

Les petits bateaux ne sont pas concernés 

« Nous sommes en faveur de l'écologie, et de la protection des posidonies, mais cet arrêté est à double tranchant », peste Stéphane Berger. Selon son association ECPY, ces mesures ne visent pas les bons usagers de la mer.

« Les capitaines des yachts de plus de 20 mètres sont des professionnels. Ils respectent les herbiers de posidonies, ce qui n’est pas toujours le cas des petits plaisanciers, qui n'ont aucune connaissance», ajoute t-il.  

Pour Stéphane Berger, les professionels du secteur n'ont pas été assez concertés , il estime que cet arrêté est « pris dans la précipitation »,  et sans aucune campagne de "sensibilisation".

La Covid-19 aggrave la situation 

Pour Benjamin Teroux, caviste à Antibes, les restrictions sanitaires et ces nouvelles réglementations pour les yachts sont alarmantes pour son chiffre d'affaires. Il témoigne : "cette clientèle à l'habitude de dépenser dans tous les secteurs d’activités, ça va toucher énormément de gens."

Si les restaurants et les bars restent fermés et que les bateaux sont obligés de mouiller aux larges, les touristes pourraient privilégier des destinations comme l'Espagne ou la Grèce, où les contraintes sont moins fortes. 

Ce n'est pas le moment de mettre des restrictions pareilles. Il ne faut pas oublier que tout le monde a besoin de travailler, on est peut être pas à un an ou deux ans près

, soupire Johanna de Castilho, masseuse professionnelle à bord des yachts.  

Pointée du doigt dans de nombreux rapports, cette industrie devra se réinventer pour répondre à ces nouveaux enjeux environnementaux, tout en maintenant son activité économique à flot. Les touristes devront eux aussi s'acclimater à ces changements. 

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