DECRYPTAGE. Covid 19 : quels sont les avantages et inconvénients des vaccins bientôt disponibles ?

Le Royaume-Uni est le premier pays au monde à autoriser l'utilisation d'un vaccin contre le Covid-19. C'est le vaccin Pfizer/BioNTech qui a été validé, alors que 11 autres sont actuellement en phase 3. Quelles sont les différences majeures entre tous ces vaccins ? Décryptage.
Le Royaume-Uni est le premier pays à autoriser l'utilisation d'un vaccin contre le Covid-19.
Le Royaume-Uni est le premier pays à autoriser l'utilisation d'un vaccin contre le Covid-19. © Joël SAGET / AFP
Premier feu vert mondial pour un vaccin contre le Covid-19. Le Royaume-Uni a approuvé mercredi 2 décembre l'utilisation du vaccin de Pfizer/BioNTech et commencera une campagne de vaccination massive dès la semaine prochaine. Ce vaccin fait partie des 11 vaccins qui ont atteint la phase 3, la dernière étape d'expérimentation avant une possible mise sur le marché. 
Boris Johnson.
Boris Johnson. © Paul ELLIS / AFP
Les vaccins ont pour but de stimuler le système immunitaire pour permettre la production d'anticorps et de cellules dressées pour détruire le virus. Parmi les 11 vaccins contre le Covid-19 en phase 3, on distingue quatre grands types de vaccins, chaque grand type possédant ses spécificités, ses avantages et ses inconvénients. France 3 vous explique tout.

• 1. Les vaccins ARN : Pfizer/BioNTech (Etats-Unis/Allemagne), Moderna/Niaid (États-Unis)

Le vaccin Pfizer/BioNTech, choisi par le Royaume-Uni, est ce que l'on appelle un vaccin ARN. Le vaccin Moderna/Niaid utilise cette même technologie.
Vaccin Moderna, utilisant l'ARN messager.
Vaccin Moderna, utilisant l'ARN messager. © Joël SAGET / AFP
L'ARN messager, pour acide ribonucléique messager, est en quelque sorte une copie d'une portion de l'ADN qui code pour une protéine. Développé par les laboratoire, l'ARN messager est utilisé comme intermédiaire pour la synthèse des protéines qui, à leur tour, vont pouvoir agir sur notre corps. 

L'ARN messager va permettre de coder la protéine S, dont le trimère forme une spicule (de l'anglais spike), un antigène du SARS-CoV-2. Il s'agit d'une petite pointe parmi les multiples pointes qui se trouvent à la surface du virus qui lui permettent de pénétrer dans les cellules humaines.

Les protéines S sont glycosylées, et le trimère va donner une spicule (glycosylée). En clair, l'ARN messager va donner les protéines S et la cellule va les modifier pour y greffer des sucres.

La spicule a une forme bien particulière dans l'espace. "Sa forme est importante ainsi que sa modification par l'addition de motifs glucidiques (motifs sucrés), explique Jean-Marc Sabatier, directeur de recherche au CNRS de Marseille et éditeur-en-chef de la revue Coronaviruses. Le système immunitaire va reconnaître l'enchaînement d'acides aminés dans l'espace ainsi que les motifs glucidiques, comme un collier de perles "décoré", et produire des anticorps et des cellules dressées pour détruire le virus".

"Une glycosylation appropriée de la spicule est essentielle car les motifs glucidiques masquent ou non des domaines clés de la spicule. Ces motifs interviennent dans la conformation de la spicule et la reconnaissance du récepteur cellulaire du virus", explique le professeur Sabatier. 

Dernier maillon de la chaîne, les anticorps et les cellules dressées contre le SARS-CoV-2 vont empêcher une infection au virus du Covid-19, le vrai cette fois-ci.

Quels sont leurs avantages ? Les vaccins à ARN messager, développés par les laboratoires américains Moderna et Pfizer, et la société allemande BioNTech, utilisent une technique nouvelle, peut-être révolutionnaire. Ils peuvent, selon Jean-Marc Sabatier, présenter une meilleure efficacité. Avec cette méthode, on injecte un composé "propre". "On sait exactement ce que l'on va obtenir", explique le chercheur. C'est-à-dire une protéine S avec les bons motifs glucidiques, et au final, des colliers de perles "décorés" à l'identique.

