Herbiers de posidonie : 2,7 millions d’euros pour réduire l’impact des ancres de navires sur l’environnement en PACA

Qui dit fin du confinement dit retour des plaisanciers. Pour permettre de réduire l’impact des ancres des navires sur les herbiers de posidonie, les poumons de la Méditerrannée, 11 projets ont été retenus. 6 sont en Provence-Alpes-Côte D’azur.

Les herbiers de posidonie au large de l'île de Sainte Marguerite (Cannes), sont comme des coussins posés sur le fond de la mer, ici on les distingue par les tâches noires. Les navires sont censés jeter l'ancre sur le sable et non sur les herbiers.
Les herbiers de posidonie au large de l'île de Sainte Marguerite (Cannes), sont comme des coussins posés sur le fond de la mer, ici on les distingue par les tâches noires. Les navires sont censés jeter l'ancre sur le sable et non sur les herbiers. © MaxPPP Patrice Lapoirie

Ceux que l’on appelle les « poumons de la Méditerranée » vont faire l’objet d’une protection particulière. Un appel à projets a été lancé en 2020 pour réduire l'impact des ancres sur les herbiers. L'objectif est de trouver un équilibre entre la présence de l'homme et la protection de la flore marine. 

 2,7 millions d’euros

11 projets ont été retenus dont 6 en Provence-Alpes-Côte-d'Azur. L'enveloppe est de 2,7 millions d'euros. L'appel à projets est lancé par la Direction Interrégionale de la Méditerranée (DIRM), en partenariat avec l’Office français de la biodiversité (OFB), l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée et Corse, la Région Occitanie, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et l’Office de l’environnement de la Corse. 

Les herbiers de posidonie représenteraient entre 25 000 et 50 000 km2 des zones côtières
Les herbiers de posidonie représenteraient entre 25 000 et 50 000 km2 des zones côtières © Florian Launette

Selon leurs études, 7 670 ha d’herbiers à posidonie morts ont été cartographiés le long des côtes françaises, soit une perte évaluée à 4,5 milliards d’euros chaque année. La valeur économique des services rendus par les herbiers de posidonie en France a été estimée en moyenne à 580 928 euros/ha/an soit plus de 46 milliards d’euros par an au minimum pour l’herbier vivant (79 852 ha) en France. 

Les herbiers font mieux que la forêt amazonienne

On en est de plus en plus conscient, mais les herbiers de posidonie sont essentiels, en Corse par exemple il retiennent 10 à 15% du carbone émit par l'île. Ces algues stockent le CO2, comme le font les arbres mais l'avantage c'est que ce carbone reste au fond de la mer, il n'est pas rejetté dans l'oxygène. 

Les herbiers atténuent la force des vagues

Autre avantage des herbiers ils atténuent la houle, ainsi la puissance des vagues est diminuée de 20% grâce aux herbiers. C'est donc un avantage et les communes l'ont bien compris. 

Des bouées écologiques

Pour éviter d'abimer ces plantes aquatiques il y a plusieurs méthodes. La première est d'interdire purement et simplement le mouillage dans les herbiers et de le réserver aux zones sableuses. Mais lorsque ce n'est pas possible comme à Hyères, dans le Var, il faut trouver d'autres astuces. 

Pour cela on peut installer des bouées. Celle-ci sont différentes des "corps morts" que les plaisanciers connaissent bien. Le système est simple, des vis sont plantées dans le sol on y accroche une chaine à laquelle on fixe une bouée, pour que la chaine ne racle pas le sol. 

Pour une cinquantaine de bouées il faut compter 2 ans d'études et d'analyses, puis les travaux qui coûtent entre 300 000 et 500 000 euros aux communes. Ce coût peut être pris en charge à hauteur de 80% par les différents acteurs de ce projet. 

l'enjeu est aujourd'hui pris au serieux, on a mis du temps à faire comprendre l'importance des herbiers mais aujourd'hui le message passe

Frédéric Villers, Office Français pour la Biodiversité

Frédéric Villers travaille à l'Office Français pour la Biodiversité à Marseille. Avec ces 6 projets en PACA, l'OFB et les autres acteurs ont voulu privilégier la complémentarité avec une attention portée sur certains sites sensibles (comme Port Cros ou Hyères par exemple).

Selon lui: "l'enjeu est aujourd'hui pris au serieux, on a mis du temps à faire comprendre l'importance des herbiers. Aujourd'hui le message passe, en revanche il faut accompagner les communes dans la mise en place de ces systèmes. Il faut faire attention à tous les aspects : économique, écologique, juridique...

Même si c'est long ça avance plutôt bien et c'est bon signe".  

La croissance des posidonies est très lente : 1 mètre par siècle !

Frédéric Villers, chargé de mission à l'OFB à Marseille

A la différence des récifs coralliens qui se "replantent" les herbiers de posidonie sont très difficiles à restaurer. La croissance est très lente : un mètre par siècle. Le taux de réussite lorsque l'on replante des posidonies est très faible.

Arsenal législatif

Petit à petit la réglementation accompagne les aménagements de territoire pour interdire le mouillage des gros bateaux. Ainsi en 2016 déjà, la préfecture maritime définissait un cadre pour interdire le mouillage aux yachts de plus de 80 mètres et aux autres bateaux de plus de 45 mètres. Dès 2021 ce sera appliqué aux navires de plus de 24 mètres (dans certaines zones sensibles). Les municipalités sont partenaires de ces nouveaux outils.

A Cannes notamment dans les Alpes-Maritimes, le maire se réjouit de ces nouvelles reglementations qui vont contribuer à protéger la flore. 

Pour aider les plaisanciers il existe des applications et certaines sont gratuites comme Donia qui permet de cartographier et de connaitre les fonds marins pour savoir où mouiller et prendre connaissance de la réglementation en vigueur. 

Ces projets de zones de mouillages organisées devraient voir le jour d'ici 2023. 

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