Covid : 6 questions sur la vitamine D dont les vertus pourraient éviter les formes graves du coronavirus

Plus que jamais la question se pose face aux variants du SARS-CoV-2. En novembre*, une étude française s'interrogeait sur les vertus naturelles de la vitamine D pour réduire les formes graves de la Covid. D'autres ont été depuis lancées, mais rien ne permet d'affirmer son efficacité.

Illustration. De nombreux médicaments sont indiqués dans le traitement et/ou la prévention de la carence en vitamine D.
Illustration. De nombreux médicaments sont indiqués dans le traitement et/ou la prévention de la carence en vitamine D. © Alain Delpey / MaxPPP

La vitamine D peut-elle nous aider à lutter contre l'épidémie de coronavirus ?

73 médecins spécialistes et six associations de médecins appellent mardi "à supplémenter l'ensemble de la population française en vitamine D" de façon préventive, estimant que de nombreuses données scientifiques montrent que cela "pourrait contribuer à réduire l'infection" par le coronavirus.

En mars 2020 déjà, la docteur Emmanuelle Faucon de Toulon évoquait pour la première fois l'importance de cette vitamine contre le Covid-19. 

Jean-Marc Sabatier (directeur de recherche au CNRS de Marseille) et Cédric Annweiler (chef du service gériatrie au CHU d'Angers) se sont alors penchés sur la question.

Depuis, ils ont déjà une dizaine d'articles publiés à leur actif mais leurs conclusions peinent à trouver écho. La vitamine D est-elle une piste sérieuse dans la lutte contre la pandémie ?

Jean-Marc Sabatier estime qu'un taux suffisant de vitamine D pourrait réduire la probabilité d'aller vers les formes graves du Covid-19.

Lorsque le docteur Faucon soulève l'importance de cette vitamine, le biochimiste fait le rapprochement avec le mode d'action du Covid-19 (SARS-CoV-2) qui s'attaque à un système très important dans notre corps : le système rénine-angiotensine.

En juin 2020, Jean-Marc Sabatier publie deux articles sur le système rénine-angiotensine avec comme co-signataires Cédric Annweiler, Emmanuelle Faucon, mais également les deux directeurs du laboratoire de virologie de Wuhan. 

Lorsqu'une personne est infectée, le virus se fixe sur un récepteur nommé ACEII. Le rôle de ce récepteur est de dégrader une peptide, l'angiotensine 2.

Or, quand le virus est là, la dégradation est gênée et il y a trop d'angiotensine. Le système rénine-angiotensine alors s'emballe, "ce qui est responsable de toutes les pathologies Covid 19" : problèmes aux poumons, au cœur, aux testicules, problèmes vasculaires, troubles dermatologiques...

C'est ici que la vitamine D joue un rôle fondamental, selon le chercheur. En tant que régulateur négatif, "elle appuie sur le frein du système rénine-angiotensine lorsqu'il s'emballe à cause du virus", explique Jean-Marc Sabatier. Elle "sert de régulateur" et "contrebalance l'effet délétère du virus".

Si l'individu infecté est deficient en vitamine D, "comme la majorité des gens", le virus va encore plus accentuer cette deficience et la personne peut évoluer vers des formes graves de la Covid-19.

Le système rénine-angiotensine (qui s'emballe avec le virus) est "le système n°1 pour le fonctionnement du corps, il contrôle tout", assure Jean-Marc Sabatier. 

Selon l'Académie de médecine de France, 41% de la population française manque de vitamine D en hiver.

Ainsi, il serait "très important" que tout le monde prenne un complément de vitamine D : "3.000 à 4.000 UI par jour", assure le scientifique éditeur en chef de la revue Coronaviruses.

Dans un deuxième article, les deux scientifiques français ont mis en valeur l'importance de la vitamine D dans le système immunitaire et notamment pour l'immunité dite "innée", le premier barrage face à une infection.

Si le taux de vitamine D est trop faible, l'immunité innée peut ne pas fonctionner correctement. La vitamine D est en quelque sorte "le carburant" de notre immunité innée.

Et par conséquent, l'immunité dite "adaptative" (que l'on retrouve dans les vaccins), qui est pilotée par l'immunité innée et qui va lutter contre l'agent pathogène, est touchée.

Aussi, lorsque le système immunitaire est endommagé, les cellules de ce système ne sont plus capables de reconnaître des protéines du soi et du non-soi, ce qui déclenche des maladies auto-immunes.

La vitamine D pourrait permettre d'éviter cela en aidant le système immunitaire à fonctionner correctement.

Les deux chercheurs français ont produit une étude observationnelle "fortuite", "quasi-expérimentale" dans un Ehpad du Rhône juste avant que celui-ci ne soit touché par une infection importante au Covid-19.

