Covid 19 : cinq questions sur les manifestations de parents contre le port obligatoire du masque à l’école

Dans plusieurs villes de la région Paca, des parents d’élèves se rassemblent samedi contre l’obligation du port du masque pour les enfants à l’école élémentaire. Nous décryptons arguments et contre-arguments autour de ce mouvement antimasque à l'école, présent partout en France.
© CHRISTOPHE BARREAU/MaxPPP
De Gap à Marseille en passant par Nice et Toulon, des parents se rassemblent, samedi 5 décembre, pour s'opposer à l’obligation du port du masque pour les enfants à l’école à partir de 6 ans.

Cette mesure a été imposée au retour des vacances de la Toussaint, dans le cadre la lutte contre l’épidémie de Covid-19. En mai, elle ne s’était appliquée qu’aux collégiens de plus de 11 ans. Depuis la rentrée, chaque semaine, des manifestations antimasque à l’école ont lieu dans toute la France. France 3 répond à cinq questions sur ce mouvement.

1. Pourquoi sont-ils contre cette obligation ?

Ces parents s’inquiètent des effets à court, moyen et long terme que le port du masque peut avoir sur le développement physique et psychique des jeunes élèves. Laure, mère de deux enfants de CE2 et CM2 scolarisés près de Gap (Hautes-Alpes) est membre du collectif  "Laissez respirer nos enfants". Elle les a déscolarisés les deux semaines suivant la rentrée de la Toussaint puis les a remis à mi-temps. "Ma fille est revenue très fatiguée, elle a dormi deux heures, raconte-t-elle. Je ne suis pas une antimasque, je le porte en tant qu'adulte".

La jeune maman s'interroge sur la durée de la mesure. "On n'a aucune visibilité sur la durée du provisoire, si ça dure six mois ce n'est plus du provisoire." Elle s'inquiète des "effets néfastes" sur les tout-petits qui sont dans l'apprentissage de la lecture et l'articulation. "Socialement, on trouve ça assez inquiétant, ajoute-t-elle, de faire porter cette responsabilité aux enfants qui ne sont pas malades et peu vecteurs." 

Dans une tribune qui sera adressée en début de semaine aux maires, députés et sénateurs des Hautes-Alpes, une centaine d'orthophonistes, avocats, professeurs des écoles, psychologues, éducateurs et autres porfessionnels de l'enfance du département estiment que "le port du masque entraine parfois des malaises, des maux de tête intenses, une sensation d'étouffement et d'hypoxie, un sentiment d’isolement et de déprime, le développement de peurs et d’angoisses". Selon eux, "l’ensemble des compétences langagières (orales et écrites) et cognitives sont affectées par le port du masque" et "le bien être physique et psychologique est impacté."

"C'est une alerte, explique une éducatrice de la petite enfance signataire, parce qu'on pense que les droits des enfants ne sont pas respectés". "On demande aux élus locaux de réfléchir aux temps de garderie et temps de cantine, dont ils sont responsables pour voir si c'est possible de laisser au moins les enfants sans masque quand ils sont dehors". Cette tribune sera prochainement mise en ligne sous forme de pétition.

Lire la tribune des professionnels de l'enfance des Hautes-Alpes

2. Quels sont les arguments qu'ils mettent en avant ?

Les parents s'appuient sur des données épidémiologiques qui montrent que les enfants sont moins souvent et moins gravement atteints, et surtout qu'ils transmettraient moins la maladie. "Les enfants, en primaire, en maternelle, en crèche, sont peu susceptibles de se contaminer entre eux et de contaminer les adultes autour d'eux", avait en effet déclaré Olivier Véran, en septembre, s'appuyant sur un avis du Haut Conseil de la santé publique (HCSP). 

Ils soulignent l'absence de consensus entre les spécialistes sur les risques de contamination des enfants vers les adultes. "C'est une aberration d'appliquer un protocole, si on n'est pas sûr que les enfants ne sont pas contagiueux et qu'ils ne sont pas malades", estime Laure, qui manifeste pour la cinquième fois à Gap. "Même si les enfants s'infectent peu, et sont peu transmetteurs du virus, on va donc mathématiquement avoir davantage d'enfants contaminés à mesure que l'épidémie accélère", note toutefois Christèle Christèle Gras-Le Guen, cheffe du service de pédiatrie au CHU de Nantes (Loire-Atlantique) et secrétaire générale de la Société française de pédiatrie. Le port du masque permet ainsi d'éviter les regroupements de cas, et les fermetures de classes.

3. Que demandent-ils ?

Les collectifs demandent que le masque soit laissé au libre choix des parents et qu'il ne soit obligatoire qu'en période de circulation du virus. Les parents vont déposer un nouveau référé dans ce sens devant le Conseil d'Etat. "On n'applique pas les mêmes mesures quand on a 80 000 positifs par jour et quand on en a 5 000 ou 7 000," juge la jeune parent d'élève, membre du collectif gapençais.  

Ils proposent aussi des aménagements à l'école pour que les enfants puissent "enlever le masque dans la cour de récré, en sortie à l'extérieur, et ne le porter en classe que dans les contacts rapprochés avec l'enseignant." 

4. Les risques sont-ils avérés ?

Les avis des spécialistes divergent. Dans une tribune publiée dans  le journal Libération, des psychologues soutiennent que le masque porté à longueur de journée à l’école est une "entrave à la communication spontanée naturelle et nécessaire de l’enfant" et qu’il peut nuire au "développement de l’enfant sur le plan affectif, langagier, émotionnel, même corporel."

Mais d’autres s'inscrivent en faux. Dans le Monde, la pédopsychiatre Agnès Pargade concède que le masque limite la communication et les interactions, mais elle affirme que "cela ne pose pas de souci pour le développement de l’enfant." La pédiatre Christèle Gras-Le Guen renchérit : "On sait que les enfants ont la capacité à s’adapter et à pouvoir surmonter ça, même si le moment actuel n’est pas très agréable."

D'un point de vue physique, la crainte de ces parents est exagérés selon plusieurs spécialistes. Interrogé par franceinfo, le professeur Yves Buisson tient à rassurer ceux qui craignent de voir leur progéniture respirer une quantité excessive de dioxyde de carbone en portant un masque toute la journée. "Comme pour les adultes, tout cela ne repose sur rien d'un point de vue scientifique, balaie cet épidémiologiste, qui préside la cellule de veille scientifique sur le Covid-19 à l'Académie nationale de médecine. L'air expiré est certes plus riche en CO2, mais ces particules passent à travers le masque, tout comme l'oxygène qui parvient très bien aux poumons. Le masque ne change rien à la qualité des échanges gazeux."

"Le masque ne provoque ni hypoxie [un manque d'oxygénation des tissus de l'organisme], ni hypercapnie [présence trop importante de CO2 dans le sang], ni anémie [baisse anormale du taux d'hémoglobine dans le sang]"
, ajoute de son côté la pédiatre Christèle Gras-Le Guen. 

5. Les enfants sans masque risquent-ils l’exclusion ?

Le Premier ministre avait annoncé cette mesure après un avis rendu le 19 octobre par le Haut conseil de la santé, qui stipulait : "En période/et ou en zone de circulation très active du virus SARS-CoV-2 et par précaution, le port d’un masque grand public adapté par les enfants dès l’âge de 6 ans à l’école élémentaire (du CP au CM2) est récommandé."

Pour le ministère de l’Education, ce mouvement est minoritaire et pas question d’y céder. Le ministère se donne le droit de refuser l’eaccès à l’établissement aux enfants qui ne portent pas de masque.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société éducation polémique paca économie