Hautes-Alpes : une forteresse historique adjugée 661.000 euros aux enchères

Son propriétaire en espérait deux millions d'euros. Fort Queyras, forteresse historique des Hautes-Alpes a finalement été vendu aux enchères pour 661.000 euros. Une douche froide pour François Marty, qui espère une surenchère dans les dix jours. Un feuilleton immobilier hors-norme. 

Fort Queyras domine la commune de Château-Ville-Vieille dans le Queyras depuis le XIIIème siècle. Il s'étend sur 3,8 hectares et est aujourd'hui à la vente.
Fort Queyras domine la commune de Château-Ville-Vieille dans le Queyras depuis le XIIIème siècle. Il s'étend sur 3,8 hectares et est aujourd'hui à la vente. © Fabrice Amoros

14h32. La sirène retentit dans la salle d’audience. Après quinze minutes d’enchères, Fort Queyras est adjugé 661.000 euros à la société immobilière Melma, basée à Aix-en-Provence.

Son nouvel acquéreur, Stéphane Maestro Villa, file rapidement sans donner d’explications quant à la future destinée de ce bâtiment inscrit aux monuments historiques. Il n’est d’ailleurs encore pas certain d’être le futur possesseur de ce château du XIIIe siècle.

Pendant dix jours, d’autres acheteurs potentiels ont la possibilité de faire une offre supérieure de 10 % au montant adjugé. Dans ce cas-là, une nouvelle et dernière vente aux enchères sera organisée dans les prochains mois.

Déçu de la vente, François Marty, l’actuel propriétaire, veut croire à ce scénario. "Le téléphone va fonctionner dans les prochains jours, car nous connaissons des acheteurs qui n’ont pas pu se déplacer ou être représentés par un avocat pour pouvoir participer à cette vente à cause des restrictions sanitaires qui touchent le pays".

Avant l'audience, François et Roland Marty, fils et père étaient confiants pour que Fort Queyras soit vendu aux alentours des deux millions d'euros.
Avant l'audience, François et Roland Marty, fils et père étaient confiants pour que Fort Queyras soit vendu aux alentours des deux millions d'euros. © Fabien MADIGOU / FTV

En début d’audience, Maître Anselmetti, avocat de la famille Marty, avait d’ailleurs demandé "le report de cette vente aux enchères afin de pouvoir organiser d’autres visites pour d’éventuels acquéreurs nationaux et internationaux, une fois que les restrictions sanitaires seront levées."

Le juge d’exécution refusait ce motif, indiquant que "la loi ne permet de report qu’en cas de force majeure. Ce qui n’est pas le cas ici, dans le cadre de la loi". La vente aux enchères a donc démarré comme prévu. Mise à prix : 400.000 euros. Seuls trois avocats ont alors enchéri à tour de rôle jusqu’au montant final de 661.000 euros.

Près de 6.500 m2 de bâtiments

Véritable colosse surplombant une étroite vallée alpine, Fort Queyras est l’un des emblèmes des Hautes-Alpes. Posé là depuis le XIIIe siècle, il a longtemps été la propriété de l’armée avant d’être vendu à des propriétaires privés à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.

Depuis 2001, la famille Marty est propriétaire de l’édifice. Ces dernières années, le symbole de la commune de Château-Ville-Vieille a une histoire tumultueuse.

Mis à la vente en 2009, 2015 et 2018, il n'a jamais trouvé preneur. Même le buzz suscité par sa mise en ligne, pour 2,8 millions d'euros, sur un célèbre site de petites annonces n'a rien changé.

Dernier rebondissement fin 2019. Un compromis de vente est signé, mais la crise sanitaire mondiale enterre la négociation.

Avec ses donjons, ses casemates, ses remparts, Fort Queyras dispose de 3.200 m2 de surface habitable. Inscrit aux monuments historiques, ce château a l'avantage de pouvoir être aménagé sans contraintes pour ce qui est de son espace intérieur. Toutes modifications et autres travaux extérieurs doivent par contre recevoir l'autorisation de l'Architecte des Bâtiments de France.
Avec ses donjons, ses casemates, ses remparts, Fort Queyras dispose de 3.200 m2 de surface habitable. Inscrit aux monuments historiques, ce château a l'avantage de pouvoir être aménagé sans contraintes pour ce qui est de son espace intérieur. Toutes modifications et autres travaux extérieurs doivent par contre recevoir l'autorisation de l'Architecte des Bâtiments de France. © Elsa GIRAUD

Une préemption finalement abandonnée

Aujourd'hui, les propriétaires, en difficulté financière, ont vu un juge d’exécution ordonner la mise aux enchères publiques de leur bien dans le cadre d'une procédure de saisie immobilière.

Elle doit permettre au créancier (la banque) de se rembourser auprès d'un débiteur (les propriétaires Marty père et fils) des créances non honorées, estimées aux alentours de 600.000 euros.

Un temps intéressée par une possible préemption, la commune de Château-Ville-Vieille a finalement passé son tour.

La faute à un contrat d'exploitation qui court jusqu'en 2029 et empêche le nouveau propriétaire de gérer le fort pendant les huit prochaines années à moins de racheter ce bail commercial, ce qui engendrerait de nouveaux frais.

Pour Claude Descombes, président de l’association des Amis de Fort Queyras, "le propriétaire ne pourra pas exploiter le fort ! C’est donc une fausse vente". Pour certains, la vente de ce bail permettrait aux actuels propriétaires de récupérer encore plus d'argent de cette vente aux enchères qu'ils n'ont pas désirée.

Le feuilleton est donc encore à suivre, au moins pendant les dix prochains jours.

Fort Queyras en bref
  • La première trace d'un château fort installé sur cette petite colline qui domine la rivière du Guil est datée de 1265. Vauban l'a ensuite modernisé à la fin du XVIIème siècle pour mieux se protéger du voisin italien.
  • Le château est occupé par les militaires jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale. Depuis, ce sont des propriétaires privés qui se sont succédés à sa tête jusqu’à François Marty qui le possède depuis 20 ans.
  • Entre arsenal, casernes, casemates, donjons ou hôpital, 16 corps de bâtiments composent ce monument historique d'exception.
  • Fort Queyras possède 3 200 mètres carrés de surfaces habitables et pas moins de 6 500 mètres carrés de surface développées (combles, escaliers, couloirs, caves, etc.).
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