Coronavirus : "Nous sommes prêts", comment une famille survivaliste des Hautes-Alpes s'est préparée au confinement

Fréderic Cuvelier est survivaliste. A 50 ans, ce choix personnel a été guidé par les aléas de la vie. Un retour à la nature et à l'essentiel que ce citoyen "prévoyant" mesure d'autant plus en stade 3 de coronavirus et de confinement. Sa famille et lui sont prêts et sereins.

Le garage de la maison de ce survivaliste des Hautes-Alpes est aussi en grande partie réservée au stockage.
Le garage de la maison de ce survivaliste des Hautes-Alpes est aussi en grande partie réservée au stockage. © F. CUVELIER
Originaire de Franche-Comté, ce fils de militaire n'était pas prédestiné à devenir survivaliste.

Après la faillite de son entreprise, tout s'enchaîne. Fréderic Cuvelier perd son logement, se sépare de sa compagne et se retrouve a vivre pendant trois mois dans sa voiture et au coeur de la forêt, loin du monde et en plein burn-out.

C'est à ce moment que naît l'idée: "Je dois montrer et expliquer aux gens que nous pouvons survivre à tout, nous n'avons besoin de rien de spécial pour vivre lorsqu' on connait des techniques de survie rien n'est perdu".

Fréderic Cuvelier décide de créer des stages de survie et ça fonctionne. "Il y a vraiment une demande en ce sens, ça va du particulier, aux familles et même des entreprises".

Dix ans plus tard, des stages, il en propose pour différents scénarii de survie : jungle, désert, guerre ou problème nucléaire... et l'un d'eux, concerne justement la survie en cas d'épidémie.

Survivaliste mais pas extrémiste

Fréderic Cuvelier se définit comme quelqu'un de prévoyant et fait un large pas de coté avec les survivalistes extrémistes qui pour la plupart sont armés.

Loin de tout cela, Fréderic Cuvelier a fait plutôt un retour à la nature et exploite les ressources à sa disposition, qu'elles soient naturelles ou dans une vie plus urbaine. "Le survivaliste doit s'adapter aux circonstances, au climat et à son milieu".

A présent, il vit à Savines-le-Lac, une petite commune du département des Hautes-Alpes, avec sa femme et leurs trois filles, âgées de 4 mois, 12 et 16 ans 

Il relais sur les reseaux sociaux son message et plus que jamais c'est "restez confinés" et "essayez de vivre quand même chez vous".Son regard sur la société est plus acerbe, mais il a une explication sur les foules qui se ruent sur les denrées alimentaires...

"Le cerveau a deux hémisphères le droit et le gauche, l'émotionnel et le rationnel, quand le rationnel ne peut plus assurer, c'est l'émotionnel qui prend le pas et les gens agissent de façon irrationnelle pour se rassurer".

Continuer à vivre normalement ou presque

Chez lui avec sa femme et ses trois filles, Fréderic Cuvelier continue a vivre normalement en confinement, certes mais finalement comme il vit toute l'année.

En cette période d'épidémie, l'entrée de la maison a été transformée en sas de décontamination, où "tout ce qui rentre doit être lavé". Les chaussures passent dans un bac et les vêtements partent à la machine à laver. 

Une autre pièce de 4 m2 est entièrement réservée au stockage, tout comme une bonne partie du garage. C'est là que toute l'année, sa famille et lui stockent leurs denrées. Boîtes de conserve, briques de soupe, pâtes, sucres lents ou rapides, mais pas seulement. II y a de tout et de quoi tenir six mois, selon le chef de famille.

"Nous achetons de tout et lorsque nous consommons, nous faisons un roulement des produits", détaille le survivaliste.

"Ceux de derrière passent devant et nous retournons acheter la quantité qui a été consommée. Nous mangeons équilibré, il y a des denrées qui ont  des dates de péremption plus ou moins longues et on régule le stock en fonction. C'est juste de l'organisation".
Six mois de stock, une pièce de la maison de ce survivaliste des Hautes-Alpes est réservée au stockage des denrées alimentaires.
Six mois de stock, une pièce de la maison de ce survivaliste des Hautes-Alpes est réservée au stockage des denrées alimentaires. © F. CUVELIER

Pharmacie médicale et autonomie d'énergie

En dehors des denrées alimentaires, la famille est aussi équipée au niveau médical pour parer à toutes éventualités. "Nous avons une pharmacie bien remplie : anti-inflammatoires, anti-diarrhéiques, anti-vomitifs et de quoi soigner des plaies", explique Fréderic Cuvelier.

A l'extérieur, pas de potager, mais des poules et des lapins, "pour le coté produits maison, mais nous ne cultivons pas de jardin".

Pas question aussi d'être privé d'énergie. Rien n'est laissé au hasard, si jamais il devait y avoir des coupures de courant, la famille Cuvelier peut vivre en autonomie.

"J'ai des panneaux solaires portatifs, des batteries autonomes, un groupe électrogène et des pastilles de purification pour l'eau". Inutile de lui demander s'il a des gants, des masques FFP2 et du gel hydroalcoolique, c'est une évidence.

Fréderic Cuvelier s'amuse d'ailleurs d'avoir pu "dépanner le maire de la commune avec des kits pour le bon déroulement du premier tour des municipales en fournissant la municipalité".

"Nous sommes prêts, donc nous sommes sereins"

Comme quelqu'un qui se présenterait à un examen en ayant bien révisé, Fréderic et sa famille se sentent "prêts et donc sereins" face à l'épidémie de coronavirus qui touche sévèrement la France et plus largement l'Europe. 

"Les gestes et attitudes barrières, nous les pratiquons au quotidien depuis longtemps, donc ce n'est pas une contrainte".

D'autant plus qu'à Savines-le-Lac, 1.058 habitants, la situation est loin d'être comme en ville, où l'inquiétude gagne.

"Nous avons tout prévu depuis longtemps, donc pour la situation n'est pas alarmante, explique Fréderic Cuvelier. Elle l'est plus pour ceux qui n'ont pas anticipé, mais encore une fois il ne faut pas céder à la panique et respecter les consignes"

Solidarité

Etant équipé pour ses sorties Fréderic a lancé un appel auprès de la mairie de Savines-le-Lac et d'une grande surface pour proposer ses services.Faire les courses des personnes les plus fargiles, des aînés pour les soulager de cette corvée devenue dangereuse pour eux. Un appel relayé sur les réseaux sociaux.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société