On donne la meilleure copie de la spicule glycosylée au système immunitaire pour qu’il la reconnaisse.

Jean-Marc Sabatier

En effet, au lieu d'introduire dans le corps d'une personne un virus, ou un fragment du virus, cette nouvelle technique utilise un morceau d'ARN. C'est donc la cellule humaine qui va directement fournir l'agent "actif" du vaccin, la spicule, au reste du corps. Notre corps fait tout le travail ! 

"La spicule produite est la réplique la plus réaliste car la plus proche de la réalité, parce que c’est la cellule humaine qui la fabrique, décrit le chercheur. On donne la meilleure copie (en terme de structure spatiale et de contenu en motifs glucidiques) de la spicule au système immunitaire pour qu’il la reconnaisse".

Cette technique de vaccin est plus rapide à mettre au point, comme on peut le voir avec le vaccin Pfizer/BioNTech déjà prêt à être utilisé au Royaume-Uni.

Autre avantage : son efficacité. Selon Pfizer/BioNTech, son efficacité est de 95%. Selon Moderna, le taux de réussite est de 94,5%.

Enfin, ces vaccins auraient moins d'effets secondaires, notamment grâce au fait que seul un fragment d'ARN messager est injecté dans le corps. Mais les scientifiques manquent encore de recul pour en faire le constat définitif, comme pour tous les vaccins contre le Covid-19.

Quels sont leurs inconvénients ? Le vaccin à ARN messager est une technique très récente qui n'a jamais été commercialisée pour un usage sur la santé humaine. Des recherches sont encore en cours. "A priori le vaccin n'est pas dangereux, comme il s'agit d'ARN messager qui est injecté, mais c'est nouveau donc il faut voir sur le long terme". En outre, on ne sait pas encore si leur protection est durable, quelle sera la durée de l'immunité produite par le vaccin.

Jean-Marc Sabatier souligne que le protocole est très important : "Tout est une question de dose injectée, une dose trop forte pouvant produire les effets inverses des effets attendus, c'est-à-dire, une faible réaction immunitaire"

Les vaccins à ARN messager doivent être conservés à -70°C pour Pfizer (si plus de 15 jours) et -20°C (pour une durée de 6 mois) pour Moderna. Cela implique donc une certaine logistique pour le transport et le stockage. Ces deux vaccins sont ainsi plus coûteux : environ 40 dollars par traitement pour Pfizer, 37 dollars au maximum pour Moderna.
Les vaccins Moderna et Pfizer ont besoin d'être stockés dans des températures très basses.
Les vaccins Moderna et Pfizer ont besoin d'être stockés dans des températures très basses. © Tiziana FABI / AFP
Enfin, si la production semble plus facile, (création d'un ARN messager de synthèse), le fait d'en produire en quantité industrielle pourrait changer la donne.

• 2. Les virus modifiés ou recombinants : Johnson et Johnson (États-Unis), AstraZeneca (Royaume-Uni), Spoutnik

Deuxième type de vaccins : les virus modifiés aussi appelés virus recombinants. Les virus sont modifiés pour être atténués, nous explique Jean-Marc Sabatier. Pour le SARS-CoV-2, ce sont des adénovirus et le virus de la rougeole qui ont été utilisés. Ils servent en quelque sorte de "cheval de troie" pour coder la spicule du SARS-CoV-2.

Le vaccin AstraZeneca utilise un adénovirus de chimpanzé, le vaccin Johnson et Johnston, un adénovirus humain. 

Quels sont leurs avantages ? Le vaccin AstraZeneca peut être conservé dans un réfrigérateur standard. Le groupe pharmaceutique annonce 70% de réussite.  Autre avantage, son prix : le britannique AstraZeneca a annoncé un prix de 2 euros 50 la dose.

Quels sont leurs inconvénients ? "Les virus modifiés sont plus délicats car on utilise un virus "trafiqué", on lui rajoute la portion d’un autre virus (ici SARS-CoV-2, ndlr), commente Jean-Marc Sabatier. Les risques sont plus importants que pour l'ARN messager".

