Coronavirus: rébellion de détenus à la prison de Tarascon

Le centre de détention de Tarascon où a lieu l'incendie. / © FARINE Valérie / MAXPPP
Le centre de détention de Tarascon où a lieu l'incendie. / © FARINE Valérie / MAXPPP

Des détenus ont bloqué une aile d'un batiment au centre de détention de Tarascon mardi. Des échanges ont eu lien avec la direction, avant le retour au calme, dans un contexte d'inquiétude générée par les mesures décidées contre le coronavirus.

Par Michel Bernoin, Ghislaine Milliet (avec AFP), Jean Poustis

Nouvel incident dans un établissement pénitentiaire de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Des détenus ont bloqué mardi l'étage d'un bâtiment, selon le syndicat national pénitentiaire Force Ouvrière personnels de surveillance.

Selon un syndicaliste pénitentiaire FO, les tensions seraient liées à des "problèmes de cantines. Cela s'est résolu assez rapidement".

Des incidents dans différents établissements pénitentiaires

Mardi 17 mars, des incidents ont éclaté à la maison d'arrêt de Grasse (Alpes-Maritimes), des "refus de réintégrer" les cellules ont eu lieu samedi aux Baumettes à Marseille, à Draguignan, et dans plusieurs établissements en France.

"Il y a eu dans quatre cas des dégradations, a indiqué la direction de l'administration pénitentiaire (DAP) ajouté la DAP, qui a souligné que d'ici à dimanche, "11 gardes-à-vue  de détenus "sont déjà prévues et confirmées, en plus des procédures disciplinaires engagées". Aucune ne concerne les établissements du sud-est de la France.

A Draguignan, une quarantaine de détenus a bloqué samedi les accès à une cours de promenade. Des incidents ont aussi eu lieu à Aix-en-Provence, mais étaient terminés en fin de journée, selon FO pénitentière.

Dans la majorité des cas, une intervention des Eris (équipes régionales d'intervention et de sécurité) a été nécessaire pour que les détenus réintégrent leur cellule.

Des tirs de sommation à la maison d'arrêt de Grasse

Alors que la France est placée en confinement pour lutter contre l'épidémie de Covid-19, le gouvernement a annoncé mercredi la suspension des parloirs pour les familles et proches des détenus pour une durée minimale de 15 jours.

Avant même cette annonce, un incident a donc éclaté mardi matin à la maison d'arrêt de Grasse, sans faire de blessés.

Des détenus sont parvenus à passer d'une cour de promenade à une autre en dégradant des grillages. Le calme était revenu peu après 13h30.

"Ils ont cassé des portes d'accès aux cours de promenade et se sont regroupés dans des zones intermédiaires", indiquait Philippe Abime, délégué FO prison dans les Alpes-Maritimes.

"Les détenus ont allumé des petits feux et jeté des pierres sur les surveillants. Quatre tirs de sommation ont été réalisés", a précisé le syndicaliste. 

Rumeurs de suppression des promenades

Les promenades ont été maintenues entre les murs des 188 prisons françaises. "Des rumeurs de suppression de ces promenades circulent, ce qui génère des mouvements d'inquiétude", a indiqué la DAP, ajoutant que "la suppression des promenades n'est pas d'actualité".
           
Télévision gratuite, crédit pour le téléphone, aide pour les plus démunis: la ministre de la Justice Nicole Belloubet a pourtant annoncé jeudi des mesures pour les détenus afin de compenser la suspension des parloirs.

Climat sous tension en prison

Si les promenades et activités sportives en plein air ont été maintenues "avec les aménagements nécessaires", il n‘en va pas de même en espace confiné.

Les activités socioculturelles, de sport et d’enseignement ont été suspendues, "pour réduire le plus possible les mouvements internes". Autant dire que ces restrictions ne manquent pas d’ajouter au malaise carcéral. 

Selon Jessy Zagari, délégué régional FO Pénitentiaire, "on peut s’attendre à des réactions démesurées. Certains détenus n’ont même pas conscience de ce qu’il se passe à l’extérieur".

"Les agents de la pénitentiaire s’attendent à des semaines très difficiles et à la réquisition de l’Etat"
, poursuit le délégué FO.

 

La direction interrégionale des établissements pénitentiaires (DISP) de Provence Alpes Côte d’Azur et Corse, affirme de son côté "pouvoir assurer la mission essentielle au maintien de l’ordre public", ainsi que "la continuité du service au sein des établissements"

Ce qui nous attend, ça n’est pas un confinement à la maison, mais à la prison.

Pour remplacer les agents restés à leur domicile pour des raisons de garde d’enfants, ou de promiscuité avec des proches à la santé fragile, du personnel de surveillance sera réquisitionné, indique la DISP.

"Nous sommes prêts à assurer notre service public", confirme Jessy Zagary. "Les agents reviennent sur leur temps de repos. Tout le monde est conscient de la situation, ce qui nous attend, ça n’est pas un confinement à la maison, mais à la prison".

Les revendications syndicales concernant le manque de personnel sont récurrentes depuis des années. "Il nous sera demandé plus, à moyens constants...".

Les notes ministérielles tombent au fur et à mesure. La situation est inédite. Aucun cas de coronavirus n’a été détecté dans les établissements pénitentiaires de la région. Ce qui est déjà rassurant pour la population carcérale.

Toutefois, la situation extrême vécue dans les prisons italiennes la semaine dernière n’a pas fait l’office d’un quelconque retour d’expérience, déplore les syndicats.

"Nos directions sont frileuses. Personne n’a osé aborder le sujet", raconte le délégué FO.
 

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