Témoignages. "Ça devient très compliqué" : urbanisme, normes environnementales, trois générations d'arboriculteurs face aux difficultés des agriculteurs

Publié le Écrit par Sidonie CanettoFabien Madigou et Lucie Robert

Parmi les motifs d'inquiétude des agriculteurs, des normes qui évoluent sans cesse. Dans les Hautes-Alpes, les zones Natura 2000 pourraient interdire l'utilisation de plusieurs produits phytosanitaires, cela signifierait la fin des cultures pour de nombreux arboriculteurs. France 3 Provence-Alpes est allée à la rencontre des gérants d'une exploitation familiale.

Dans les Hautes-Alpes, l'agriculture, l'élevage sont encore très présents. Mais pour combien de temps ? Pour illustrer la colère et le désarroi du monde agricole, en proie à une très forte mobilisation depuis plusieurs jours, France 3 Provence-Alpes est allée dans une exploitation familiale d'arboriculture, qui se transmet de père en fils. Avec le temps, ils ont dû s'adapter aux différentes normes et aux transformations de l'urbanisme, les contraignant à être petit à petit exproprié de chez eux. 

Quatre générations et probablement la dernière 

Jacques Richier travaille avec son fils,  comme il le faisait avant avec son propre père. Sur ces vergers fertiles des bords de Durance, quatre générations d'arboriculteurs se sont succédé, mais les terres n'ont cessé de se réduire. À cause de la construction d'un canal en 1970 puis de l'autoroute, il y a 30 ans.

"Ça a été catastrophique pour mes parents et pour moi parce qu'ils ont enlevé la maison de famille. Ils ont pris encore dix hectares, du coup, aujourd'hui, on a vingt-deux hectares, donc il a fallu s'adapter", détaille Jacques Richier, arboriculteur à Vitrolles dans les Hautes-Alpes.

À chaque fois, face à l'adversité, les paysans ont dû se réinventer pour survivre et continuer.

"On a changé notre façon de travailler, on a fait ce qu'on a pu et aujourd'hui on nous parle de Natura 2000 qui risque de nous enlever encore six ou sept hectares. Mais on n'a plus qu'à faire passer le TGV et on part à la pêche", ironise Jacques, non sans amertume face à l'avenir.

Des investissements pour l'avenir qui ne servent à rien

En effet, il en faut de la résilience et de l'abnégation face aux nouvelles normes, règles et décisions parfois jugées déconnectées de la réalité de terrain. En effet, si les règles changeaient, ce serait pour eux comme une nouvelle expropriation.

C'est ce que craint Nicolas, la dernière génération en activité.

"En termes d'intrants, on est déjà au maximum. On est déjà sur des impasses techniques. On n'arrive plus à se parer du puceron, de la punaise, de la tavelure, ça devient très compliqué", se désespère Nicolas Richier qui fait déjà tout ce qu'il peut pour sauver ses arbres.

Et l'avenir semble bien sombre face au changement et aux obligations.

"Si on ajoute des normes supplémentaires, on ne pourra plus exploiter ces vergers. Ils seront inexploitables parce que les variétés ne sont pas adaptées et que le résultat sera économiquement pas viable", prévoit Nicolas Richier.

Si Nicolas vit cela comme une injustice, c'est qu'il a placé toutes ses économies dans ces arbres pour produire de nouvelles variétés écoresponsables.

"On voulait travailler ces terres de manière pérenne. Pour que cela m'amène presque jusqu'à ma retraite. Et là, tout est remis en cause parce que les règles ont changé en cours de route", juge Nicolas Richier.

Près de 43 arboriculteurs impactés par la zone Natura 2000

Près de 8% du verger alpin se trouve en zone Natura 2000, les nouvelles règles toucheraient 43 agriculteurs du département.

"Ce projet de nouvelle réglementation devrait s'appliquer assez rapidement et avec une déclinaison par département sous l'autorité du préfet", indique Nathalie Girard, responsable des mesures agri environnementales à la Chambre d'Agriculture des Hautes-Alpes.

C'est notamment pour cela que Nicolas manifeste presque tous les jours avec les agriculteurs. Lui qui a construit un modèle de vente directe avec son père rêve encore de transmettre un jour une exploitation rentable à ses enfants.

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