Axel Kahn, généticien, spécialiste de l'éthique et président de la Ligue contre le cancer, a affirmé dans un entretien pour l'Usine Nouvelle paru le 27 novembre que ces virus recombinants étaient des vaccins "OGM".  En outre, le vecteur viral "ne va pas être neutre une fois injecté dans l'organisme et peut interférer avec le système immunitaire", explique Bruno Pitard, directeur de recherche CRCINA, Inserm et co-fondateur d'In-Cell-Art sur le site industriepharma.fr.

Ces vaccins semblent avoir les effets indésirables les plus importants. En septembre dernier, AstraZeneca a annoncé une pause dans ses essais cliniques après l'apparition d'une inflammation à la moelle épinière (myélite transverse), sans doute un effet secondaire indésirable grave. Johnson et Johnson a également dû stopper ses essais en raison d'une maladie inexpliquée, puis a pu les reprendre. 

• 3. Les virus inactivés : Sinopharm/Sinovac (Chine)

Pour ce troisième type de vaccin, il s'agit d'inactiver le virus SARS-CoV-2 de façon chimique. Cela permet de détruire la capacité infectieuse du virus et de le rendre inactif. Le virus est ensuite injecté dans l'organisme pour stimuler le système immunitaire. 

Quels sont leurs avantages ? "L’avantage qu’il peut avoir par rapport aux autres peut aussi être un inconvénient", développe Jean-Marc Sabatier du CNRS de Marseille. "C’est toute la particule virale rendue inoffensive qui est injectée, et pas que la protéine S (spicule). Toutes les autres protéines vont aussi être présentées au système immunitaire". Cette réponse forte du système immunitaire peut être un avantage : elle peut être plus efficace car dirigée contre plusieurs antigènes viraux. 

Autre avantage, ce vaccin permet de présenter la spicule dans le contexte de son enveloppe virale, à la différence de l'ARN messager.

Quels sont leurs inconvénients ? Le processus d'inactivation peut modifier la structure spatiale de la spicule, et ce sera une spicule différente qui sera présentée au système immunitaire, ce qui pourrait être défavorable à l'efficacité du vaccin. Autre inconvénient : le temps de la production : "de six mois à un an", détaille Bruno Pitard. Ces vaccins doivent également être transportés à basse température.

4. Les protéines recombinantes : Novavax (États-Unis), Sanofi GSK (France, Royaume-Uni)

Dans ce cas, on injecte directement la protéine recombinante (déjà traduite à partir de l'ARN messager). Le principe est donc d’utiliser une partie du génome du virus pour produire de façon synthétique la protéine S de la spicule."On est à un stade plus tardif que le vaccin basé sur l'ARN messager", décrit Jean-Marc Sabatier.

Quels sont leurs avantages ? Ce type de vaccin, très classique et largement utilisé, ne présente, à priori, pas de risques pour l'organisme, selon Jean-Marc Sabatier. Autre avantage, son prix. Ce jeudi 3 décembre, Thomas Triomphe, le vice-président de la branche vaccins du laboratoire Sanofi a annoncé que le vaccin Sanofi-GSK sera vendu "pour moins de dix euros", "bien moins cher qu'un paquet de cigarettes"

Sanofi développe deux types de vaccin contre le Covid-19. Le projet le plus avancé est actuellement en phase 2 d'essais cliniques. La dernière phase d'essais sur l'homme devrait être lancée la semaine prochaine.

Quels sont leurs inconvénients ? La réponse immunitaire peut ne pas être suffisante, on ajoute alors un adjuvant pour augmenter l'efficacité. "Le risque est de se retrouver avec un produit final qui n'est pas exactement une copie conforme de la protéine virale", souligne Bruno Pitard. Le vaccin serait alors moins efficace. 

"La protéine recombinante glycosylée utilisée pour la vaccination ne présente pas les bons motifs glucidiques, ce qui conduirait à une réplique imparfaite de la spicule virale, pouvant affecter l'efficacité du vaccin, note Jean-Marc Sabatier. La nature de ces motifs glucidiques va dépendre du système d'expression utilisé par la société pharmaceutique qui produit le vaccin"
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société vaccins