"C'est un concours de circonstances qui fait qu’au moment de l'infection, certaines personnes avaient pris de la vitamine D peu de temps avant", explique Jean-Marc Sabatier.

Les chercheurs ont remarqué que les personnes qui avaient pris récemment un complément en vitamine D avaient moins de chance de contracter une forme grave de la Covid-19. Cette étude est parue en novembre 2020 dans The Journal of Steroid Biochemistry and Molecular Biology.

Une autre étude a été précédemment réalisée par Cédric Annweiler, chef du service de gériatrie du CHU d’Angers, sur l'observation de 77 patients positifs au Covid-19.

Dans ses conclusions, il note que le taux de survie est meilleur pour les personnes qui ont reçu de la vitamine D au long cours. Son étude intitulée "Geria-Covid" a été publiée dans la revue scientifique Nutrients lundi 2 novembre 2020.

Reste qu'avec un échantillon aussi limité, difficile de pouvoir être totalement catégorique.

Plusieurs études se sont penchées sur le sujet. Des chercheurs de l'université de médecine de Chicago ont publié, en septembre 2020, leurs travaux dans la revue médicale Jama Network Open.

Ils concluent que le risque de contracter le Covid-19 était presque deux fois plus élevé pour les personnes souffrant d’une carence en vitamine D que pour celles qui en présentent un taux suffisant.

En Norvège, des chercheurs ont lancé une étude clinique pour déterminer si l'huile de foie de morue, riche en vitamine D, pouvait avoir des effets bénéfiques sur le Covid-19, détaille Le Monde.

Une décision prise à la suite d'une grande enquête lancée en mars 2020 à l'hôpital d'Oslo au cours de laquelle 150.000 personnes dont 2.000 positives au virus ont répondu à un questionnaire.

Leurs réponses montrent que les consommateurs réguliers d'huile de foie de morue sont, dans une proportion significative, moins souvent contaminés, et tombent moins gravement malade s'ils sont infectés. 

Une étude a été lancée en Angleterre : 5 000 personnes vont recevoir par la poste pendant l'hiver un traitement pour analyser ensuite leur résistance au virus. Les résultats devraient être connus en mars. 

En France, l’essai clinique nommé "Covid-Trial", en cours depuis dix mois se penche aussi sur la question. Il doit prendre en compte 260 patients touchés par la Covid-19, âgés de plus de 65 ans (150 ont été inclus à ce jour), rappelle Ouest-France. 

"Le but est de savoir sur l’échelle de quatorze jours, les effets d’une forte dose de vitamine D comparée à une dose standard sur la survie des malades", explique au quotidien le professeur Cédric Annweiler, qui coordonne cette nouvelle étude à laquelle participent neuf autres centres hospitaliers en France.

Dans un article publié le 2 octobre 2020, l'OMS ne recommande pas l'usage de la vitamine D comme traitement contre le Covid-19. "Il n'y a pas assez de données, argue-t-elle.

"Des recherches plus poussées sont nécessaires pour déterminer le rôle, le cas échéant, que pourrait jouer la carence en vitamine D dans la prévention et le traitement du Covid-19"

Si Jean-Marc Sabatier assure avoir écrit plusieurs fois au gouvernement pour lui transmettre les résultats de son étude, ce dernier n'a pas encore pris position.

L’Académie nationale de médecine de France a confirmé toutefois le lien entre vitamine D et Covid-19 dans une publication (mai 2020).

"La vitamine D ne peut être considérée comme un traitement préventif ou curatif de l’infection due au SARS-CoV-2 ; mais en atténuant la tempête inflammatoire et ses conséquences, elle pourrait être considérée comme un adjuvant à toute forme de thérapie".

L'institution recommande une prise de vitamine D chez les personnes atteintes de la Covid-19.  "Cela ne veut pas dire que si l'on prend de la vitamine D, on n'attrape pas le virus, tient à souligner Jean-Marc Sabatier. Mais on évite d'aller vers des formes graves."

La vitamine D existe sous deux formes principales : D2 et D3. Elle est présente dans plusieurs aliments d'origine animale (D3) comme l'huile de foie de morue et les poissons gras (saumon, thon, hareng, anchois, flétan, sardine, maquereau).

On en trouve dans le beurre, la margarine, les oeufs, le foie de veau. Elle est également produite par les végétaux (D2) (certains champignons), mais à plus faible dose.

L'exposition au soleil, le rayonnement UVB, est source de vitamine D3. La vitamine est alors synthétisée par la peau.

Bien souvent, et surtout en période non-estivale, l'alimentation ne suffit pas. Les compléments alimentaires en vitamine D (vitamine D3, cholécalciférol) compensent les éventuelles carences.

En 2018, l’Agence française de sécurité alimentaire (ANSES) recommandait un apport journalier de 15 µg/j pour les hommes et les femmes adultes.

*Article publié le 14/11/2020, mis à jour le 19/01/2021.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société