Discothèques fermées cet été : le coup de colère de Jean Roch gérant du VIP Room à Saint Tropez

Le gouvernement a annoncé il y a quelques jours l'accélération du déconfinement : cinémas et stades sont ouverts. Mais pas les discothèques. Les portes de ces établissements de nuit devront rester closes au moins jusqu'au mois de septembre. Jean Roch gérant du VIP Room ne décolère pas.

"On n'est pas capable économiquement d'affronter une non-saison", Jean Roch gérant du VIP Room à Saint Tropez
"On n'est pas capable économiquement d'affronter une non-saison", Jean Roch gérant du VIP Room à Saint Tropez © Emmanuel Felix FTV

Les quelque 2 000 discothèques françaises sont complètement à l'arrêt. "On est au bord du précipice même", commente Jérôme Calatraba, gérant du High Club à Nice.  

Tous les professionnels de la nuit attendaient les nouvelles mesures du gouvernement avec l'espoir de pouvoir rouvrir pour la saison estivale. Mais non.

Dans la nuit du 19 au 20 juin, le Premier ministre a finalement annoncé une accélération du déconfinement pour certains lieux accueillant du public (cinémas, stades...) mais pas pour les discothèques. Les établissements de nuit ne pourront pas redémarrer avant le mois de septembre. Un nouveau coup dur pour la profession

L'un des plus médiatisé d'entre eux, ne décolère pas. Jean Roch a la tête du célèvre VIP Room ne cache pas sa colère et son désarroi :

Y a du monde qui danse sur les plages, y a du monde qui danse dans les restos, dans les bars... C'est super, mais pourquoi rendre tabou la partie club et discothèques ? Pourquoi dans nos établissements on prendrait plus un risque qu'ailleurs ? Le risque est partout, nous devons tous être solidaires !

Jean Roch, gérant du VIP Room à Saint Tropez

Sa discothèque installée en plein coeur de Saint Tropez, attire chaque nuit 1 600 personnes et emploie 80 personnes. Les deux mois d'été, représentent plus de 90% du chiffre d'affaires annuel du club.

On n'est pas capable économiquement d'affronter une non-saison. On peut se battre contre une petite saison, payer tout le monde, répondre à la demande et satisfaire le public mais pas fermer totalement.

Jean Roch

Le 21 mai derner, le DJ et grande figure de la nuit parisienne avait annoncé la fermeture de son établissement dans la capitale. Il évoquait des "contraintes économiques et administratives" faisant suite aux attentats, aux mouvements sociaux à répétition en France et à la pandémie de Covid 19.

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"Il y a des familles et des vies derrière ces discothèques"

Depuis plus de trois mois maintenant, les propriétaires de boîtes de nuit de la Côte d'Azur accusent les mauvaises nouvelles, notamment sur le plan financier. Le prêt garanti par l'Etat, mis en place par le gouvernement pour lutter contre la faillite des petites et moyennes entreprises pendant la crise sanitaire, leur est pour la plupart passé sous le nez.

"La banque a refusé à deux reprises notre demande de prêt, soupire Jérôme Calatraba. Nous lui avions demandé 200 000 euros pour avoir de la trésorerie et ainsi pouvoir payer nos fournisseurs."

Pour cet ancien sportif professionnel, à la tête de son établissement de plus de 50 salariés depuis plus de 20 ans, cette décision est incompréhensible. "Nous sommes de bons clients depuis des années et aujourd'hui, personne n'est prêt à nous aider. Pour moi, la justification est simple : on ne veut pas nous prêter d'argent car on considère encore que les boîtes sont gérées par des voyous."

Même son de cloche du côté de Karine Leroux, propriétaire du QG - Famous Club à Solliès-Pont dans le Var.

L'Etat n'a pas l'air de comprendre qu'il y a des familles et des vies derrière ces discothèques. Si je n'ai pas d'aides à la fin du mois, je vais être obligée de déposer le bilan. J'ai l'impression que l'Etat veut nous couler.

Depuis le début du confinement, la Varoise perd jusqu'à 150 000 euros par mois. "Heureusement, mes salariés peuvent bénéficier du chômage partiel pour l'instant. Mais ils sont inquiets pour la suite et certains le vivent très mal."

A ce jour, Jérôme Calatraba a uniquement reçu une aide de 10 000 euros du conseil départemental des Alpes-Maritimes. "C'est une bonne chose, mais c'est peu quand on sait que l'électricité me coûte déjà 5000 euros par mois", soulève-t-il. Karine Leroux a pu quant à elle bénéficier des 1500 euros du fonds de solidarité, instauré pour aider les petites entreprises impactées par le Covid-19.

Les boîtes de nuit, remplacées par les bars et les restaurants

Un autre point chagrine les propriétaires de discothèques : alors que leurs établissements n'ont pas vu un visiteur depuis des mois, ils remarquent la cohue dans les bars et les restaurants depuis quelques semaines.

"Depuis leur réouverture, beaucoup de bars font boîte de nuit, certains invitent même des DJ ! Ces soirées ramènent des dizaines et des dizaines de personnes, et pas souvent dans le respect des règles sanitaires", regrette la gérante du QG - Famous Club.

Pour elle, les mesures du gouvernement créent une concurrence déloyale entre les établissements de nuit. "Je ne suis pas jalouse, je suis contente que les bars et les restaurants fonctionnent de nouveau. Mais je voudrais que tout le monde puisse reprendre ses activités et rester dans son rôle."

Comment tenir jusqu'en septembre ?

"C'est simple, on ne peut pas !", martèle Jérôme Calatraba, qui ajoute : 

Si je ne peux pas recevoir d'aides, je vais être forcé de rouvrir cet été. J'ai l'impression d'être à bord du Titanic !

Karine Leroux le reconnaît aussi : si ses confrères ouvrent leurs établissements pour la saison estivale, elle le fera aussi. "Mais si je le fais, je risque une fermeture administrative", s'inquiète-t-elle. 

Une menace qui n'effraie pas le patron niçois : s'il reprend l'activité dès cet été, il envisage de monter un mur symbolique à l'entrée de sa boîte de nuit. "Je veux montrer que le gouvernement nous a enterrés vivants !" 

C'est aussi l'avis de l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie. L'organisation professionnelle a menacé samedi 20 juin de recourir au Conseil d'Etat, si la décision du gouvernement était confirmée par un décret d'application.

Pour tenter de remédier à la situation, une pétition en ligne a été lancée ce week-end pour soutenir le monde de la nuit. 

34 députés de La République en marche ont demandé au gouvernement de revenir sur sa décision. 

 

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